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Le FMI, architecte de la misère en Afrique ?
En convoquant des économistes très critiques, un décryptage d'AJ+ français démontre comment l'obligation de rembourser des prêts en devises étrangères enferme les pays africains dans une spirale d'austérité sans fin
 
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1006755
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  • https://www.youtube.com/watch?v=CT7BMtG_W-g

(SenePlus) - Dans une enquête vidéo intitulée « Comment le FMI étouffe l'Afrique », la chaîne AJ+ français dresse un réquisitoire documenté contre le rôle du Fonds monétaire international sur le continent africain, en s'appuyant notamment sur les analyses de l'économiste sénégalais Ndongo Samba Sylla, directeur Afrique du think tank IDEAs, et de l'économiste allemand Jörg Guido Hülsmann.

Selon ce décryptage d'AJ+ français, le fonctionnement du FMI, créé en 1944 pour officiellement « aider les pays en difficulté financière », suit toujours le même schéma : lorsqu'un État africain manque de devises pour honorer ses importations ou sa dette, l'institution lui accorde un prêt en échange de mesures d'austérité telles que les coupes dans les dépenses publiques, la hausse des impôts, la dévaluation de la monnaie.

Le problème, souligne Ndongo Samba Sylla, est que ces politiques réduisent les dépenses en monnaie nationale (franc CFA, naira, cedi, rand…) alors que la dette, elle, est due en dollars ou en euros. Couper le budget national ne fait donc pas apparaître les devises nécessaires au remboursement, une contradiction que l'économiste illustre par l'image d'un tailleur emprisonné parce qu'il n'a pas pu terminer une robe : l'emprisonner ne produira jamais le vêtement.

C'est pour cette raison que l'économiste camerounais Joseph Tchundjang Pouemi, dans son ouvrage Monnaie, servitude et liberté (1980), qualifiait déjà le FMI de « Fonds de misère instantanée ».

Des prêts qui profitent aux régimes les plus alignés sur l'Occident

AJ+ français rappelle que les trois pays africains les plus endettés auprès du FMI sont l'Égypte, la Côte d'Ivoire et le Kenya, non pas parce qu'ils en auraient le plus besoin, mais parce que leurs classes dirigeantes ont historiquement été parmi les plus proches des intérêts de la finance occidentale, de Houphouët-Boigny à Ouattara (lui-même ancien directeur adjoint du FMI) pour la Côte d'Ivoire, ou de Sadate à al-Sissi pour l'Égypte.

L'économiste allemand Jörg Guido Hülsmann va plus loin en avançant que le FMI soutient en priorité des gouvernements dépendants, corrompus ou fragiles — citant l'exemple du régime de Mobutu au Zaïre — plutôt que des gouvernements populaires, transformant ainsi une aide financière en une forme de tutelle politique.

Le média détaille un mécanisme récurrent : un pays emprunte en dollars sur les marchés internationaux pour financer des infrastructures (routes, ports, barrages) qui, si elles sont utiles socialement, génèrent des revenus en monnaie locale et non en devises. Le service de la dette en dollars continue pourtant de croître, jusqu'au défaut de paiement, un scénario que la Zambie, le Ghana ou l'Éthiopie ont connu après la pandémie de Covid-19.

Le Sénégal, cité en exemple, a signé 22 accords avec le FMI depuis son indépendance. AJ+ français pointe aussi le cas de la région aurifère de Kédougou, exploitée par la société canadienne Endeavour Mining : les mêmes sociétés d'investissement actionnaires d'Endeavour Mining détiendraient également une partie des obligations souveraines sénégalaises, sur lesquelles l'État verse des intérêts pouvant atteindre 7,75 %, pour une dette d'environ 271 millions de dollars.

Un système jugé irréformable

Le média donne aussi la parole à l'institution. En janvier 2026, son directeur pour l'Afrique a défendu un rôle d'accompagnement du développement articulé autour de la formation technique des gouvernements, de la surveillance des politiques économiques et du financement d'urgence en cas de choc ou de déséquilibre macroéconomique.

Pour Jörg Guido Hülsmann, cité par AJ+ français, le FMI ne peut pas être réformé, car ce n'est pas une question de mauvaise gouvernance de l'institution, mais la conséquence directe d'un système monétaire international, né à Bretton Woods en 1944 sous la période coloniale, construit sans l'Afrique et centré sur le dollar.

L'enquête relève que trois pays africains n'ont jamais eu recours au FMI : la Libye sous Kadhafi et le Botswana, grâce notamment à leur contrôle direct de ressources naturelles stratégiques (pétrole, diamant), ce qui leur a évité des crises de balance des paiements.

Ndongo Samba Sylla propose trois pistes pour sortir de cette dépendance : reprendre le contrôle des ressources naturelles, cesser de s'endetter en devises étrangères, et développer une coopération monétaire entre pays africains — sans nécessairement aller jusqu'à une monnaie unique — qui pourrait, selon lui, faire de l'Afrique un continent créancier plutôt que débiteur vis-à-vis du reste du monde.

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