À Dakar, les taxis savent avant les ministres ce que le pays murmure.
Depuis quelques jours, de la Corniche aux plateaux de télévision, des groupes WhatsApp aux tables où l'on partage un attaya, une même question traverse les conversations : faut-il que le Sénégal soutienne la candidature internationale de Macky Sall ?
Au marché Sandaga, devant les cafés du Plateau, dans les salons où l'on refait le pays jusqu'au bout de la nuit, chacun a déjà sa réponse. Chacun a déjà ses certitudes.
Et c'est peut-être précisément là que commence le problème.
Pendant des années, je me suis opposée à Macky Sall sur sa manière de gérer le phénomène Ousmane Sonko.
Je lui ai dit, plus d'une fois :
« Tu es en train de fabriquer un monstre politique. »
Je ne retire rien de cette analyse. Mais le temps oblige parfois à compléter ce que l'on croyait avoir compris.
L'éditorialiste écrit avec ce qu'il voit. Le président décide aussi avec ce qu'il ne pourra jamais dire. C'est là que le pouvoir cesse d'être un slogan pour devenir une responsabilité.
Il arrive alors un moment où un président cesse d'appartenir à ceux qui l'ont porté au pouvoir. Il appartient désormais à la République. Je crois que Bassirou Diomaye Faye est arrivé à ce carrefour.
Le débat autour d'une éventuelle candidature de Macky Sall dépasse désormais la personne de Macky Sall. Les objections existent, et elles méritent d'être entendues.
Certains refusent cette candidature en raison du bilan de son ancien mandat, des blessures qu'il a laissées et de l'image qu'elle pourrait renvoyer du Sénégal. D'autres y voient un choix diplomatique qui dépasse les clivages politiques. Ces deux lectures sont légitimes.
Mais elles ne répondent pas tout à fait à la question qui se pose aujourd'hui.
Lorsqu'un État présente l'un de ses anciens présidents à une fonction internationale, que soutient exactement le chef de l'État ? Un homme ? Une stratégie diplomatique ? Ou la continuité de la parole de son pays ?
Il existe une frontière qu'un président ne devrait jamais franchir : celle où les querelles des hommes deviennent les querelles de l'État. À partir de cet instant, ce n'est plus un camp qui s'affaiblit. C'est le Sénégal.
La République était là avant Macky Sall. Elle sera là après Ousmane Sonko. Elle survivra à Bassirou Diomaye Faye. Comme elle survivra à tous ceux qui exerceront un jour le pouvoir.
Les hommes passent. La République, elle, reste. Les présidents prêtent serment devant la République. Jamais l'inverse.