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Le G7 des enseignants durcit le ton et appel à la réforme
Au cœur de la stratégie syndicale figure un boycott massif des évaluations liées aux PHARES et aux cellules pédagogiques. Sont aussi concernés la surveillance des examens, la réception et la correction des copies ainsi que les conseils de classe
 
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La tension monte dans le secteur de l’éducation au Sénégal. Réunis autour d’un plan d’actions jugé « décisif » par leurs responsables, les syndicats membres du G7 ont appelé leurs collègues à maintenir la mobilisation afin d’obtenir la signature des décrets relatifs au statut des décisionnaires, la correction du système de rémunération, la fin de la surimposition et le parachèvement de la formation diplômante universelle. Dans plusieurs régions du pays, le mot d’ordre est suivi avec attention, parfois avec inquiétude, par les enseignants comme par les élèves.

Au cœur de la stratégie syndicale figure un boycott massif des évaluations liées aux PHARES et aux cellules pédagogiques. Sont également concernés la surveillance des examens, la réception et la correction des copies ainsi que la participation aux conseils de classe. « Restons soudés jusqu’à nouvel ordre », martèlent les responsables syndicaux du CUSEMS dans leurs communications internes, convaincus que seule une mobilisation forte pourra faire bouger les lignes.

Une exaspération ancienne

À Kédougou, dans un lycée de la banlieue, Thierno Diallo, professeur d’histoire‐géographie contractuel ne cache plus sa lassitude. « Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation pour le plaisir. Mais cela fait des années que nous parlons des mêmes problèmes. Le statut des décisionnaires doit être clarifié, sinon toute la chaîne administrative reste fragilisée », explique‐t‐il. Selon lui, la question salariale reste centrale. « Le système de rémunération actuel ne reflète ni notre charge de travail ni notre ni‐ veau de qualification. Beaucoup d’enseignants poursuivent des formations, mais cela ne se traduit pas toujours dans leur traitement. À long terme, cela démotive », dit‐il. 

Même constat à Niakhar, où Oumy Mbaye enseignante dans le lycée de la localité, évoque une « accumulation de frustrations ». « Nous aimons notre métier, mais l’amour du métier ne suffit pas à payer les factures. La surimposition est devenue un vrai sujet. Quand vous comparez votre salaire brut et ce qui reste à la fin du mois, vous vous demandez où va l’effort consenti. »

La formation diplômante, un enjeu d’équité

Parmi les revendications, le parachèvement de la formation diplômante universelle occupe une place importante. Pour de nombreux enseignants, il s’agit d’une question d’équité professionnelle. À Saint‐Louis, Abdou Kontéye estime que la réforme est indispensable pour harmoniser les parcours. « Certains ont eu la chance d’ac‐ céder à des formations diplômantes, d’autres non, parfois pour des raisons purement administratives. Cela crée des écarts dans les carrières. Nous demandons simplement que tous aient les mêmes opportunités », déplore‐t‐il en insistant sur les conséquences pédagogiques : « Un enseignant mieux formé est plus efficace en classe. Ce n’est pas seulement une revendication corporatiste, c’est aussi une question de qualité de l’éducation. »

Un boycott qui divise parfois

Si la mobilisation semble largement suivie, elle ne fait pas l’unanimité. À Ziguinchor, une jeune professeure d’histoire et de géographie, qui préfère garder l’anonymat, avoue son di‐ lemme. « Je comprends le combat, mais chaque journée perturbée pèse sur les élèves, surtout ceux qui passent des examens. Nous sommes partagés entre la défense de nos droits et notre responsabilité éducative », déplore‐t‐il. Les syndicats répondent que ces actions sont précisé‐ ment destinées à éviter une dégradation plus profonde du système. « Si rien ne change, c’est toute l’école publique qui risque de perdre en attractivité », rétorque un responsable syndical contacté. À Kaolack, M. Mbodj, enseignant de‐ puis 5 ans, assume pleinement la ligne dure. « Les demi‐mesures n’ont jamais donné de résultats. Quand les enseignants se mobilisent sérieusement, les autorités finissent par écouter. Nous voulons un dialogue, mais un dialogue qui aboutit », a‐t‐il martelé.

