À Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, Président de la République du Sénégal,
À Monsieur Ousmane Sonko, Président de l’Assemblée nationale du Sénégal ancien premier ministre.
𝐌𝐞𝐬𝐬𝐢𝐞𝐮𝐫𝐬,
Je vous écris sans appartenir à aucun de vos camps. Sans haine pour l’un, sans dévotion pour l’autre. Je vous écris en citoyen sénégalais, libre, lucide, indépendant et profondément inquiet. Je vous écris au nom de ceux qui ne vous écrivent pas.
Je vous écris au nom de ceux qui ont choisi le silence non par peur, mais par lassitude. Je vous écris au nom de ceux qui vous observent avec lucidité.
𝐈𝐥 𝐟𝐮𝐭 𝐮𝐧𝐭𝐞𝐦𝐩𝐬𝐨𝐮̀ 𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐩𝐚𝐫𝐥𝐢𝐞𝐳𝐥𝐞𝐦𝐞𝐦𝐞𝐥𝐚𝐧𝐠𝐚𝐠𝐞.
Vous parliez de rupture. Vous parliez de dignité retrouvée. Vous parliez de souveraineté. Vous parliez de justice indépendante pour les opprimés et de comptes rendus aux prédateurs. Vous parliez d’un Sénégal nouveau, non pas pour vous, mais pour ce peuple, qui portait depuis trop longtemps, le poids d’un système qui l’écrasait sans le regarder. Vous parliez de lutter contre un système.
𝐄𝐭 𝐜𝐞 𝐩𝐞𝐮𝐩𝐥𝐞𝐯𝐨𝐮𝐬𝐚𝐜𝐫𝐮𝐬.
Il vous a crus au point d’envoyer ses fils dans les rues. Au point d’accepter les matraques, les gaz lacrymogènes, les balles. Au point de pleurer ses morts ; ces martyrs tombés entre mars 2021 et février 2024 ; sans renoncer. Ces noms que vous connaissez. Ces visages que vous ne devez jamais oublier. Ces mères et pères de famille qui vous ont remis leurs enfants et qui attendent encore que leur sacrifice ait eu un sens.
Il vous a crus au point d’accepter que des milliers de jeunes aient sacrifié projet professionnel, études, avenir pour être emprisonnés pendant des mois (sans que rien ne les fasse vaciller d’un seul iota ; de leur courage de leur abnégation mais surtout de leur résilience.
Ce peuple a voté pour vous avec une espérance rare dans l’histoire politique de ce pays. Il a voté non pas pour deux hommes, mais pour une idée, un PROJET. Celle que le Sénégal pouvait être autrement. Celle qu’une rupture, une vraie, aura lieu. Celle que la politique politicienne sera reléguée au second plan pour mettre l’intérêt supérieur de la nation au centre des priorités du pays.
𝐄𝐭 𝐯𝐨𝐮𝐬𝐯𝐨𝐮𝐬𝐬𝐨𝐮𝐯𝐞𝐧𝐢𝐞𝐳𝐥’𝐮𝐧𝐝𝐞𝐥’𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞.
Monsieur le Président de la République, vous disiez de cet homme (Ousmane Sonko) avec qui vous avez partagé les bancs étroits des prisons de la République ; qu’il était l’un des hommes les plus constants, les plus déterminés, les plus courageux que vous ayez connus dans l’épreuve. Vous saviez ce qu’il avait construit. Vous saviez ce qu’il avait sacrifié.
Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, vous disiez de cet homme (Bassirou Diomaye Djakhar Faye) que vous avez choisi pour porter le projet quand on vous en avait empêché ; qu’il était meilleur que vous. Que sa rigueur, sa constance, son intégrité en faisaient l’homme de la situation. Vous lui avez confié ce que vous aviez de plus précieux : votre projet, votre crédibilité, l’espoir de millions de Sénégalais.
𝐂𝐞 𝐧’𝐞𝐭𝐚𝐢𝐭𝐩𝐚𝐬𝐝𝐞𝐬𝐦𝐨𝐭𝐬𝐝𝐞𝐜𝐚𝐦𝐩𝐚𝐠𝐧𝐞 .
C’était la vérité. Votre vérité à l’heure où les hommes ne mentent pas encore, parce que le pouvoir ne les a pas encore transformés. Où sont passés ces deux hommes-là ?
𝐋𝐞 𝐬𝐥𝐨𝐠𝐚𝐧𝐪𝐮𝐞𝐯𝐨𝐮𝐬𝐚𝐯𝐞𝐳𝐜𝐡𝐨𝐢𝐬𝐢𝐝𝐢𝐬𝐚𝐢𝐭𝐭𝐨𝐮𝐭.
𝑺𝒐𝒏𝒌𝒐 𝒎𝒐𝒚𝑫𝒊𝒐𝒎𝒂𝒚𝒆. 𝑫𝒊𝒐𝒎𝒂𝒚𝒆𝒎𝒐𝒚𝑺𝒐𝒏𝒌𝒐.
Beaucoup y ont vu une stratégie communicationnelle. Une formule électorale. Une construction de campagne.
