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La Falémé au bord de l'asphyxie
L'exploitation artisanale et industrielle de l'or a transformé le fleuve frontalier sénégalo-malien en un désastre écologique majeur, menaçant la survie de milliers de riverains
 
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(SenePlus) -L'exploitation artisanale et industrielle de l'or a transformé le fleuve frontalier sénégalo-malien en un désastre écologique majeur, menaçant la survie de milliers de riverains. Un grand reportage de la RTS révèle l'ampleur d'une catastrophe environnementale aux conséquences irréversibles.

L'eau de la Falémé, autrefois claire et poissonneuse, est désormais impropre à toute utilisation. Le fleuve qui irrigue la région de Kédougou et forme la frontière entre le Sénégal et le Mali souffre d'une pollution massive causée par l'orpaillage artisanal et industriel, selon un reportage diffusé dimanche 17 mai 2026 dans l'émission "Grand Reportage" de la RTS.

"La Falémé a subi énormément d'agressions dû au simple fait de l'exploitation de l'or", constate le documentaire réalisé par Tidiane Cissé. Les analyses révèlent que la concentration en mercure dans le fleuve est plus de deux fois supérieure à la norme sénégalaise, selon des résultats publiés par la BBC en avril 2023. Le mercure utilisé pour le traitement du minerai, ainsi que le cyanide et le plomb, contaminent l'eau, les sols et même le bétail des populations riveraines.

À Farentine, dans le département de Saraya, les femmes qui cultivaient auparavant une grande variété de légumes et gagnaient jusqu'à 1,2 million de francs CFA par récolte ne peuvent désormais planter que de l'oignon avec des rendements catastrophiques. "L'eau quand on arrose ça tue toutes choses", témoigne une maraîchère qui développe des solutions de fortune en utilisant de la cendre pour réduire la pollution.

Du traditionnel à l'industriel

L'orpaillage traditionnel, autrefois pratiqué à petite échelle par les vieilles mamans après la saison des pluies, s'est transformé en exploitation quasi-industrielle. "Maintenant, c'est devenu presque industriel. Et ce qui est grave, c'est que ça s'est internationalisé", souligne le reportage. Des milliers d'orpailleurs venus du Burkina Faso, du Mali, de Guinée, du Niger, du Ghana et surtout de Chine avec "des moyens extraordinaires" se sont installés le long du fleuve.

Les dragues, ces machines qui creusent directement dans le lit du fleuve, sont particulièrement dévastatrices. "Les dragues sont très dangereuses, je pourrais dire, parce qu'ils créent d'abord des trous. Ces trous pendant l'hivernage font l'objet de beaucoup de noyades", explique un témoin dans le documentaire.

Mais pour les populations locales, l'orpaillage est devenu une nécessité vitale. Face au changement climatique qui réduit drastiquement les récoltes agricoles, les femmes et les hommes n'ont d'autre choix que de descendre dans les sites d'extraction. "Il ne pleut plus comme avant. Il a donc fallu trouver d'autres alternatives, ce qui nous a poussé à nous tourner vers l'orpaillage", confie une orpailleuse. "Pour scolariser nos enfants, payer les ordonnances et subvenir à nos besoins, nous sommes obligés de descendre dans les duras."

Décret présidentiel et défis d'application

Le 31 juillet 2024, le président Bassirou Diomaye Faye a suspendu par décret toute activité minière dans un rayon de 500 mètres sur la rive gauche de la Falémé jusqu'au 30 juin 2027. Les forces de défense et de sécurité ont intensifié les opérations de contrôle : lors de l'opération "Conomering", trois sites ont été démantelés et 97 groupes électrogènes saisis.

Mais la Falémé étant un fleuve international, l'efficacité de ces mesures dépend d'une coopération transfrontalière. "Si ce même dispositif n'a pas été pris dans l'autre côté de la frontière, il y aura pas d'effets", alerte un responsable dans le documentaire. Le Mali a créé en mars 2026 une brigade spéciale des mines pour lutter contre l'exploitation illégale.

Le collectif citoyen "Sauvons la Falémé", créé en 2018 et regroupant des Sénégalais, Maliens, Mauritaniens et Guinéens, multiplie les actions de sensibilisation. Selon ses membres, 50 à 70% de la pollution provient du dragage et de l'orpaillage traditionnel.

L'Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) a envoyé une mission de prélèvement en février 2023, mais trois ans après, les résultats officiels se font toujours attendre. "Nous ne comprenons pas cette histoire de prélèvement. À plusieurs reprises, des personnes viennent ici pour prendre des échantillons mais une fois reparties, on ne les revoit plus", déplore une habitante.

La Falémé représente 25% du débit du fleuve Sénégal. Sa dégradation compromet le projet de barrage de Gourpass que l'OMVS prévoit de construire, un projet censé augmenter la disponibilité en eau et en énergie propre pour les États membres. "La vie est en train de disparaître, la faune est en train de disparaître, la flore est en train de disparaître", résume un observateur, illustrant l'ampleur d'une catastrophe aux conséquences désormais irréversibles.

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