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Par Olivier Vallee
La Banque centrale rafle la mise
EXCLUSIF SENEPLUS - Près de 90% de l'or et des devises gérés par la BCEAO restent placés en Europe. Une stratégie de thésaurisation qui enrichit l'institution, pendant que des pays comme le Sénégal affrontent seuls les cures d'austérité du FMI
 
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1006537
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A la fin du premier semestre 2026, le FMI ne partage toujours pas la vision sénégalaise sur les voies de réduction de la dette publique et d’accroissement des recettes budgétaires. Le FMI veut un rééchelonnement et supprimer les subventions à la consommation. Pendant que le pays où se trouve le siège de la BCEAO fait face à la contrainte hebdomadaire de refinancer son service de la dette et son déficit budgétaire, on ne voit pas la BCEAO rechercher un scénario d’appui à une solution. La BCEAO a choisis plutôt de communiquer une fois de plus sur la progression de ses avoirs extérieurs nets (AEN), c’est-à-dire les stocks de devises et d’or de l’UEMOA qu’elle gère.

La BCEAO accentue le ratissage des devises

Déjà à fin avril 2025, la BCEAO annonçait que les AEN avaient quadruplé en un an. « C'est un chiffre qui interpelle par son ampleur. Les avoirs extérieurs nets dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ont été multipliés par près de quatre en un an, passant de 2 045,7 milliards FCFA fin avril 2024 à 7 468,5 milliards FCFA fin avril 2025, selon les données officielles consultées par Sika Finance. Soit une hausse vertigineuse de 265%, équivalente à +5 422,8 milliards FCFA.» Comment la BCEAO a-t-elle pu parvenir à ce résultat aussi rapidement et dans une telle proportion ? La Banque centrale de l’UEMOA avait déjà le privilège d’inscrire dans ses livres chaque US dollar ou Euro reçus suite à l’exportation de biens et de services. En 2024, la réglementation qui fait de la BCEAO le centralisateur des flux monétaires et financiers externes s’étend. Alors que les capitaux du monde entier affluent pour prendre des participations dans les mines de l’UEMOA ou investir directement il est devenu obligatoire de les déclarer à la BCEAO selon une procédure exhaustive. Et avant que le reste du monde retire le fruit de ses investissements les flux doivent être transférés à la BCEAO. En 2024 s’implante dans chaque État membre de la BCEAO le Comité national de suivi du rapatriement des recettes d'exportation qui donne à agence nationale de la BCEAO un pouvoir coercitif sur les rentrées nationales de devises. Tout résident de l’UEMOA est astreint à recevoir ses devises dans une banque locale qui elle-même doit transférer les fonds reçus à la BCEAO.

L’argumentaire de ce durcissement de la captation des devises par la BCEAO est la lutte contre le blanchiment de l’argent sale. En fait, la BCEAO sait que chaque année les exportateurs de cacao, d’or et de coton laissent 25 milliards USD dans leurs comptes de Monaco ou Dubai au lieu de rapatrier les recettes de leur vente à l’étranger. Entre 2022 et 2023, la BCEAO n’avait pas apprécié de voir 8 milliards USD supplémentaires lui échapper. Au minimum 25% des recettes d’exportation de l’UEMOA ne rentrent pas dans les caisses de la BCEAO. La nouvelle réglementation de 2024 est l’arme drastique pour contrecarrer ces déperditions et élargir aux flux des investisseurs extérieurs la même obligation de dépôt dans les comptes de la BCEAO. Et plus encore, il n’est plus question pour un industriel ou un résident fortuné de l’UEMOA de détenir un compte à l’extérieur sans autorisation de la BCEAO. Les États de l’UEMOA se sont pliés à cette obligation en déclarant leurs comptes hors des frontières de l’UEMOA. Le gouvernement de Côte d’Ivoire a avoué une dizaine de comptes off-shore mais on pourrait trouver que c’est peu au regard d’économies moindres qui reconnaissent en détenir le double…

Pourquoi la BCEAO est avide d’AEN ?

