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Les fondements d'une stabilité productive
À l'heure où Dakar et le Fonds Monétaire International renégocient les termes de leur coopération, l'économiste Pape Demba Thiam pose une question de fond : quelle stabilité veut-on construire ?
 
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1005910
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À l'heure où Dakar et le Fonds Monétaire International (FMI) renégocient les termes de leur coopération, l'économiste Pape Demba Thiam pose une question de fond : quelle stabilité veut-on construire ? Celle qui équilibre les comptes ou celle qui transforme l'économie ? Une distinction qui pourrait redéfinir les termes du dialogue.

L es discussions en cours entre le Sénégal et le Fonds Monétaire International (FMI) ne se résument pas à une simple négociation de chiffres. Elles posent, en creux, une question de philosophie économique : peut-on réduire les déficits sans amputer les capacités de croissance ? Et la rigueur budgétaire peut-elle coexister avec une stratégie d'industrialisation ambitieuse ? C'est à cette interrogation que s'attelle Pape Demba Thiam, spécialiste du financement des chaînes de valeur, dans une note analytique, propose un cadre de lecture original pour penser le dialogue entre Dakar et le FMI. Le point de départ de sa réflexion repose sur une distinction conceptuelle que les débats économiques négligent souvent. D'un côté, ce qu'il appelle la « stabilité en stagnation » : réduction des déficits, maîtrise de l'inflation et reconstitution des réserves. Des résultats nécessaires, mais insuffisants. Car une économie dont la structure productive n'est pas transformée demeure fondamentalement vulnérable aux chocs extérieurs, aux fluctuations des matières premières, à la dépendance aux transferts et aux financements étrangers. Les déséquilibres s'y effacent temporairement avant de réapparaître sous d'autres formes. De l'autre côté se trouve la « stabilité productive », une logique dans laquelle la rigueur budgétaire n'est pas une fin en soi, mais un levier au service de la transformation économique. Dans cette perspective, les recettes fiscales augmentent parce que davantage de valeur est créée localement ; les exportations progressent parce que l'économie diversifie sa base productive ; la dette devient soutenable parce que les capacités de remboursement s'accroissent durablement. La stabilité n'est plus administrée: elle est générée. 

UNE COMPLÉMENTARITÉ À CONSTRUIRE 

Cette grille de lecture éclaire différemment les positions en présence. Le FMI, dont le mandat demeure la stabilité macroéconomique et financière, cherche à sécuriser les équilibres. Le Sénégal, lui, cherche à construire les capacités qui lui permettront de les maintenir dans la durée. Deux objectifs qui peuvent sembler opposés mais qui, à y regarder de plus près, traitent en réalité deux dimensions d'un même défi. 

Le spécialiste en ingénierie financière formule à cet égard trois principes pour un dialogue plus stratégique. Le premier est la restauration de la crédibilité macroéconomique : transparence des statistiques, gouvernance budgétaire et maîtrise de la dette. Une étape incontournable qui constitue, selon lui, le socle de toute stratégie future. Le deuxième principe est la préservation de l'espace d'investissement productif. La consolidation budgétaire ne saurait se traduire par une compression indifférenciée des dépenses. Dès lors, une distinction s'impose entre les dépenses de fonctionnement courant et les investissements structurants : infrastructures, chaînes de valeur et compétitivité industrielle. 

L'enjeu, résume-t-il, n'est pas de dépenser moins, mais de dépenser mieux. Le troisième principe concerne la mesure de la performance économique. Les indicateurs traditionnels à savoir déficit, dette, inflation ou réserves de change renseignent peu sur les capacités futures de création de richesse. L'auteur plaide pour leur complément par des indicateurs productifs tels que la valeur ajoutée locale, l'intégration industrielle, la densification des chaînes de valeur ou encore les emplois créés dans le secteur formel. 

GÉRER LE RISQUE OU LE RÉDUIRE ? 

L'auteur prolonge sa réflexion en interrogeant la notion même de gestion du risque. Les instruments habituels garantis, assurances ou mécanismes de partage des premières pertes ont leur utilité. Mais ils interviennent après la formation du risque. 

La transformation productive agit, au contraire, en amont, en réduisant les asymétries d'information, en sécurisant les chaînes d'approvisionnement et en corrigeant les vulnérabilités structurelles. Elle ne protège pas seulement les investissements : elle réduit les risques auxquels ils sont exposés. Le propos s'inscrit enfin dans un contexte géoéconomique en pleine mutation. Le retour en grâce des politiques industrielles dans les économies avancées (États-Unis, Europe ou Japon) témoigne d'une prise de conscience collective : la stabilité financière est nécessaire, mais elle ne suffit plus à garantir la résilience économique. Les nations qui résistent le mieux aux chocs sont celles qui ont développé leurs systèmes productifs, sécurisé leurs chaînes d'approvisionnement et renforcé leurs capacités industrielles. Dans ce contexte, programmes d'ajustement et stratégies de transformation et de développement ne doivent plus être pensés dans une logique d'opposition, mais de complémentarité. 

La conclusion de l'ancien fonctionnaire du FMI est claire : le véritable enjeu pour le Sénégal n'est pas de choisir entre la stabilité et la prospérité. La soutenabilité financière est un objectif. La soutenabilité productive en constitue le fondement. Un message qui, au-delà du dialogue entre Dakar et le FMI, résonne comme un appel à repenser les termes mêmes dans lesquels l'Afrique négocie son intégration à l'économie mondiale. 

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