Moi, j’y avais vu ; et j’ai eu raison de le dire publiquement dès mars 2024 ; une ambiguïté fondatrice. Une promesse que la réalité du pouvoir rendrait impossible à tenir.
Mais aujourd’hui, si cette promesse était plus qu’un slogan de campagne, je vous la rappelle.
Si Sonko est Diomaye et Diomaye est Sonko ; alors ce qui blesse l’un blesse l’autre. Ce qui affaiblit l’un affaiblit l’autre. Et ce qui détruit leur tandem détruit, avec lui, l’espoir que des millions de Sénégalais ont placé en eux deux.
La faillite de l’un sera la faillite de l’autre.
Et la faillite des deux sera la faillite du pays, pour de longues, très longues années.
𝐏𝐞𝐫𝐦𝐞𝐭𝐭𝐞𝐳-𝐦𝐨𝐢𝐝𝐞𝐯𝐨𝐮𝐬𝐝𝐢𝐫𝐞𝐥’𝐞𝐭𝐚𝐭𝐝𝐮𝐒é𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥 𝐪𝐮𝐞𝐯𝐨𝐮𝐬𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐞𝐳.
Notre pays n’est pas au premier sous-sol. Il n’est pas au deuxième. Il est au quatrième selon vos propres termes.
La dette publique atteint des niveaux que vos propres audits ont révélés bien plus graves que ce que le régime précédent avait admis. Le franc CFA demeure sous tutelle d’accords que vous avez dénoncés sans les avoir encore renégociés. Le chômage des jeunes ronge une génération entière qui a voté pour vous et qui vous regarde aujourd’hui, non plus avec espoir, mais avec une désillusion qui commence à ressembler dangereusement à du mépris.
Les réformes promises, éducation, santé, souveraineté alimentaire, renégociation des contrats pétroliers et gaziers attendent. Elles attendent pendant que vous vous affrontez. Elles attendent pendant que les institutions de la République sont transformées en terrain de jeu d’une rivalité personnelle.
Les familles des martyrs attendent toujours que justice soit rendue, que les enquêtes soient diligentées, que les instructions soient ouvertes ; non par vengeance mais par désir de justice, une justice libre, indépendante et non expéditive.
Les victimes des événements de mars 2021 à février 2024 attendent toujours que leur douleur soit reconnue dans des actes et pas dans des discours.
Et le peuple sénégalais ce peuple patient, digne, profondément attaché à la paix commence à se demander s’il a bien fait de vous faire confiance.
Cette question, Messieurs, vous devez la porter comme un poids sacré. Pas comme un bruit de fond à ignorer.
𝐈𝐥 𝐲𝐚 𝐝𝐞𝐬𝐯𝐨𝐢𝐱𝐪𝐮𝐢𝐬𝐨𝐮𝐟𝐟𝐥𝐞𝐧𝐭𝐝𝐚𝐧𝐬𝐯𝐨𝐬𝐨𝐫𝐞𝐢𝐥𝐥𝐞𝐬
Des voix qui vous disent que l’adversaire est un traître. Que la rupture est irrémédiable. Que le compromis serait une faiblesse. Que vos bases respectives exigent la confrontation.
𝐍’𝐞𝐜𝐨𝐮𝐭𝐞𝐳𝐩𝐚𝐬𝐜𝐞𝐬𝐯𝐨𝐢𝐱 .
Ces voix ne paient pas le loyer des familles sénégalaises. Elles n’envoient pas leurs enfants dans les écoles publiques qui s’effondrent. Elles n’attendent pas six heures aux urgences des hôpitaux sous-équipés. Elles ne remboursent pas la dette que vos successeurs hériteront si vous continuez à gouverner la crise plutôt que le pays. Ces voix ont des intérêts. Ces intérêts ne sont pas ceux du Sénégal.
𝐋𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐝𝐢𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧𝐧’𝐞𝐬𝐭𝐩𝐚𝐬𝐮𝐧𝐞𝐭𝐫𝐚𝐡𝐢𝐬𝐨𝐧.
Vous n’êtes pas d’accord sur tout. Vous n’avez pas la même vision de la gouvernance, de la justice, de la politique étrangère. Vous n’avez pas le même tempérament, la même méthode, le même rapport au pouvoir.
𝐂’𝐞s𝐭 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧. 𝐂’𝐞𝐬𝐭𝐦𝐞𝐦𝐞𝐬𝐚𝐢𝐧 .
La démocratie se nourrit du débat, du pluralisme, de la diversité, de la tension entre les idées, de la confrontation des visions. Deux hommes qui ne pensent pas exactement la même chose ne sont pas des ennemis ; ils sont les acteurs d’un dialogue que la démocratie leur commande d’avoir. Mais ce dialogue doit se tenir dans les institutions ; pas dans les médias. Pas dans les postures publiques. Pas dans les manœuvres partisanes qui instrumentalisent la Constitution, les lois et règlements.
𝐑𝐞𝐭𝐨𝐮𝐫𝐧𝐞𝐳𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐭𝐚𝐛𝐥𝐞.