Que représentent exactement les avoirs extérieurs nets (AEN), objet de 2024 à 2026 de législations strictes et peu libérales par la BCEAO ? Il s'agit de la différence entre les actifs détenus par les banques commerciales et centrales auprès de l'étranger (devises, titres, réserves) et leurs engagements vis-à-vis du reste du monde (dettes, passifs). En clair, c'est le solde net des créances extérieures de l'UEMOA, et donc un indicateur clé de la solidité financière de la région sur la scène internationale. Pour être plus précis, la solidité financière de la BCEAO va exiger d’un exportateur d’or ou de cacao résident en UEMOA de remettre les USD reçus de son acheteur à la BCEAO. En contrepartie la BCEAO va autoriser le banquier commercial du vendeur d’or ou de cacao à créditer ce dernier en FCFA.

Le boom des avoirs extérieurs nets et de la masse monétaire mentionnée en introduction peut être perçu comme une bonne nouvelle, car il renforcerait la solvabilité extérieure de l'Union, essentielle dans un contexte de vulnérabilité au niveau des balances de paiement. Il n’en est rien en fait car en dépit de l’accumulation croissante d’or et de devises au compte créditeur de la BCEAO, les États et les économies, comme celle du Sénégal sont à la peine et ne peuvent compter sur l’Institut d’émission pour les soulager. L’artisan du succès de la reconstitution des AEN de la BCEAO est Jean-Claude Brou, l’artisan de la centralisation des devises à la BCEAO. Comme nouveau gouverneur de la BCEA, il a aussi bénéficié du coup d’État monétaire qui a mis fin au compte d’opérations de la BCEAO auprès du Trésor français.

Électro-choc Brou

Ex-ministre de l’industrie et des mines, ex-président de la Commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi BROU occupe le poste de gouverneur de la BCEAO depuis le 4 Juin 2022. Il prend cette fonction clé après le choc de la Covid-19 et suite au coup d’État monétaire du tandem Macron-Ouattara qui étend la mainmise de la BCEAO sur les revenus en devises des États-membres. Suite à la déclaration d’Abidjan du couple Macron-Ouattara, en mai 2020, le Conseil des ministres français a adopté un projet de loi sur la suppression du franc CFA dans les huit pays de l’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo) et son remplacement par une nouvelle monnaie : l’Eco. 

La BCEAO, lors de cette révolution de la zone Franc, que nombre de responsables français passent sous silence, a clôturé son compte d’opérations où elle déposait ses avoirs extérieurs nets, en réalité ceux qu’elle soutire aux pays membres et à leurs institutions de dépôts en étant le canal de change des transferts en devises entrant et sortant. Dès lors, la BCEAO a investi la majeure partie des avoirs, inscrits auparavant sur le compte d’opérations, dans des instruments de dette souveraine libellés en euros, par exemple des bons du Trésor français. Faute de transparence, on ne peut exclure a priori l’hypothèse que ces avoirs aient quitté la poche gauche du Trésor français pour atterrir dans sa poche droite selon différents arrangements contractuels. 

Avant de devenir le Golden Gouverneur de la BCEAO régnant sur le stock croissant des Actifs Extérieurs Nets (AEN) des institutions de dépôt de l’UEMOA, le docteur Brou a connu un parcours d’excellence. Il a été Professeur au département d’économie de l’Université de Cincinnati (Ohio, USA) où il a enseigné la macroéconomie et la microéconomie de 1981 à 1982. Après ses études, le docteur Brou  a su démontrer ses capacités en tant que professionnel chevronné collaborant avec le Fonds Monétaire International (FMI) pendant treize ans, à compter de 1982, d’abord en tant qu’économiste, puis comme économiste principal en charge de la Guinée-Bissau, du Togo, du Cap-Vert et du Sénégal, où il a été placé en tant que Représentant résident du FMI pour deux ans (1990-1991). Il est donc à Dakar un peu chez lui comme gouverneur de la BCEAO mais aussi comme familier des questions financières du Sénégal. C’est pour cela que son silence sur la descente aux enfers du Sénégal, en raison de la dette cachée et de l’irresponsabilité persistante du FMI, laisse interdit.

