Les travailleurs du monde entier célèbrent demain la journée qui leur est dédiée. Comme d’habitude, leurs organisations syndicales ont élaboré des cahiers de revendications qu’ils remettront aux décideurs. Ceux du Sénégal éprouvés par de multiples besoins sociaux, veulent se faire entendre sans faux‐ fuyants. A leur tête, Mody GUIRO, Secrétaire général de la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) passe en revue les forces et faiblesses du dialogue qui sous‐ tend un pacte de stabilité sociale dont les résultats leur paraissent mitigés. Dans cette interview approfondie, les forces et faiblesses sont identifiées et des solutions préconisées.
Le dépôt du cahier de doléances à l’occasion du 1er mai 2026 marque‐t‐il encore un rituel symbolique, ou s’inscrit‐il désormais dans une dynamique opérationnelle du dialogue social ?
Le dépôt du cahier de doléances à l’occasion du 1er mai ne peut plus être perçu comme un simple rituel symbolique. Il garde certes une forte portée historique et militante, celle de rappeler les luttes et les conquêtes du monde du travail mais, dans le contexte actuel, il doit surtout s’inscrire dans une dynamique résolument opérationnelle du dialogue social.
Aujourd’hui, les travailleurs attendent des résultats concrets. Cela suppose que le cahier de doléances ne soit pas une fin en soi, mais le point de départ d’un processus structuré avec des concertations régulières, des mécanismes de suivi, calendriers d’exécution et évaluation des engagements pris par les pouvoirs publics et les partenaires sociaux.
Autrement dit, le 1er mai doit marquer le passage de la revendication à la négociation effective. La responsabilité est partagée. Aux organisations syndicales de formuler des propositions réalistes et structurées, et à l’État ainsi qu’au patronat de répondre avec diligence et transparence.
Pour la CNTS, l’enjeu est clair : faire du cahier de doléances un véritable levier de transformation sociale, capable d’améliorer durablement les conditions de vie et de travail, et de renforcer la confiance entre les acteurs du monde du travail.
Dans quelle mesure ce moment permet‐il d’évaluer concrètement les avancées, les blocages et les ajustements nécessaires à la mise en œuvre du Pacte de stabilité sociale ?
Ce moment constitue, en réalité, un test grandeur nature de la crédibilité du dialogue social et de la volonté réelle de mettre en œuvre le Pacte de stabilité sociale. Il ne s’agit pas d’un simple exercice de communication, mais d’une étape essentielle d’évaluation des engagements pris. Or, force est de constater que cette évaluation met en lumière des insuffisances majeures. Plusieurs engagements contenus dans le Pacte restent, à ce jour, non respectés ou partiellement exécutés. Les travailleurs continuent de faire face à des lenteurs dans l’application des mesures convenues, à des retards dans les revalorisations annoncées, et à un déficit de suivi structuré des décisions issues du dialogue social.
En perspective, le 1er mai doit être plus qu’un moment de constat ; il doit permettre d’exiger des clarifications, de réajuster les priorités et surtout de mettre en place des mécanismes contraignants de suivi et d’évaluation. Il est impératif que le gouvernement honore ses engagements dans des délais précis et avec des résultats mesurables.
Le dialogue social État–Employeurs– Travailleurs est‐il conduit avec suffisamment d’objectivité et de transparence ?
Le dialogue social tripartite, dans son principe, repose sur l’objectivité, la transparence et la confiance mutuelle entre l’État, les employeurs et les travailleurs. Malheureusement, aujourd’hui au Sénégal, ces principes sont sérieusement mis à mal.
Au nom de la CNTS, nous constatons que le dialogue social n’est plus conduit avec la transparence requise. L’exemple le plus illustratif reste l’adoption en Conseil des ministres des projets de lois relatifs au nouveau Code du travail et au Code de sécurité sociale, sans qu’un consensus réel n’ait été trouvé avec les partenaires sociaux, notamment les organisations de travailleurs. Une telle démarche unilatérale va à l’encontre de l’esprit même du tripartisme.
Le dialogue social ne peut pas être un simple cadre formel où les décisions sont déjà arrêtées en amont. Il doit être un espace réel de concertation, où chaque partie prenante est écoutée, respectée et impliquée dans la co‐construction des réformes. Lorsque les travailleurs sont mis devant le fait accompli, il ne s’agit plus de dialogue, mais d’information descendante
C’est pourquoi la CNTS, sous notre conduite, appelle à un recentrage du dialogue social sur ses principes fondamentaux : la concertation inclusive, la recherche du consensus et le respect des engagements pris. Toute réforme d’envergure, notamment celles touchant au droit du travail et à la protection sociale, doit impérativement être discutée et validée dans un cadre tripartite réel et équilibré.
