(SenePlus) - La tension politique monte d'un cran au Sénégal à la veille d'échéances législatives cruciales. Le Front pour la Défense de la République (FDR) a officiellement annoncé son refus de participer à la rencontre organisée par le ministère de l’Intérieur, prévue pour le 30 avril 2026. Cette décision fait suite à la publication des avant-projets de lois issus du comité de relecture des conclusions du Dialogue national de mai 2025. Pour la coalition de l'opposition, ces textes manquent de légitimité, ayant été élaborés sans la présence des forces contradictoires de l'échiquier politique national.
Le FDR pointe du doigt une mainmise directe de la Primature sur le processus de réforme. Selon les leaders de la coalition, les travaux ont été conduits sous l'autorité exclusive du président du parti PASTEF, actuel Premier ministre, avec le concours étroit de cadres de sa formation et du groupe parlementaire majoritaire. Cette configuration, qui exclut de fait les représentants de l'opposition et les députés non alignés, constitue, selon le FDR, une rupture avec la tradition sénégalaise de consensus électoral. Le Front dénonce une dérive institutionnelle où les règles du jeu démocratique sont dictées par un seul camp, transformant des réformes d'intérêt national en instruments partisans.
L'un des points de friction majeurs concerne la modification annoncée des articles L29 et L30 du Code électoral. Le FDR y voit une manœuvre législative « taillée sur mesure » pour régulariser la situation judiciaire d'Ousmane Sonko, leader de la majorité. En fustigeant une loi de circonstance pour un leader « condamné et contumax », l'opposition accuse le pouvoir en place de vouloir instrumentaliser l'Assemblée nationale pour solder des comptes judiciaires personnels. Pour les membres de la Conférence des Leaders, la rencontre du 30 avril n'est qu'une façade de dialogue destinée à valider des décisions déjà actées en haut lieu.
Face à ce qu'il qualifie de pratiques autoritaires, le FDR appelle désormais à une union sacrée de l'opposition pour organiser une « riposte démocratique » à la hauteur des enjeux. La coalition exige que les documents produits par le comité de relecture soient remis sur la table des discussions afin d'y intégrer les observations de toutes les parties prenantes. Le communiqué est sans équivoque sur le mépris affiché par le pouvoir actuel envers les usages démocratiques : « Le FDR rejette avec fermeté ces pratiques autoritaires et unilatérales qui sont en rupture complète avec les traditions de concertation inclusive ayant toujours fait la force de la démocratie sénégalaise. »
Dans cette atmosphère de confrontation, le FDR prévient qu'il ne reconnaîtra aucune décision issue de la « majorité mécanique » de PASTEF lors de la séance plénière prévue le 28 avril à l'Assemblée nationale. Pour les opposants, l'invitation du ministre de l'Intérieur est perçue comme une diversion inutile, affirmant que la réunion envisagée « ne présente aucun intérêt, sinon celui d’amuser la galerie ». Le bras de fer semble désormais inévitable, le Front invitant toutes les forces vives de l'opposition à une réunion d'urgence pour coordonner des actions de résistance face à ce qu'il considère comme un recul sans précédent de l'État de droit au Sénégal.