Il est l’enfant prodige autant des institutions de Bretton-Woods que de la nomenklatura ouest-africaine. A la BCEAO, entre 2006 et 2007, il a supervisé cinq départements (la recherche, le crédit et la supervision bancaire, les statistiques, les relations internationales et la micro finance) en tant que Directeur du département économique et monétaire. Compte tenu de sa vaste expérience, il a été nommé Conseiller principal et contrôleur général, supervisant la direction de l’audit de 2007 à 2008. Il a occupé les plus hautes fonctions à la banque de la CEDEAO et il est familier du Reserves Advisory and Management Partnerships, (RAMP), le programme de gestion des réserves en devises de la Banque mondiale mis en place à la BCEAO. Depuis son arrivée à la tête de cette institution, les Avoirs extérieurs nets (AEN) ont été multiplié par quatre et à fin mars 2026, les AEN des institutions de dépôt de l’Union ont encore augmenté de 9.659,6 milliards FCFA (+153,6%).

Aussi bien formé qu’il soit, talentueux, et soutenu par le président Ouattara, qui occupa son siège à la BCEAO de longues années durant, en attendant celui de Président de la Côte d’Ivoire, comment fait le golden gouverneur pour accumuler ce trésor en devises ? Cela mérite des explications car les critiques africains du franc CFA épargnent souvent la BCEAO tandis que les néo-cartiéristes français soutiennent que les pays africains sont devenus des ennemis et, de plus, une charge scandaleuse du fait de la garantie de convertibilité du France CFA.

La baudruche dégonflée

La France a placé d’entrée de jeu des verrous qui lui permettent d’échapper à sa garantie de convertibilité. D’une part, le Trésor français s’assurait que la BCEAO constituait en permanence des stocks de réserves de change suffisants et la France n’a jamais eu besoin de ses représentants dormants au conseil d’administration de la BCEAO car la bureaucratie africaine de l’autorité monétaire tient son pouvoir de la rétention des devises. Le FMI et la Banque mondiale étaient les prêteurs en dernier ressort des États endettés de l’UEMOA. Si le Niger n’avait pas de devises pour rembourser sa dette, ce n’était ni la BCEAO, ni le Trésor français, qui allaient lui avancer des USD ou des Euros. La dette était rééchelonnée ou il fallait, comme le Sénégal de nos jours,  de nouveau s’alimenter sur le marché des titres UEMOA. 

Depuis longtemps, le FMI soufflait la recette au tandem Ouattara-Macron : «Entre début 2017 et fin 2018, la BCEAO a réduit son volume de refinancement aux banques d’environ 24 %. La liquidité régionale s’est néanmoins progressivement améliorée dans le sillage des euro-obligations émises par la Côte d’Ivoire et le Sénégal […] qui ont conduit à une réduction substantielle des émissions d’obligations souveraines sur le marché régional.» 