Les engagements pris sont‐ils effectivement suivis d’effets ?
Les engagements pris dans le cadre du dialogue social, notamment à travers le Pacte de stabilité sociale, devraient en principe se traduire par des résultats concrets et mesurables. Malheureusement, la réalité montre qu’ils ne sont pas suffisamment suivis d’effets.
Au nom de la CNTS, nous constatons un décalage persistant entre les annonces et leur mise en œuvre effective. Plusieurs mesures convenues tardent à être appliquées, d’autres le sont de manière partielle, et certaines restent tout simplement sans suite. Cette situation traduit un déficit de volonté politique, mais aussi un problème sérieux de suivi et d’évaluation des engagements.
Plus préoccupant encore, ce manque d’effectivité s’inscrit dans un contexte où le dialogue social perd en transparence et en crédibilité. Lorsque des réformes majeures, comme celles relatives au Code du travail ou au Code de sécurité sociale, sont adoptées sans consensus réel avec les partenaires sociaux, cela fragilise davantage la confiance et remet en cause la sincérité des engagements pris.
Existe‐t‐il des mécanismes fiables d’évaluation et de reddition de comptes ?
Au nom des travailleurs du Sénégal, nous devons dire avec clarté que les mécanismes d’évaluation et de reddition de comptes existent formellement, mais qu’ils ne sont ni suffisamment fiables, ni pleinement opérationnels.
En théorie, des cadres de suivi sont prévus dans le dispositif du dialogue social, notamment à travers des comités techniques et des instances de concertation. Mais dans la pratique, ces mécanismes souffrent de plusieurs limites : absence de bilans réguliers et partagés, manque de transparence dans la communication des résultats, et surtout, inexistence de mesures contraignantes en cas de non‐respect des engagements
C’est pourquoi nous appelons à une réforme en profondeur du système de suivi et d’évaluation du dialogue social. Il est impératif de mettre en place des mécanismes indépendants, dotés de moyens réels, avec des échéances précises, des rapports publics réguliers et des obligations de rendre compte. À défaut, la confiance continuera de s’éroder et le dialogue social perdra toute sa portée.
Pour les travailleurs du Sénégal, la reddition des comptes ne doit pas être une option. Elle doit être une exigence.
Quels sont, selon vous, les principaux facteurs de confiance ou de défiance entre les parties ?
Nous considérons que la confiance entre les partenaires sociaux repose sur des principes simples mais fondamentaux : le respect de la parole donnée, la transparence dans les processus de décision, et l’inclusion réelle de toutes les parties dans le dialogue.
Aujourd’hui, les principaux facteurs de défiance sont bien identifiés. D’abord, le non‐respect des engagements pris, notamment dans le cadre du Pacte de stabilité sociale, qui crée un décalage entre les annonces et les résultats concrets. Ensuite, le manque de transparence dans la conduite du dialogue social, avec des décisions parfois prises de manière unilatérale.
À cela s’ajoute la faiblesse des mécanismes de suivi et de reddition de comptes, qui ne permettent ni d’évaluer efficacement les engagements, ni de situer les responsabilités en cas de manquements. Lorsque les travailleurs ne voient pas de résultats tangibles et ne disposent pas d’informations claires, la confiance s’effrite naturellement.
À l’inverse, les facteurs de confiance sont connus et accessibles. Ils passent par un dialogue social sincère, fondé sur la concertation réelle, la co‐construction des réformes et le respect des engagements dans des délais précis. La transparence, la régularité des échanges, ainsi que la mise en place de mécanismes crédibles d’évaluation et de suivi sont également essentiels.
Pour nous, l’enjeu est clair : restaurer la confiance en revenant aux fondamentaux du tripartisme. Sans cela, le dialogue social ne pourra pas jouer pleinement son rôle de levier de stabilité et de progrès social au Sénégal.
Quelles sont, selon vous, les revendications prioritaires à traiter en urgence pour prévenir les tensions sociales ?
Pouvoir d’achat et revalorisation salariale. Emploi et précarité, notamment des jeunes. Conditions de travail et dialogue sectoriel. Protection sociale et retraites.
Au nom de la CNTS, centrale syndicale la plus représentative couvrant l’ensemble des secteurs d’activité, nous considérons que la prévention des tensions sociales passe par la prise en charge urgente de revendications claires, légitimes et transversales.
