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La naïveté fatale de Mohamed Bazoum
Deux mois avant sa chute, l'ex-président nigérien avait été averti que le clan Issoufou et des généraux complotaient contre lui. Dans sa newsletter, François Soudan raconte comment l'intéressé a choisi de ne pas y croire
 
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1004223
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(SenePlus) - Dans une chronique publiée cette semaine dans sa newsletter "Le Off", François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique, revient sur la chute de l'ancien président nigérien Mohamed Bazoum, renversé par un coup d'État militaire en juillet 2023. Trois ans après sa destitution, le journaliste français livre un témoignage accablant sur les signaux d'alerte que le chef d'État démocratiquement élu aurait choisi d'ignorer.

En mai 2023, soit deux mois avant d'être trahi par le général Abdourahmane Tiani, commandant de sa garde présidentielle, Mohamed Bazoum avait accordé à François Soudan ce qui allait devenir "sa dernière interview". Le président nigérien y faisait preuve, selon le journaliste, d'une "grande lucidité" sur les défis sécuritaires et politiques auxquels son pays était confronté = terrorisme islamiste, fragilité de l'armée, risque de milices civiles armées. Il incarnait alors "un pari sur la tolérance, l'intelligence et la modernité plutôt que sur le populisme autoritaire et le repli identitaire", contrairement aux trajectoires empruntées par le Mali et le Burkina Faso voisins.

Mais derrière cette clairvoyance géopolitique se cachait, selon Soudan, une faille tragique : une naïveté désarmante face aux menaces internes. Le lendemain de cette interview présidentielle, reçu chez Mahamadou Issoufou, prédécesseur de Bazoum, le journaliste avait été frappé par la violence des propos tenus contre le président en exercice par l'entourage de l'ancien chef de l'État. Le soir même, Soudan s'en était ouvert auprès de Bazoum lui-même : "Issoufou pense manifestement que tu lui dois tout, ce qui crée à ses yeux une dette inextinguible", lui avait-il fait remarquer, ajoutant que l'entourage de son prédécesseur répétait qu'il "ne le remerciait pas assez du cadeau hors de prix qu'il t'a fait : le pouvoir."

La réponse de Mohamed Bazoum, rapportée dans la newsletter, témoigne de son aveuglement : "Je sais tout cela. Mais Issoufou n'est pas homme à se laisser manipuler, encore moins à comploter. Il ne tentera rien contre moi."

François Soudan révèle que d'autres personnalités bien mieux informées que lui avaient également sonné l'alarme. Hassoumi Massaoudou, alors ministre des Affaires étrangères, et le général Abou Tarka auraient ainsi mis en garde le président : les rancœurs du clan Issoufou convergeaient, selon eux, avec les tentations putschistes d'officiers supérieurs. En vain.

Le mandat constitutionnel de Mohamed Bazoum s'est achevé le 2 avril dernier. Depuis son renversement, il demeure assigné à résidence dans le complexe présidentiel de Niamey, servant, selon les mots de Soudan, de "bouclier humain" aux militaires qui l'ont destitué. "Parce qu'il est mon ami et qu'il avait été démocratiquement élu, je ne cesserai d'alerter sur son sort", écrit le directeur de Jeune Afrique, qui qualifie le président déchu d'homme ayant "péché par naïveté".

Une naïveté que Soudan compare à l'hubris d'Alpha Condé, autre dirigeant africain renversé en 2021 et qui, trois semaines avant sa chute, lui avait rétorqué avec assurance : "Tu n'y connais rien. On peut m'assassiner. Mais un coup d'État, jamais !"

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