Les meilleures signatures de l’UEMOA s’endettent sur les marchés onéreux à l’international, le Togo et le Niger doivent gager leurs minerais ou aller sur le marché bancaire intérieur. Les banques privées se substituent depuis longtemps à la BCEAO et à la zone Franc pour financer l’économie des pays membres. Par contre tous les emprunts en devises des États de l’UEMOA vont contribuer à accroître les réserves de change de la BCEAO, lesquelles étaient à leur tour partiellement détenues auprès du Trésor français pour des taux inférieurs à 1 %. En d’autres termes, les financements mis à disposition par la BCEAO et la BEAC pourraient être utilisés par le Trésor français pour financer son déficit public. En 2019, ce constat a été confirmé par un responsable du Trésor français : «Ce qui est vrai, c’est que ces sommes [sur le compte d’opérations], qui sont très limitées, atténuent très marginalement le volume de la dette émise chaque année par l’État, puisque de facto elles sont détenues en cash sur le compte de l’État» (Deutsche Welle, 2019). « En s’appuyant sur l’analyse de M. Moussa Sylla dans Financial Afrik (23 mars 2026) sur le Règlement n° 06/2024/CM/UEMOA, il apparaît clairement que ces nouvelles règles constituent un mécanisme sophistiqué de rationnement de la convertibilité, faisant passer le franc CFA d’une monnaie à « convertibilité garantie » à une monnaie à « convertibilité dépendante des réserves ».»

Le gouverneur Brou a, en dépit de sa réelle indépendance monétaire vis à vis de la France, fait perdurer les étranglements financiers des gouvernements qui déplaisent à Paris.  Ce fut le cas pour le gouvernement de Laurent Gbagbo en 2011 en Côte d’Ivoire et début 2022 pour le gouvernement d’Assimi Goïta au Mali et le summum, contre celui d’Ali Lamine Zeine au Niger en juillet 2023, il y a trois ans. Selon Kako Nubukpo, les récentes mesures répressives décidées par la CEDEAO sous instigation du président Macron constituent une violation des textes qui régissent le fonctionnement de la BCEAO et de l’UMOA. 

La machine infernale

Pour conclure, plus les pays de l’UEMOA limitent leurs importations et mobilisent des ressources extérieures par l’emprunt et les exportations, plus la BCEAO enregistre la progression des AEN. Pourtant ces derniers mois les États ont du mal à obtenir les ressources nécessaires sur le marché des titres UEMOA . Sur le marché régional des titres publics, les États n’ont mobilisé que 1.186,9 milliards en avril 2026, soit un recul de 649,4 milliards par rapport au montant levé le mois précédent.

Par contre, sur la Bourse Régionale des Valeurs, l'activité s’est renforcée au cours du premier trimestre 2026, avec une augmentation de l’indice global (BRVM Composite) de 19,9%, après celle de 8,1% le trimestre précédent. La capitalisation boursière s’est accrue, en rythme trimestriel, de 11,8%, après une hausse de 5,7% trois mois plus tôt. Cette évolution reflète l’augmentation de la capitalisation du marché des actions (+18,1%) et des obligations (+4,5%). Sur une base annuelle, la capitalisation boursière globale du marché a progressé de 30,1% à fin mars 2026. Mais le franc CFA n’est pas au mieux en comparaison des monnaies voisines. En variation annuelle, le franc CFA s'est affaibli de 12,8% par rapport aux monnaies des autres pays de l'Afrique de l'Ouest. En particulier, le franc CFA s’est déprécié vis-à-vis du cedi (-24,7%),

du naira (-10,6%), du leone (-4,9%) et du dollar libérien (-3,8%). En revanche, la monnaie communautaire s’est raffermie face au dalasi (+7,0%) et au franc guinéen (+5,9%). Pendant que les AEN croissent et auraient dû consolider le franc CFA la répression par la BCEAO de l’accès aux devises fortes déconsidère le franc CFA qui n’est plus depuis longtemps un sujet comme dit le président Macron.

Où sont les AEN de la BCEAO

La gestion des devises de l’UEMOA par la BCEAO est une machine à cash qui ne coute rien à la France mais prive les économies des pays membres de ressources. Avec 40 595 milliards de francs CFA sous gestion à fin 2025, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest détient l'un des plus grands portefeuilles de réserves du continent. Ses états financiers annuels révèlent en détail où et comment ces ressources sont placées : en grande majorité en Europe, en euros, et selon une logique de sécurité qui laisse peu de place à la diversification géographique. 86% des avoirs extérieurs de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) sont placés auprès de contreparties européennes. La part libellée en euros atteint 82% des réserves de change. Et 92% du stock d'or physique de l'institution est déposé sur le Vieux Continent.