D’abord, la question du pouvoir d’achat et de la revalorisation salariale est aujourd’hui prioritaire. Face à la hausse du coût de la vie, les revenus des travailleurs ne suivent pas. Il est donc impératif d’engager des mesures concrètes de revalorisation des salaires, d’ajustement des grilles salariales et de maîtrise des prix des produits de première nécessité.
Ensuite, la problématique de l’emploi, en particulier celui des jeunes, constitue un enjeu majeur. Le chômage et la précarité fragilisent la cohésion sociale. Il est urgent de promouvoir des politiques actives de création d’emplois décents, de lutter contre la contractualisation abusive et de favoriser l’insertion durable des jeunes dans le marché du travail.
Par ailleurs, les conditions de travail et le dialogue social sectoriel doivent être améliorés. Dans plusieurs secteurs, les travailleurs évoluent dans des environnements difficiles, avec un déficit de concertation. Il est essentiel de renforcer les cadres de dialogue au niveau sectoriel, d’assurer le respect des conventions collectives et de garantir des conditions de travail dignes et sécurisées.
Enfin, la protection sociale et les retraites demeurent une préoccupation centrale. Les réformes en cours doivent impérativement être discutées de manière inclusive et transparente. Il est nécessaire d’assurer une meilleure couverture sociale pour tous les travailleurs, y compris ceux du secteur informel, et de garantir la viabilité ainsi que l’équité des régimes de retraite.
Pour notre organisation, ces priorités ne sont pas négociables dans leur principe. Leur prise en charge rapide et effective est indispensable pour apaiser le climat social, restaurer la confiance et inscrire le dialogue social dans une dynamique de résultats concrets au bénéfice des travailleurs sénégalais.
Le système actuel de protection sociale, notamment à travers l’IPRES et la CSS, répond‐il encore aux réalités socio‐économiques du Sénégal ?
Au nom des représentants des travailleurs du Sénégal, nous estimons que le système actuel de protection sociale, notamment à travers l’IPRES et la CSS, présente des acquis importants, mais qu’il ne répond plus pleinement aux réalités socio‐économiques actuelles.
En effet, le système a été conçu dans un contexte où le salariat formel était plus structuré. Aujourd’hui, avec l’ampleur du secteur informel, la précarité de l’emploi et les nouvelles formes de travail, il montre ses limites. Une grande partie des travailleurs reste encore en dehors du champ de la protection sociale, ce qui pose un véritable problème d’équité
Quelles sont ses principales forces : solidarité, gouvernance, etc. ?
Le dispositif repose sur des principes solides. Il garantit une certaine continuité de revenus à travers les pensions de retraite, assure des prestations familiales et professionnelles, et s’appuie sur un principe de solidarité intergénérationnelle. Il existe également une expérience institutionnelle et un cadre de gouvernance tripartite qui, en théorie, favorisent la concertation entre l’État, les employeurs et les travailleurs.
Quelles en sont les faiblesses structurelles ?
Cependant, plusieurs insuffisances persistent. D’abord, une couverture encore limitée, qui exclut une majorité de travailleurs, notamment dans l’informel. Ensuite, des préoccupations liées à la viabilité financière de certains régimes à moyen et long terme. À cela s’ajoutent des défis de gouvernance, avec un besoin accru de transparence et d’efficacité dans la gestion. Enfin, des inégalités dans l’accès et le niveau des prestations, qui posent la question de la justice sociale.
Quelles réformes prioritaires recommandez‐ vous pour renforcer sa performance et sa justice sociale ?
Face à ces constats, nous recommandons des réformes structurantes. Il est urgent d’élargir la couverture sociale, en intégrant progressivement les travailleurs du secteur informel à travers des mécanismes adaptés. Il faut également renforcer la gouvernance des institutions, avec plus de transparence, et une implication effective des partenaires sociaux.
Par ailleurs, la question de la soutenabilité financière doit être traitée avec sérieux, à travers des réformes paramétriques concertées, sans remettre en cause les droits des travailleurs. Enfin, il est indispensable d’harmoniser et d’améliorer les prestations pour garantir plus d’équité et de justice sociale.
En somme, pour les travailleurs du Sénégal, la protection sociale doit évoluer d’un système encore partiellement inclusif vers un modèle universel, plus juste, plus transparent et mieux adapté aux réalités économiques et sociales du pays.
