L’affaire du meurtre de l’élève sapeur-pompier Chérif Ndao a été évoquée, hier, à la barre du Tribunal militaire avant d’être renvoyée au 10 mars prochain en audience spéciale pour une nouvelle constitution d’avocats de la défense. Ainsi, la demande de mise en liberté provisoire plaidée en faveur des quatre sapeurs pompiers, en détention depuis plus de deux ans, a été rejetée par le Tribunal. En plus de ces mis en cause, le Pr Gisèle Wato Gaye et le Dr Ibou Thiam ont été attraits à la barre pour faux dans un document administratif.
Après le procès marathon de Barthélémy Dias et Cie qui a duré deux jours, le juge Ndary Diop a présidé hier, le Tribunal militaire dans le cadre du procès des sept sapeurs-pompiers inculpés de coups et blessures volontaires ayant entrainé la mort sans intention de la donner, suite à la mort de l’élève sapeur-pompier Chérif Ndao. Ce dernier est décédé au cours de sa formation dans un camp militaire à Thiès.
En dehors des soldats du feu, le Pr Gisèle Wato Gaye et son assistant, le Dr Ibou Thiam de l’hôpital Aristide Le Dantec, inculpés dans cette affaire, ont comparu libres pour faux dans un document administratif. Cependant, le procès n’est pas arrivé à terme, puisqu’il a été renvoyé au 10 mars prochain en audience spéciale. Ce renvoi est motivé par la constitution de nouveaux avocats de la défense. Il s’agit entre autres de Me Mouhamadou Moustapha Dieng, Me Baboucar Cissé, Me Boubacar Dramé et Me Modou Dieng.
Parmi les sept sapeurs-pompiers attraits, hier, à la barre pour le meurtre de Chérif Ndao, trois ont comparu libres. Il s’agit des adjudants Cheikh Sadou Abib Weuneulou Ndir et Onacis Bakouch, mais également du sapeur stagiaire Samba Athie. Les autres sont depuis trente mois dans les liens de la prévention. Il s’agit des caporaux-chefs Lat Ndoye et Baye Thiam, et des stagiaires Jean-Baptiste Médard Sagna et de Ndji Bassang. Plus chanceux, El Hadj Mamadou Ndour a bénéficié d’un non lieu, après son inculpation. D’après l’enquête, les prévenus en détention seraient les auteurs des actes de tortures qui ont provoqué la mort de l’élève sapeurpompier, Chérif Ndao, sur instruction des deux adjudants, leurs supérieurs hiérarchiques. Suite au renvoi de l’affaire, les avocats de la défense ont plaidé la mise en liberté provisoire des prévenus en détention.
Selon Me Bruce Sylva, la détention des prévenus n’a plus sa pertinence car, dit-il, ils ne peuvent pas troubler l’ordre public. «Ils sont affectés à la Caserne Malick Sy et ont des garanties de représentation », a indiqué l’avocat. Le Commandant Mamadou Birane Wone, assurant la défense des prévenus, s’inscrit dans la même dynamique : «Deux sous-officiers supérieurs ont été remis en liberté et les autres ont été retenus dans les liens de la prévention, parce qu’ils sont poursuivis pour complicité. Parmi eux, deux ont eu des enfants qu’ils n’ont toujours pas vus. Le Lieutenant-colonel Moulaye Cissé, présent dans la salle, peut prendre l’entière responsabilité de les faire comparaître à la date du renvoi. Il n’y a pas de risques d’échapper à la justice», a plaidé le Commandant Wone. Mais cette demande de liberté provisoire s’est heurtée au refus catégorique du maitre des poursuites. «Il ne faut pas oublier qu’il y a eu mort d’homme et il risque d’y avoir un trouble à l’ordre public», a argué le représentant du parquet qui rappelle que toutes les personnes qui méritaient une liberté provisoire en ont bénéficié.
Sur la garantie de représentation, il estime qu’une note d’affectation ne constitue nullement un certificat de domicile. Il est suivi par le Tribunal qui a rejeté la demande de liberté provisoire formulée par la défense. Pour rappel, suite à la mort de Chérif Ndao en décembre 2013, le certificat de genre de mort délivré par le Pr Gisèle Wato Gaye et son assistant, le Dr Ibou Thiam de l’hôpital Le Dantec, avait fait état d’une mort naturelle. Ces conclusions des médecins ont soulevé une vague d’indignation chez les organisations de défense des droits de l’homme. Ces dernières ont obtenu gain de cause, d’autant que l’enquête approfondie avec le rapport d’autopsie du Pr Diatta de l’hôpital Principal parle «de contusions musculaires diffuses par coups et blessures compliqués, d’insuffisance rénale associée à un paludisme grave avec défaillance neurologique, rénale et hématologique». Un avis contraire accablant à l’origine de l’inculpation des blouses blanches par l’ancien doyen des juges, Mahawa Sémou Diouf, pour faux dans un document administratif.