Ces données sont disponibles dans les notes annexes des états financiers 2025 certifiés par Deloitte Côte d’Ivoire. Ils illustrent la réalité d’une architecture monétaire héritée des accords de coopération franco-africains et reconfigurée en 1999 autour de l’euro. La rétrocession des devises, actée en décembre 2019, qui a clôturé le compte d’opérations au Trésor français et restitué à la BCEAO sa pleine autonomie de placement, n’a pas suffi à modifier cette réalité même si les dynamiques ont changé avec la Chine, devenue le premier partenaire commercial de l’Afrique.

Portées par une tenue exceptionnelle des cours des matières premières, les réserves de change de la BCEAO ont progressé de 91% en 2025, pour s’établir à 16 352 milliards FCFA (24,9 milliards d’euros). Cette progression est tirée pour l’essentiel par la hausse des dépôts auprès de correspondants étrangers, qui bondissent de 177% à 12 356 milliards FCFA. Le portefeuille de titres atteint 3 941 milliards FCFA et se décompose en trois enveloppes distinctes.

La première, et de loin la plus importante, regroupe les obligations souveraines évaluées au coût amorti : 3 463 milliards FCFA, intégralement libellés en euros, composés à 99% de titres d’État.

A en croire le rapport, ce portefeuille d’investissement est constitué en majorité de titres souverains de la zone euro, des États-Unis et, plus généralement, de pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ainsi que d’agences et institutions financières internationales. Sa durée résiduelle, distribuée entre les tranches 1-5 ans et au-delà de 5 ans, montre une stratégie de placement orientée vers la stabilité de long terme plutôt que vers la liquidité immédiate. Un arbitrage cohérent, puisque la liquidité immédiate de la Banque centrale est déjà assurée par les dépôts massifs logés chez ses correspondants étrangers, mobilisables à tout moment pour les opérations commerciales de la zone.

La deuxième enveloppe regroupe des titres en dollars américains (bons du Trésor américain et obligations d’institutions monétaires) à hauteur de 136 milliards FCFA. La troisième est constituée de parts de fonds gérés par des institutions multilatérales : 206 milliards FCFA via le fonds BISIP K, un véhicule de placement opéré par la Banque des Règlements Internationaux (BRI) à Bâle en Suisse pour le compte des banques centrales, et 139 milliards via le programme RAMP (Reserve Advisory Management Program), service de gestion de réserves de la Banque mondiale destiné aux institutions publiques. L'or ouest-africain, gardé en Europe, de plus en plus actif.

Fiacre E. Kakpo a examiné le poids actuel de l’or dans les actifs de la BCEAO.  Le stock d'or de la BCEAO s'établit à 1 520 252 onces, valorisées à 3 640 milliards FCFA (5,5 milliards d'euros) à fin 2025, en hausse de 44% sur un an. Cette appréciation patrimoniale ne reflète pas une augmentation du stock physique, resté quasiment stable, mais l'envolée du cours de l'once à la Bourse de Londres, passé de l'équivalent de 1,665 million à 2,394 millions FCFA sur l'exercice. La ventilation géographique publiée par l'institution indique que 92% de ce stock, soit 3 353 milliards FCFA, est déposé auprès de contreparties européennes. Les 8% restants, soit 287 milliards, sont localisés en Afrique et au Moyen-Orient. Cette réalité n'est pas propre à la BCEAO. La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC), qui émet le franc CFA de la zone CEMAC avec la même parité fixe à l'euro, présente une structure comparable. La majorité des grandes banques centrales africaines confient leur or aux chambres fortes londoniennes, bâloises ou françaises, pour des raisons d'accès aux marchés de l'or et de sécurité opérationnelle. « La localisation des réserves d'or en Europe est une contrainte de marché, pas uniquement un choix politique », explique un économiste. « Les marchés de l'or physique les plus liquides restent à Londres et Zurich. »

