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Le pouvoir à deux têtes face à l’épreuve de la clarification
Ce qui n’était encore qu’un malaise diffus au sommet de l’État prend peu à peu la forme d’une bataille d’organisation. Avant même la présidentielle de mars 2024, des divergences opposaient les deux hommes en prison
 
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1004857
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(SenePlus) - Le président Bassirou Diomaye Faye structure sa propre coalition en dehors du Pastef, risquant la rupture définitive avec son Premier ministre Ousmane Sonko. Entre recrutement massif de maires et menaces d'exclusion du parti présidentiel, le duo qui a conquis le pouvoir en mars 2024 s'achemine vers un affrontement dont l'issue demeure incertaine.

Un meeting à Mbour le 9 mai, des rangs clairsemés, un président absent qui se contente d'un message vidéo : la coalition Diomaye Président peine à mobiliser. Pourtant, cette structure politique créée en dehors du Pastef cristallise les tensions croissantes entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, révèle une enquête de Mawunyo Hermann Boko et Marième Soumaré publiée ce mardi 12 mai dans Jeune Afrique.

Dans l'entourage du leader de Pastef, le diagnostic est brutal : le président a trahi et pourrait être exclu du parti lors du congrès du 6 juin. Un proche d'Ousmane Sonko cité par le magazine tranche : "On ne structure pas une coalition si on n'a pas une ambition présidentielle. En filigrane, c'est 2029 qui est en jeu."

L'offensive Aminata Touré : 300 maires recrutés

L'ancienne Première ministre de Macky Sall, Aminata Touré, nommée à la tête de Diomaye Président en novembre, mène une vaste opération de recrutement auprès des élus locaux. La stratégie vise les maires de communes rurales périphériques, souvent pragmatiques et en quête de financements pour leurs projets de développement. Selon les chiffres rapportés par Jeune Afrique, plus de 300 maires ont déjà rejoint la coalition présidentielle en quelques mois.

Mansour Niang, maire de Touba Mboul et ancien membre de la coalition de Macky Sall, assume sans détour son calcul politique auprès du magazine : "C'est Bassirou Diomaye Faye qui a le pouvoir décisionnel pour accompagner nos communes." Un autre élu, Faly Seck de Ross Béthio, révèle qu'en seulement trois semaines, son équipe a recruté 200 maires.

Cette base électorale potentielle pourrait permettre au président de peser face à Pastef lors des élections locales de 2027, estime un observateur cité par JA. Mais le caractère bicéphale de l'exécutif déroute jusqu'aux potentiels ralliés. Djibril Diop, conseiller municipal de Guédiawaye, s'interroge dans le magazine : "C'est la première fois que je vois une mouvance présidentielle avec deux coalitions. On ne comprend pas qui gouverne ce pays."

Des fissures apparues dès la prison ?

Les tensions ne datent pas de l'exercice du pouvoir. Selon plusieurs sources citées par Jeune Afrique, des divergences existaient déjà lorsque les deux hommes étaient emprisonnés avant la présidentielle. Ousmane Sonko aurait initialement préféré un autre candidat, Habib Sy, parrainé par les députés de Pastef. Bassirou Diomaye Faye a dû mobiliser des parrainages citoyens avec difficulté, révèle Déthié Faye, ancien compagnon du duo dans l'opposition.

Pourtant, la campagne présidentielle avait affiché une unité totale avec le slogan "Diomaye, c'est Sonko". Une fois élu, le président a même invité son Premier ministre à "lorgner" son fauteuil. Que s'est-il passé depuis ? Djibril Diop livre son analyse au magazine : Sonko pensait faire de Diomaye un président de transition, mais a compris qu'il avait ses propres ambitions pour 2029.

Dans l'entourage présidentiel, on minimise la crise. Un conseiller rappelle à Ja que la majorité des ministres et directeurs d'agences sont membres de Pastef. Invité en mars à abandonner sa coalition lors d'un repas de rupture du jeûne au palais, le président a refusé, estimant qu'il ne peut trahir ceux qui ont contribué à son élection. Mais un collaborateur proche du chef de l'État confie au magazine : "Humainement, je comprends sa démarche mais, politiquement, c'est un suicide."

Au sein même de l'entourage présidentiel patriote, le choix est déjà fait. "Si l'on arrive au point où il faut choisir, ce sera Pastef", prévient une source citée par Jeune Afrique.

Sonko tient l'Assemblée, Diomaye brandit la dissolution

Le rapport de force penche nettement en faveur du Premier ministre. En ne présentant que des candidats Pastef aux législatives de novembre 2024, Ousmane Sonko a conservé le contrôle de l'Assemblée nationale avec 130 députés, analyse un haut fonctionnaire dans le magazine. Sa popularité reste intacte auprès des militants et il bénéficie du soutien de la majorité parlementaire.

Le 2 mai, interrogé récemment sur la possibilité de limoger son Premier ministre, Bassirou Diomaye Faye n'a pas fermé la porte : "S'il ne me satisfait plus, je mettrai en avant l'intérêt du Sénégal et nous aurons un nouveau Premier ministre."

Dans les rangs patriotes, on se prépare au pire. Un cadre du parti confie à Jeune Afrique qu'en cas de limogeage, Sonko pourrait récupérer son siège de député et briguer la présidence de l'Assemblée nationale.

Le président dispose d'une ultime carte : la dissolution de l'Assemblée, légalement possible dès décembre prochain. Selon le magazine, il aurait confié à certains membres de sa coalition son désir de l'utiliser. Mais Pastef a prouvé sa capacité de mobilisation derrière Ousmane Sonko.

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