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Le grand malaise autour des bonnes œuvres de Diomaye Faye
Avec une dotation initiale de 200 millions de francs CFA et la possibilité de recevoir des fonds étrangers, le financement de la nouvelle fondation présidentielle pose question. La structure éveille les craintes d'une caisse politique
 
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1004096
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(SenePlus) - Lancée officiellement début avril 2026, la Fondation Sénégal solidaire, présidée par Bassirou Diomaye Faye et portée par ses deux épouses, suscite un vif émoi au sein même de la majorité. Accusée de perpétuer les pratiques opaques de l'ancien régime, cette structure fait resurgir les contradictions entre les promesses de rupture du Pastef et l'exercice du pouvoir.

La pose de la première pierre aurait dû symboliser l'engagement social de la nouvelle gouvernance. Le 8 avril 2026, à l'hôpital Dalal Jamm de Guédiawaye, dans la banlieue dakaroise, la Première dame Marie Khone Faye inaugurait le chantier du Centre national de dépistage des cancers. Ce projet marque le véritable baptême de feu de la Fondation « Sénégal solidaire », une structure d'utilité publique discrètement créée par décret six mois plus tôt.

Si les deux épouses du chef de l'État, Marie Khone Faye et Absa Faye, n'y figurent pas dans l'organigramme, elles en sont les ambassadrices assumées. L’administrateur général, Amadou Dramé, affirme dans un récent article du magazine panafricain Jeune Afrique qu'elles sont chargées d'y « inspirer des projets » et portent « un plaidoyer fort » pour l'amélioration des conditions de vie des plus vulnérables. Toutefois, comme le révèle le journaliste Mehdi Ba dans les colonnes de l'hebdomadaire, cette incursion de la famille présidentielle dans le champ caritatif passe très mal auprès d'une partie de la majorité présidentielle.

L'inquiétude principale cristallise autour du montage financier de l'institution. Les statuts désignent Bassirou Diomaye Faye comme président-fondateur, alimentant sur ses deniers personnels une dotation initiale de 200 millions de francs CFA (environ 305 000 euros), indique Jeune Afrique. La fondation est également autorisée à recueillir des dons et legs de personnes physiques, morales ou d'organismes étrangers.

Le nœud du financement

Ce flou financier a déclenché l'ire de l'aile dure du Pastef, le parti présidentiel. Le député Guy Marius Sagna s'est insurgé contre cette initiative le 10 avril. Cité par Jeune Afrique, il s'interroge : « D’où va provenir l’argent de la fondation des premières dames ? De l’argent des Sénégalais, d’affairistes d’État ou des deux ? ». Il dénonce une manœuvre classique de la classe politique sénégalaise consistant à se constituer un « budget politique pour entretenir une base », en totale contradiction avec les promesses de « refondation » du régime.

La députée Pastef Maïmouna Bousso s'alarme également, selon les informations rapportées par Mehdi Ba, d'un risque d'opacité inhérent à la mise en place de structures parallèles « échappant au contrôle public », véritables portes ouvertes au « lobbying » et aux « influences ». Pour tenter d'éteindre l'incendie, l'administrateur Amadou Dramé a assuré que la fondation « n'est pas inscrite au budget de l'État ».

L'histoire politique africaine est jalonnée de fondations de Premières dames, de la Camerounaise Chantal Biya à l'Ivoirienne Dominique Ouattara, en passant par la Gabonaise Zita Oligui Nguema. Au Sénégal, chaque présidence a eu ses bonnes œuvres, de Colette Senghor à Marième Faye Sall. Néanmoins, le nouveau pouvoir avait juré d'en finir avec cet affairisme systémique.

Dans son analyse pour Jeune Afrique, Mehdi Ba rappelle les paroles fermes prononcées le 7 mars dernier par le Premier ministre, Ousmane Sonko, devant les députés : « Ce ne sont pas nos familles qui ont été élues : ni nos épouses, ni nos enfants [...]. L’affairisme au pouvoir doit être écarté ». Alors qu'Ousmane Sonko maintient pour l'heure le silence sur ce dossier, le magazine souligne que cette fondation estampillée « présidence de la République » risque d'exacerber les dissensions au sommet de l'exécutif, ravivant les tensions latentes entre les partisans d'une doctrine pure et dure et la réalité du pouvoir.

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