Depuis 2023, la BCEAO conduit une gestion plus active de ce stock. Les opérations de placements en or ont atteint 541 751 onces à fin 2025, contre 200 000 un an plus tôt, en progression de 171%. L'objectif : générer des revenus récurrents sur un actif auparavant passif, dans un contexte mondial où plusieurs Banques centrales accélèrent leurs achats d'or depuis 2022. Un timing d'autant plus opportun que le métal jaune a progressé de 44% en valeur sur l'exercice. Si la réforme de 2019 a levé l'obligation institutionnelle de déposer les devises au Trésor français, elle n'a pas modifié ces exigences statutaires de sécurité : l'arrimage à l'euro et le mandat de la Banque centrale suffisent à reconduire les mêmes équilibres géographiques.

« La marge de manœuvre de la BCEAO pour diversifier géographiquement ses placements est limitée tant que le mandat de sécurité primera sur le rendement », précise le même économiste spécialiste des politiques monétaires africaines. « La vraie question est de savoir si ce mandat évoluera à mesure que les marchés financiers africains se développent », complète-t-il. La gestion active de l'or engagée depuis 2023 constitue, pour l'heure, la principale inflexion observable dans la stratégie de placement d'une institution dont le bilan total a progressé de 24% en un an, à 40 595 milliards FCFA. Si cette tendance se confirme en 2026, elle pourrait progressivement modifier la structure des revenus de la Banque centrale des huit États de l'UEMOA.

Jean-Claude Brou s’avère le golden gouverneur d’une institution qui semble détachée de son terroir africain et des priorités des citoyens de l’UEMOA.

  1. https://www.sikafinance.com/marches/uemoa-bond-de-265-a-pres-de-7-500-milliards-fcfa-des-avoirs-exterieurs-nets-a-fin-avril_53809
  2. New WAEMU Foreign Exchange Regulations

    In December 2024, the WAEMU Member States adopted a new Regulation on external financial relations (“R06”). Although R06 does not fundamentally change the existing foreign exchange framework, it marks a significant shift in the BCEAO’s prerogatives by strengthening its role as a key institution in defining, monitoring, and implementing foreign exchange regulations.

    Key changes:

    ➡️Redefinition of current transactions: The list of current transactions has been narrowed to specific types of transactions, including flows of goods and services, as well as interest and dividend payments. The regulation is unclear as to whether certain transactions, such as insurance and reinsurance transactions, would fall into this category.

    ➡️Foreign investment: Direct investments outside the WAEMU zone remain subject to prior approval from the Minister of Finance and at least 75% of funding must be mobilised outside the WAEMU zone. Loans, guarantees and debt acquisitions outside the WAEMU zone are subject to the same regulatory framework. While this not a change introduced by R06, it is a useful reminder of a regime that is usually misunderstood. 

    ➡️Repatriation of export proceeds: The obligation to repatriate export proceeds is maintained, although the BCEAO is now responsible for setting (and, possibly, subsequently revising) the applicable deadline.

    ➡️Enhanced monitoring of repatriation requirements: A “Comité national de suivi du rapatriement des recettes d'exportation” will be established in each Member State to monitor compliance with the requirement to repatriate export proceeds. This monitoring will have two key aspects: in addition to monitoring exporters' compliance, the committee will also ensure that intermediaries (such as local banks) comply with it. The composition and powers of this committee will be determined by the Minister of Finance of each Member State.

    ➡️FX bank accounts: The opening and operation of foreign currency - onshore or offshore - bank accounts remain subject to prior authorisation of the Ministry of Finance, but the responsibility for determining (and, potentially, subsequently revising) conditions relating to the duration or renewal of such authorisations lies with the BCEAO, which may offer the prospect of regimes tailored to the operational requirements of each business sector.