Retournez à ce lieu où, dans l’opposition, vous parliez pendant des heures de ce que vous feriez pour ce pays. Où les calculs de pouvoir n’existaient pas encore parce que le pouvoir n’était pas encore là. Où vous étiez deux hommes face à une même mission ; et où cette mission était plus grande que vous deux réunis. Elle l’est encore. Elle le sera toujours.
𝐂𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐥’𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞 𝐫𝐞𝐭𝐢𝐞𝐧𝐝𝐫𝐚.
L’histoire ne retiendra pas les postes que vous avez occupés. Elle ne retiendra pas les décrets que vous avez signés ni les discours que vous avez prononcés dans les hémicycles.
Elle retiendra une seule question : qu’avez-vous fait du pays qu’on vous avait confié ? Avez-vous laissé le Sénégal plus fort ou plus fragile ? Ses institutions plus solides ou plus instrumentalisées ? Sa jeunesse plus outillée ou plus désenchantée ? Ses martyrs honorés ou oubliés dans la confusion d’une rivalité au sommet ?
Vous avez encore le temps de choisir la bonne réponse. Mais ce temps est compté.
𝐌𝐞𝐬𝐬𝐢𝐞𝐮𝐫𝐬,
Je ne vous demande pas de vous aimer.
Je ne vous demande pas d’effacer vos différences.
Je vous demande de vous souvenir.
De vous souvenir du serment que vous avez prononcé devant le peuple sénégalais. De vous souvenir des noms de ceux qui sont morts pour qu’une alternance, une rupture, un autre Sénégal soit possible. De vous souvenir de ce que vous étiez avant le pouvoir et de ce que le pouvoir a commencé à faire de vous.
Je vous demande de mettre votre ego de côté. Non pas pour l’autre. Mais pour le Sénégal.
𝐑𝐢𝐞𝐧 𝐪𝐮𝐞𝐥𝐞𝐒é𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥 . 𝐓𝐨𝐮𝐭𝐥𝐞𝐒𝐞𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥 .
Car c’est pour lui, et pour lui seul, que des hommes sont morts. Que des familles ont pleuré. Que de milliers sont ont été emprisonnés et que des milliers d’autres exilés. Que ce peuple a voté.
Et c’est pour lui, et pour lui seul, que vous devez, aujourd’hui, choisir le pays plutôt que vous-mêmes.
𝐶𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑙𝑒𝑡𝑡𝑟𝑒𝑒𝑠𝑡𝑐𝑒𝑙𝑙𝑒𝑑’𝑢𝑐𝑖��𝑜𝑦𝑒𝑛𝑙𝑖𝑏𝑟𝑒, 𝑠𝑎𝑛𝑠𝑎𝑝𝑝𝑎𝑟𝑡𝑒𝑛𝑎𝑛𝑐𝑒𝑎̀ 𝑎𝑢𝑐𝑢𝑛 𝑐𝑎𝑚𝑝, 𝑠𝑎𝑛𝑠𝑎𝑔𝑒𝑛𝑑𝑎𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑠𝑎𝑛, 𝑠𝑎𝑛𝑠𝑎𝑢𝑡𝑟𝑒𝑙𝑜𝑦𝑎𝑢𝑡𝑒́ 𝑞𝑢𝑒 𝑐𝑒𝑙𝑙𝑒𝑞𝑢’𝑖𝑙𝑑𝑜𝑖𝑡𝑎̀ 𝑠𝑜𝑛 𝑝𝑎𝑦𝑠𝑒𝑡𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑣𝑒𝑟𝑖𝑡𝑒 ́ ́.
𝐸𝑙𝑙𝑒 𝑒𝑠𝑡𝑎𝑑𝑟𝑒𝑠𝑠𝑒𝑒 à 𝑑𝑒𝑢𝑥 ℎ𝑜𝑚𝑚𝑒𝑠. 𝐸𝑙𝑙𝑒𝑎𝑝𝑝𝑎𝑟𝑡𝑖𝑒𝑛𝑡𝑎̀ 𝑡𝑜𝑢𝑡 𝑢𝑛𝑝𝑒𝑢𝑝𝑙𝑒.
𝐐𝐮𝐞 𝐃𝐢𝐞𝐮𝐩𝐫𝐨𝐭𝐞𝐠𝐞𝐥𝐞𝐒é𝐧é𝐠𝐚𝐥.
𝐀𝐥𝐢𝐨𝐮𝐧𝐞 𝐁. 𝐋𝐘
𝐀𝐯𝐨𝐜𝐚𝐭𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐂𝐨𝐮𝐫 - 𝐁𝐚𝐫𝐫𝐞𝐚𝐮 𝐝𝐞 𝐏𝐚𝐫𝐢𝐬
𝐃𝐨𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫𝐞𝐧𝐃𝐫𝐨𝐢𝐭𝐞𝐭𝐂𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐮𝐫-𝐚𝐬𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́ 𝐂𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐑𝐞𝐜𝐡𝐞𝐫𝐜𝐡𝐞𝐬 𝐋𝐞𝐨𝐧 𝐃𝐮𝐠𝐮𝐢𝐭 ́
Contact : [email protected]