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Les diasporas africaines ne sauveront pas l'Afrique
Dans un essai percutant, Serge Eric Menye déconstruit le mythe d'une diaspora africaine riche et puissante qui reviendrait un jour investir massivement pour développer son continent d'origine
 
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  • https://www.youtube.com/watch?v=w5g8O9Vcd_w

Le discours sur les diasporas africaines comme "6e continent" indispensable au développement de l'Afrique relève de la fable, selon Serge Eric Menye, auteur du livre Le Mythe des diasporas africaines. "C'est un récit qui s'appuie en réalité sur rien de factuel, qui est entretenu par les diasporas africaines elles-mêmes, par certains activistes et finalement qui ont été rejoints aussi par des institutions internationales comme la Banque mondiale et le FMI", affirme-t-il lors d'une interview sur France 24.

L'essayiste franco-camerounais déconstruit l'idée selon laquelle les émigrés accumuleraient du capital à l'étranger avant de rentrer le restituer au pays. "Elles ne sont pas forcément attirées par l'idée de rentrer. Elles s'insèrent pour la majorité d'entre elles dans les pays d'accueil", constate Menye, soulignant que la diaspora africaine, bien que la plus nombreuse au monde, est "financièrement dans l'échelle de revenu la plus pauvre".

Les 100 milliards de dollars de transferts vers l'Afrique en 2023, souvent brandis comme preuve du poids économique des diasporas, cachent une concentration massive : "80 à 90% entre 3 à 5 pays", précise l'invité de France 24. Surtout, ces sommes "servent principalement à s'alimenter, se vêtir, se soigner", loin de l'investissement productif attendu.

Menye identifie un paradoxe structurel : "Les gens sont partis parce qu'il y avait pas de débouchés localement et on voit mal ces personnes venir rétablir le balancier." Ce récit remonte à 1906 avec le sociologue américain W.E.B. Du Bois, repris par Marcus Garvey, et récemment réactivé par des initiatives comme le "Year of Return" au Ghana, qui "restent plus dans le symbole" que dans l'action concrète.

Face à ce constat, Serge Eric Menye préconise un changement de paradigme : "Le problème que moi j'identifie, c'est que l'effort des diasporas doit être fait sur les diasporas déjà elles-mêmes à la base. Les diasporas ont un problème de formation, de revenus et d'intégration." Il cite en modèle les diasporas asiatiques et indiennes, dont "le premier travail avait été fait sur l'éducation".

L'essayiste insiste sur les limites du rôle des émigrés : "Elles ne seraient jamais considérées et ne pourront jamais être le moteur du changement en Afrique. Elles pourront l'accompagner comme en Asie du Sud-Est, mais jamais elles ne pourront se substituer au travail qui revient principalement aux gouvernants." Menye participera à l'Africa Political Outlook (APO) les 26-27 mars à Bruxelles pour discuter de nouvelle gouvernance africaine dans un contexte marqué par la guerre en Iran, qui "vient complexifier l'équation" pour un continent "très mal préparé".

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