Le discours prononcé par son président Ousmane Sonko au premier congrès ordinaire de Pastef-Les Patriotes était à la fois un bilan, une réaffirmation idéologique et une projection politique.
Ousmane Sonko, l’a comme un moment déterminant dans l’histoire de la formation politique, marquant le passage d’un mouvement de conquête du pouvoir à une organisation appelée à inscrire son projet dans les institutions et dans la société. Il a remercié les militants, les délégués venus de l’ensemble des communes du Sénégal et de la diaspora, tout en soulignant l’ampleur du travail doctrinal réalisé à travers les contributions, les rapports et les textes d’orientation adoptés. Dans sa lecture, cette production intellectuelle confirme que Pastef ne se réduit pas à une force électorale, mais constitue un cadre de réflexion et de transformation politique.
Après un résumé de la genèse du parti et le chemin parcouru depuis sa création en 2014, le projet de Pastef a été présenté comme une réponse à ce qui est décrit comme un système de dépendance hérité de la période postcoloniale.
Une part importante de l’allocution a été consacrée aux années de confrontation entre le Pastef et le pouvoir en place avant l’alternance de 2024. Ousmane Sonko a évoqué les arrestations, les procédures judiciaires, la dissolution administrative du parti, les restrictions des libertés publiques et les violences ayant accompagné les manifestations politiques. Il a rendu hommage aux militants et aux sympathisants qui ont poursuivi leur engagement malgré ces épreuves et a affirmé que cette période a contribué à renforcer la détermination populaire.
Les années 2021 à 2024 ont été présentées comme une phase de maturation politique de la société sénégalaise. Le peuple y est décrit comme étant passé du statut de simple électorat à celui d’acteur conscient de son destin historique. Les victoires électorales de 2024 sont de son point de vue, l’aboutissement d’un long processus de mobilisation populaire et non comme un événement conjoncturel. Toutefois, le président a insisté sur le fait que la conquête du pouvoir ne garantit pas à elle seule la transformation de l’État. Il estime que les expériences historiques montrent que les changements politiques peuvent être freinés, détournés ou vidés de leur substance lorsqu’ils ne reposent pas sur une organisation solide et sur une doctrine clairement assumée.
À partir de ce constat, le congrès est présenté comme le moment où Pastef se dote des instruments nécessaires à une transformation durable. Le concept central du discours est celui de souveraineté, envisagée dans ses dimensions politique, économique, sociale et culturelle. Cette souveraineté est associée à une vision panafricaniste qui considère l’unité et la coopération africaines comme des conditions essentielles de l’émancipation des peuples du continent. Le président du parti a affirmé que la liberté politique demeure incomplète lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une maîtrise des ressources économiques, d’une justice sociale effective et d’une capacité à définir de manière autonome les choix stratégiques de la nation.
Le projet défendu repose aussi sur une conception démocratique du changement. Le discours a rejeté aussi bien les approches jugées réformistes, accusées de gérer les dépendances sans les remettre en cause, que les formes d’autoritarisme qui prétendent agir au nom du peuple tout en l’écartant des décisions. La transformation recherchée est présentée comme une révolution démocratique, populaire et souveraine, fondée sur la participation des citoyens et sur l’organisation des forces sociales. Dans cette perspective, la jeunesse, les travailleurs, les femmes, les paysans, les pêcheurs, les artisans, les intellectuels, les acteurs culturels ainsi que la diaspora sont considérés comme les piliers du bloc populaire appelé à soutenir le changement.
Le rôle du parti a occupé une place importante dans cette réflexion. Pastef, défini comme un parti de masse dont la mission dépasse largement les échéances électorales, doit rester implanté dans les territoires, maintenir le lien entre l’État et la société et contribuer à la formation politique des citoyens. Le président a insisté sur la nécessité d’une organisation disciplinée, capable de produire des idées, d’éclairer les choix publics et de prévenir les dérives bureaucratiques. Il rappelle qu’un parti qui cesse de former ses militants ou d’écouter le peuple risque de perdre sa vocation historique et de s’éloigner de ses objectifs initiaux.
Puis le discours a élargi ensuite la réflexion au contexte international. Il a décrit un monde marqué par les recompositions géopolitiques, les crises économiques, climatiques et migratoires ainsi que par l’affaiblissement des certitudes qui dominaient l’ordre mondial depuis la fin de la guerre froide. Dans ce cadre, l’Afrique est présentée comme entrant dans une nouvelle phase historique caractérisée par des aspirations croissantes à la souveraineté, à la maîtrise des ressources et à la dignité. Le Sénégal entend, selon le président, prendre toute sa place dans cette dynamique en démontrant qu’une transformation profonde peut être menée dans un cadre démocratique et institutionnel.
Enfin, le président a dressé un premier bilan de l’action engagée depuis l’accession au pouvoir. Il a mis en avant la volonté affichée de rétablir la transparence dans la gestion publique, de rationaliser le fonctionnement de l’État, de lutter contre la corruption, de renégocier certains contrats dans les secteurs stratégiques et de privilégier les investissements jugés essentiels à la souveraineté nationale. Il a évoqué le recours à des mécanismes de financement internes, la protection du pouvoir d’achat des populations et la réhabilitation de la mémoire nationale. Tout en reconnaissant que ces actions demeurent inachevées, il les a présentés comme les premiers jalons d’un processus destiné à rompre progressivement avec les logiques de dépendance héritées du passé
L’allocution s’est s’achevée sur un appel à la fidélité aux principes fondateurs du parti et à la mémoire des militants qui ont subi les conséquences des affrontements politiques des dernières années. Le président a rappelé que le projet porté par Pastef vise, à reconstruire le Sénégal autour des valeurs de travail, de justice, de dignité et de souveraineté populaire, tout en préservant le lien entre l’action gouvernementale, l’organisation partisane et les aspirations du peuple sénégalais.