  3. The regulation imposes more stringent administrative formalities for investments and loans in the WAEMU region. All investments or loans above a threshold to be set by the BCEAO must be domiciled with a local bank. Domiciliation, which previously only applied to imports and exports, has been extended to investments, lending, borrowing, acquisition of receivables, sureties and guarantees. Resident beneficiaries are required to submit specific documents to the central bank in support of their application. When an investment is liquidated, the supporting documents must be submitted to the authorised intermediary, which may transfer the proceeds of the liquidation on presentation of these supporting documents. However, since the BCEAO has yet to publish the exact requirements, the region’s commercial banks may find the new rules difficult to apply.
  4. Each WAEMU member state will establish a national monitoring committee responsible for supervising the repatriation of funds, promoting awareness of the new measures and ensuring that export companies and authorized intermediaries comply with the rules on domiciliation and repatriation of export earnings. It is important to note that the committees’ remit extends only to repatriation of export earnings and does not include borrowings from non-residents.
  5. https://www.mfw4a.org/news/waemu-tightens-currency-controls-and-anti-money laundering-rules
  6. To counter this, the new 2024 regulation sets strict rules: export earnings must be fully repatriated in two stages. First, they must be collected by an authorized intermediary (such as a local bank), then transferred to the BCEAO. Those who do not comply face sanctions outlined by the national laws of each WAEMU member state. These sanctions can include hefty fines and other administrative penalties. The goal is to ensure that repatriation commitments are followed. Authorized institutions, which also have strict obligations, risk losing their licenses for serious violations.
  7. Another key measure is increased monitoring of foreign currency accounts held abroad. Until now, businesses and individuals could open accounts outside the WAEMU area with some level of opacity to manage their international activities. While these practices were often legal, they allowed important foreign currencies to remain outside the region. The new regulation now requires prior approval from the Ministry of Finance, after validation by the BCEAO. Every transaction must be justified and traceable. Source: Ecofin Agency 
  8. https://www.sikafinance.com/marches/uemoa-bond-op.cit.
  9. Progress was also achieved in 2024 in reducing the WAEMU’s large external imbalances, albeit with significant divergence across members. Several shocks, including COVID-19, food and energy price hikes, and regional insecurity pushed the average current account deficit from 4.8 percent of GDP in 2014-2019 to 8.4 percent in 2021-2023. The current account deficit narrowed to 6.1 percent of GDP in 2024 from 9.5 percent in 2023, ranging from 2.9 percent of GDP in Togo to 12.1 percent in Senegal. In 2024 the WAEMU’s external position is estimated to have been moderately weaker than fundamentals and desirable policy settings. West African Economic and Monetary Union: Staff Report on Common Policies for Member Countries-Press Release; Staff Report; and Statement by the Executive Director for the West African Economic and Monetary Union. Author: International Monetary Fund. African Dept. 19 May 2025
  10. Le journaliste français Raymond Cartier, à la suite d'une retentissante série d'articles, a invité le gouvernement français à diminuer les crédits de coopération (la Corrèze avant le Zambèze !) et où chaque visite de « rois nègres » est considérée par une partie de la presse comme autant de fonctions budgétaires au détriment de Français qui continuent d'ignorer superbement la géographie. En fait, les Français admettaient un peu la coopération comme une « fantaisie » du général de Gaulle. Cornevin, R. (1970). La France et l’Afrique noire. Études internationales, 1(4), 88–101. https://doi.org/10.7202/700063ar
  11. La nouvelle réglementation sur le rapatriement des devises de 2024 évoquée ultra.
  12. https://www.financialafrik.com/2026/04/08/la-vulnerabilite-politique-du-franc-cfa-et-le-plaidoyer-pour-une-sortie-ordonnee/
  13. https://burkina24.com/2026/05/18/bceao-voici-ou-sont-placees-ses-reserves-de-change-et-dor/
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