Des experts venus d'une dizaine de pays africains ont échangé sur les enjeux liés à l'innovation, aux nouvelles technologies et à l'intelligence artificielle au service des compétences et de l'employabilité. Organisés par le Réseau africain des institutions et Fonds de Formation professionnelle (Rafpro), les travaux visent à réduire le décalage entre les formations et les besoins des entreprises. Les syndicalistes de l'Enseignement technique affirment que la formation professionnelle est une réponse efficace au chômage des jeunes.
Le Sénégal a accueilli du 11 au 15 mai dernier la 17e Assemblée générale ordinaire du Réseau africain des Institutions et Fonds de formation professionnelle (Rafpro). Cette rencontre de haut niveau est dédiée à la formation professionnelle et technique en Afrique pour échanger sur les en‐ jeux liés à l'innovation, aux nouvelles technologies et à l'intelligence artificielle au service des compétences et de l'employabilité. Placée sous le thème de l’intelligence artificielle et formation professionnelle ; enjeux et défis sur les compétences, l'employabilité et la compétitivité des entreprises", cette rencontre a réuni des institutions et experts de plusieurs pays africains autour des mutations technologiques et du développement des compétences. Les échanges ont porté sur les enjeux de la formation professionnelle face aux mutations technologiques et au développement de l'intelligence artificielle en Afrique. D'ailleurs le président du Rafpro, Dr Philippe N'dri, a souligné que les travaux visent à réduire le décalage entre les formations et les besoins des entreprises, notamment à travers l'adaptation des référentiels métiers et le renforcement des capacités des formateurs.
A l'ouverture des travaux, le ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle et Technique, Amadou Moustapha Ndieck Sarré, est revenu sur l'importance du capital humain et la formation technique comme levier essentiel du développe‐ ment économique du continent. Il a demandé aux pays africains de renforcer leur concertation afin d'adapter les mécanismes de financement et les systèmes de formation aux nouvelles réalités technologiques. La réflexion sur l'intelligence artificielle et ses impacts sur les systèmes de formation et de l'emploi était au cœur des débats. Docteur en science de gestion‐finance, Dr Babo Amadou Bâ a déclaré, lors de la cérémonie d'ouverture, que l'intelligence artificielle (Ia) ne représente pas seulement une révolution technologique. "Elle constitue une opportunité historique pour repenser nos modèles pédagogiques, améliorer nos dispositifs de financement, optimiser nos mécanismes de suivi‐évaluation et développer des solutions plus inclusives, plus agiles et davantage alignées sur les besoins du marché du travail", a‐t‐il dit.
Au‐delà de cette révolution numérique, et surtout dans la continuité de la Déclaration d'Abidjan, les participants ont consolidé une vision commune articulées autour de plusieurs priorités : "renforcer l'employabilité à l'ère du numérique, améliorer la compétitivité des entreprises grâce à des solutions d'IA accessibles, promouvoir une gouvernance ethnique et la souveraineté numérique, tout en consolidant la coopération régionale et les mécanismes de financement", en réaffirmant la nécessité de transformer les résolutions adoptées en actions concrètes, durables et adaptées aux réalités de chaque pays membre. Après quatre jours d'échanges, les travaux se sont achevés sur une note d'engagement et de mobilisation collective.
La formation professionnelle et technique : une alternative crédible face au chômage et à l'émigration clandestine
En réaction aux efforts consentis, le chargé des revendications du syndicats de l'Enseignement professionnel et technique, Cheikhouna Guèye, reconnait que la formation professionnelle et technique a longtemps été négligée. Aujourd'hui, elle constitue un levier essentiel pour le développement économique et la lutte contre le chômage des jeunes. C'est pourquoi, dira‐t‐il, "plusieurs pays d'Asie ont misé sur ce secteur pour former des techniciens, des techniciens supérieurs et des ingénieurs capables de soutenir leur industrialisation et leur croissance économique". Il pense que le Sénégal doit suivre cette voie pour accélérer son émergence. "Pour atteindre cet objectif, il est indispensable de renforcer et d'élargir le réseau des lycées techniques et des centres de formation professionnelle sur l'ensemble du territoire national. Ces établissements doivent bénéficier de ressources suffisantes afin d'offrir des formations adaptées aux besoins du marché de l'emploi et aux réalités économiques locales", a‐t‐il plaidé.
Selon M. Guèye, l'orientation de 30% des élèves issus du cycle fondamental vers la formation professionnelle et technique doit devenir une réalité au Sénégal. "Cette poli‐ tique permettra de mieux valoriser les filières techniques, réduire le chômage et former une main‐d’œuvre qualifiées capable de répondre aux besoins des entreprises et de l'économie nationale. Dans cette dynamique, le budget alloué au ministre de l'emploi et de la formation professionnelle et technique (Mefpt) doit être considérablement rehaussé afin de mieux accompagner les établissements de formation et d'augmenter les bons de formation destinés aux jeunes. Un financement plus important permettra d'améliorer les équipements, de renforcer la qualité des enseignements et de faciliter l'accès des apprenants aux formations professionnelle et technique", a‐ t‐il expliqué. Il a souligné que la formation professionnelle et technique représente aujourd'hui "une alternative crédible" face au chômage et à l'émigration clandestine. Avec une jeunesse majoritaire et dynamique, le Sénégal dispose d'un immense potentiel humain. Il appartient désormais aux autorités de faire des lycées techniques et des centres de formation professionnelle une priorité nationale pour bâtir une économie forte, compétitive et créatrice d'emplois", a‐t‐il ajouté.