Comment répondre aux préoccupations croissantes des retraités relatives à la stagnation des pensions et à leur faible représentation dans les instances de décision ?
Au nom de la CNTS, nous comprenons pleinement les préoccupations légitimes des retraités. La stagnation des pensions, dans un contexte de vie chère, n’est plus soutenable.
Il est urgent d’engager une revalorisation régulière et indexée des pensions, fondée sur des critères objectifs comme l’inflation et l’évolution des salaires. En parallèle, la question de la représentation doit être corrigée. Les retraités doivent disposer d’une place plus significative dans les instances de décision, afin que leurs préoccupations soient directement prises en compte.
Fort de son expérience à l’IPRES, la CNTS plaide pour une réforme concertée qui garantisse à la fois la dignité des retraités, une gouvernance plus inclusive et la soutenabilité du système.
Une revalorisation des pensions est‐elle soutenable et selon quels mécanismes ?
Oui, une revalorisation des pensions est soutenable, à condition qu’elle soit bien encadrée, progressive et fondée sur des mécanismes transparents et concertés.
A la CNTS, nous considérons que la soutenabilité ne doit pas être un prétexte à l’inaction, mais un cadre pour agir avec responsabilité. Plusieurs leviers peuvent être mobilisés :
D’abord, l’indexation partielle et régulière des pensions sur l’inflation permet de préserver le pouvoir d’achat des retraités sans déséquilibrer brutalement les finances des régimes.
Ensuite, une amélioration du recouvrement des cotisations est essentielle. Trop de ressources échappent encore au système en raison de fraudes, de retards ou de défaillances, ce qui fragilise son équilibre.
Il est également nécessaire d’élargir l’assiette des cotisants, notamment en intégrant progressivement les travailleurs du secteur informel, la généralisation de la retraite complémentaire, etc.
Par ailleurs, des ajustements paramétriques concertés peuvent être envisagés, dans le respect des droits acquis, afin d’assurer la viabilité à long terme des régimes.
Enfin, une gouvernance plus rigoureuse, fondée sur la transparence et la reddition de comptes, permettra d’optimiser la gestion des ressources et de restaurer la confiance.
Pour notre centrale syndicale, la question n’est donc pas de savoir s’il faut revaloriser les pensions, mais comment le faire de manière juste, progressive et durable, afin de garantir la dignité des retraités sans compromettre l’avenir du système.
Quelle place institutionnelle accorder aux retraités dans la gouvernance ?
Nous estimons que les retraités doivent occuper une place institutionnelle pleine et entière dans la gouvernance des organismes sociaux.
Concrètement, cela suppose leur représentation formelle au sein des conseils d’administration, avec des sièges dédiés et un droit de vote effectif. Leur participation doit également s’étendre aux comités techniques et aux instances de suivi, afin qu’ils contribuent aux décisions qui les concernent directement.
Reconnaître cette place, c’est renforcer la légitimité, la transparence et l’équilibre du système, tout en garantissant une meilleure prise en compte des réalités vécues par les retraités.
Quelles réformes concrètes pourraient améliorer durablement leur situation ?
La CNTS, estime que l’amélioration durable de la situation des retraités passe par des réformes concrètes et ciblées.
D’abord, instaurer une revalorisation régulière des pensions, indexée au moins en partie sur le coût de la vie, afin de préserver leur pouvoir d’achat. Ensuite, renforcer le recouvrement des cotisations et élargir l’assiette des affiliés pour sécuriser le financement des régimes.
Il est également essentiel d’améliorer la gouvernance, avec plus de transparence et une représentation accrue des retraités dans les instances de décision. Par ailleurs, une harmonisation et une revalorisation des prestations sociales, notamment en matière de santé, doivent être engagées.
Enfin, toutes ces réformes doivent être menées dans un cadre de dialogue social sincère et inclusif, garantissant à la fois la dignité des retraités et la soutenabilité du système.
Quel regard portez‐vous sur le projet de fusion entre la CSS et l’IPRES ?
La Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS) adopte une position prudente et exigeante concernant la fusion entre l’IPRES et la Caisse de Sécurité Sociale (CSS).
Tout en reconnaissant la nécessité de moderniser la protection sociale, la CNTS insiste sur la transparence, la bonne gouvernance et la sécurisation des acquis des travailleurs, particulièrement l’autonomie de gestion de ces Institutions sociales.
Notre centrale a fait part, dans ses différents rapports d’activités, de son désaccord avec le projet de fusion de la Caisse de sécurité sociale (CSS) avec l’Institution de prévoyance retraite du Sénégal (IPRES).
