(SenePlus) - Le départ du Premier ministre lève un obstacle aux discussions avec le Fonds monétaire international, mais crée de nouvelles incertitudes pour les investisseurs. Les obligations du pays ont chuté de près de 6 cents sur l'euro mardi, selon Reuters.
Le limogeage d'Ousmane Sonko vendredi 22 mai relance les négociations entre le Sénégal et le Fonds monétaire international, mais ouvre simultanément de nouveaux fronts d'incertitude. C'est l'analyse que dresse Colleen Goko pour Reuters, au lendemain de la nomination d'Ahmadou Al Aminou Lo à la primature.
Sonko était un critique virulent du FMI. Lors de l'une de ses dernières interventions comme Premier ministre, il déclarait devant les députés que le Fonds "n'a jamais développé un pays" et que le Sénégal devrait davantage s'appuyer sur ses ressources domestiques. Son départ lève donc un frein majeur aux négociations.
Mais la prudence s'impose, selon les analystes cités par Reuters. "La destitution du Premier ministre Sonko crée une incertitude politique supplémentaire", avertit Thalia Petousis, gestionnaire de portefeuille chez Allan Gray. Elle pointe notamment le risque qu'un nouveau Premier ministre favorable à une restructuration profonde de la dette pourrait augmenter la probabilité d'un résultat négatif pour les détenteurs d'obligations sénégalaises.
Les marchés ont immédiatement sanctionné cette incertitude. Les obligations sénégalaises en devises étrangères ont plongé de 5,7 cents sur l'euro et de près de 4 cents sur le dollar mardi, selon les données Tradeweb citées par Reuters. Les obligations à échéance mai 2033 se négociaient autour de 50,6 cents sur le dollar, à des niveaux historiquement bas. Sur les trois derniers mois, les détenteurs de ces titres ont essuyé des pertes de 9,7%, contre un rendement moyen de 0,1% pour les pays comparables.
La reprise des discussions avec le FMI est attendue pour la semaine du 8 juin, selon l'ancien ministre des Finances Cheikh Diba. Un accord sur les grandes lignes d'un programme pourrait intervenir fin juin. Mais un écueil majeur se profile : les subventions aux carburants.
L'ancien ministre a averti que la facture des subventions pourrait dépasser de 1,39 trillion de francs CFA le budget 2026 si le prix du baril atteint 115 dollars, dans le contexte de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran. Sonko avait refusé d'augmenter les prix à la pompe. L'analyste de Barclays Michael Kafe estime dans une note qu'il "semble peu probable que le FMI signe un accord avec le Sénégal qui n'inclurait pas la suppression des coûteuses subventions aux carburants".
Limogé de la primature, Sonko reste une force politique de premier plan. Son parti domine toujours l'Assemblée nationale et sa réintégration comme député était programmée pour mardi. La démission soudaine du président de l'Assemblée nationale dimanche alimente les spéculations sur une possible candidature de Sonko à ce poste. S'il prenait la tête de l'hémicycle, cela pourrait poser les bases de futurs affrontements entre l'exécutif et le législatif, notamment sur la question des carburants, prévient Barclays d'après Reuters.