Les élèves entre compréhension et inquiétude

Dans les établissements, les élèves observent la situation avec un mélange de solidarité et d’angoisse. Ynna, élève en classe de terminale Bakel, se dit « préoccupée ». « Nous comprenons que nos professeurs se battent pour de meilleures conditions. Mais nous avons aussi peur pour le calendrier scolaire. Chaque interruption nous rapproche du stress des examens », souligne‐t‐elle. Son camarade Harouna Kane adopte un ton plus nuancé. « Un professeur qui travaille dans de bonnes conditions enseigne mieux. Si leurs revendications sont légitimes, il faut les écouter. Mais il faudrait aussi que l’État et les syndicats trouvent rapidement un terrain d’entente », dit‐il. « Parfois, nous venons en classe sans savoir si certains cours auront lieu normalement. Les compositions sont reportées alors que le mois de ramadan s’approche », ra‐ conte Alimatou Doucouré, élève de troisième. « Cela demande beaucoup d’adaptation. »

Les parents, témoins attentifs

Bien que moins audibles dans le débat public, les parents suivent de près l’évolution du mouvement. Certains redoutent une année scolaire instable, tandis que d’autres reconnaissent la légitimité des revendications. « L’école est un pilier de notre société. Si les enseignants souffrent, c’est tout le système qui souffre », estime Abdou Ndoye, parent d’élève à Dakar. « Mais il faut éviter que les enfants deviennent les principales victimes. »

Une question de reconnaissance

Au‐delà des aspects techniques, plusieurs enseignants évoquent un besoin de reconnaissance. À Matam, Maram Mbaye parle d’un « malaise silencieux ». « On attend beaucoup de nous : former les citoyens de demain, maintenir le niveau, gérer des classes souvent surchargées. Pourtant, nous avons parfois le sentiment que notre rôle est sous‐estimé. » Elle poursuit : « La signature des décrets serait un signal fort. Cela montrerait que notre travail est pris au sérieux. » Même tonalité à Kolda, où Severin Kamony rappelle que l’éducation reste un levier stratégique pour le pays. « Investir dans les enseignants, c’est investir dans l’avenir. Nous ne demandons pas des privilèges, mais des conditions justes comme les autres fonctionnaires des autres corps », insiste‐t‐il.

Le défi du dialogue social

Pour de nombreux observateurs, la situation met une nouvelle fois en lumière la fragilité du dialogue social dans le secteur éducatif. Les crises récurrentes traduisent souvent un déficit d’anticipation. « Il faudrait des cadres de concertation plus réguliers pour éviter d’en arriver à des bras de fer », suggère Mamadou Saliou Diallo enseignant à Louga. « Quand les discussions sont permanentes, les tensions se résolvent plus tôt », dit‐il. 

En attendant, la consigne syndicale reste claire : maintenir la pression jusqu’à satisfaction des revendications. Les enseignants interrogés parlent d’un mouvement « déterminé mais responsable », espérant que la négociation reprenne rapide‐ ment. « Ce que nous voulons, c’est une école stable et performante », résume M. Dieng Prof de Français à Tambacounda. « Mais la stabilité passe aussi par le respect des enseignants », ajoute‐t‐il. Du côté des élèves, l’espoir demeure que la situation se dénoue sans trop perturber leur parcours. « Nous voulons juste apprendre dans de bonnes conditions », confie Assa. 

Pour l’heure, la mobilisation du G7 marque un moment important dans la dynamique du secteur. Reste à savoir si ce rapport de force débouchera sur des avancées concrètes ou sur un nouvel épisode de tensions. 

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