Depuis un certain temps, on agite la question de la fusion et un grand lobby est en train de se constituer autour de cette question dont l’objectif final n’est en vérité que la mainmise sur les réserves de l’institution (l’IPRES), ce que nous continuons de dénoncer.
La CNTS demande par ailleurs le renouvellement des instances délibérantes de l’IPRES et de la CSS, pour la préservation de la bonne gouvernance.
S’agit‐il d’une opportunité de rationalisation et d’efficacité ou d’un risque de complexification ?
La fusion de l’IPRES et de la Caisse de Sécurité Sociale peut être une opportunité de rationalisation si elle permet de réduire les coûts de gestion, d’harmoniser les prestations et de simplifier les démarches pour les usagers.
Cependant, elle comporte un risque réel de complexification si elle est menée sans garanties solides : perte de spécificités des régimes, dilution de la gouvernance paritaire et difficultés de transition pouvant affecter les droits des travailleurs.
La position de la CNTS est claire : oui à une réforme qui améliore l’efficacité et protège les acquis, non à une fusion précipitée qui fragilise la protection sociale.
Quelles conditions préalables devraient être réunies pour garantir le succès d’une telle réforme ?
Nous pensons que la fusion pourrait reposer sur un certain nombre de préalables :
? la garantie des droits acquis, une gouvernance paritaire renforcée,
? un cadre juridique et institutionnel solide, ? une soutenabilité financière démontrée avec des projections actuarielles crédibles à moyen et long terme,
? un plan de transition réaliste en intégrant progressivement les systèmes, les personnels et les bases de données,
? une communication transparente en informant et associant les travailleurs pour éviter méfiance et blocages.
Quel modèle de gouvernance et de financement recommanderiez‐vous dans cette perspective ?
Le modèle à privilégier doit rester centré sur les travailleurs, avec deux piliers clairs : une gouvernance partagée et un financement diversifié, pour assurer à la fois la soutenabilité du système et la protection durable des droits des travailleurs.
Plus globalement, quel avenir pour les institutions de protection sociale au Sénégal dans un contexte de transition démographique, économique et sociale ?
À la veille de la célébration de la Fête internationale du Travail, la CNTS réaffirme que l’avenir des institutions de protection sociale au Sénégal dépendra de notre capacité collective à anticiper les mutations démographiques, économiques et sociales en cours.
La transition démographique, marquée par une population jeune mais appelée à vieillir progressivement, impose l’élargissement de l’assiette contributive et l’inclusion des travailleurs de l’économie informelle.
Dans ce contexte, la CNTS plaide pour une modernisation des Institutions sociales, le renforcement de la gouvernance, la digitalisation des services et la diversification des sources de financement. Il est également impératif de consolider l’assurance maladie, d’améliorer les pensions de retraite et de garantir une protection effective contre les risques professionnels et sociaux.
La projection stratégique doit reposer sur un dialogue social inclusif, associant État, employeurs et organisations de travailleurs, afin de bâtir un système de protection sociale universel, durable et solidaire.
La CNTS demeure engagée pour que la croissance économique, la souveraineté sur nos ressources et la transformation du marché du travail se traduisent par plus de justice sociale, de travail décent et de sécurité pour tous les travailleurs du Sénégal.
Vers quel modèle faudrait‐il tendre ?
La CNTS estime que le Sénégal doit tendre vers un modèle mixte et solidaire, conciliant universalité et contributivité.
L’universalité garantit un socle minimum de protection pour tous, notamment les travailleurs de l’économie informelle et les plus vulnérables.
La contributivité, quant à elle, doit être renforcée pour assurer la viabilité financière du système et la justice sociale entre les travailleurs.
Ce modèle doit s’appuyer sur une forte solidarité nationale, un élargissement de l’assiette des cotisations et un engagement accru de l’État, afin de construire une protection sociale inclusive, durable et adaptée aux réalités du monde du travail au Sénégal.
Quel rôle pour les partenaires sociaux dans cette transformation ?
Les partenaires sociaux doivent jouer un rôle central dans la transformation de la protection sociale au Sénégal. Ils doivent participer à la définition des réformes, veiller à une gouvernance transparente des institutions, contribuer à l’élargissement de l’assiette de cotisation et promouvoir la formalisation de l’emploi.
Par le dialogue social, ils doivent également défendre l’équilibre entre viabilité financière, amélioration des prestations et extension de la couverture à tous les travailleurs.