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Par Abdoul Aziz Diop
L’imaginaire partenarial dans la pensée révolutionnaire de Mamadou Wane dit « Mao »
De l’ingénierie militante offerte à Wade en 2000 à l’indulgence pardonnée à Sonko en 2024, les penseurs révolutionnaires illustrent la tragédie d’une gauche sénégalaise dont l’expertise sert des agendas qui la trahissent
 
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1005382
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Un quart de siècle d’intérêt pour la politique - l’art de gérer les États et les relations entre les États -, et de pratique politique pour le contrôle du pouvoir grâce auquel l’art entre enfin en ligne de compte, nous a appris que les partis de gouvernement et leurs responsables ne se préoccupent pas du tout de l’analyse politique, préférant enrôler par tous les moyens les gros effectifs qui font gagner une élection. À titre d’exemple, l’ancien lieutenant et ancien  ministre de la Santé du président Abdoulaye Wade, Abdou Fall, connu pour sa lucidité dans la sélection des faits politiques dignes d’intérêt et à partir desquels il tire d’intéressants enseignements au terme d’une analyse hors du commun, a souvent déchanté au terme des présentations altruistes et bénévoles à l’attention des partenaires politiques au contact desquels une bonne idée devrait avoir des chances de prospérer pour le bien commun. 

À la différence d’Abdou Fall, Mamadou Wane dit « Mao » intègre dans ses analyses politiques un partenariat politique imaginaire qui ne s’explique naturellement pas par le contact inexistant, ledit partenariat se traduisant par la réalité politique caractérisée par les appareils et les hommes et femmes des appareils qui structurent le champ politique sénégalais. De sorte que là où Abdou Fall déchante faute de suite donnée à ses exposés d’excellente qualité analytique, Mamadou Wane se contente d’avoir fait le boulot du sociologue dont le maniement des faits sociaux est étendu à celui des faits politiques dans leur historicité. 

On peut dire de l’enthousiasme immortel de Mamadou Wane ce qui est dit de celui d’Edgar Morin  - lui aussi sociologue - dont le voyage sans retour, le vendredi 29 mai 2026, jour de son décès, à l'âge de 104 ans à Paris, endeuille l’humanisme véritable et les interprètes de la « pensée complexe » dont il est le théoricien : « l’inconfort fécond des consciences libres » volontairement crédules du fait d’une opinion vraie au service exclusif du « Grand Soir » qui n’arrive pas. C’est que la co-construction de ladite opinion avec les hordes actuelles, trente-six fois flouées par le démagogue de 52 ans, n’est que du registre d’un imaginaire fécond et inconfortable  pour « Mao ». Un révolutionnaire ne démord pas. Mamadou Wane en est un, lui qui n’a de cesse de faire sien le sort des laissés-pour-comptes. À « Mao », nous trouverions volontiers comme semblable l’économiste anti-capitaliste Demba Moussa Dembélé au chevet aujourd’hui encore des économies africaines extraverties dont, bien sûr, la sénégalaise qui ne se remettra pas avant très longtemps des coups de massues sur la tête reçus du célèbre contumax Ousmane Sonko pendant deux bonnes années (avril 2024-avril 2026).

Le Grand Soir qui ne vient pas

Réalisateur italien de cinéma et de télévision, Roberto Rossellini (1906-1977) gratifia, en 1970, le public d’un film dans lequel Socrate soutint, au détour d’un dialogue avec un jeune qui s’étonnait de l’éloignement d’un grand esprit de la vie publique, qu’il est « plus utile en enseignant la juste pratique de la politique à un grand nombre de citoyens plutôt qu’en la pratiquant lui-même ». Cette séquence du film de Rossellini renvoie, elle, à la grande idée que Socrate se faisait des opinions constitutives de l’identité de chacun et dont l’attribut principal est la liberté de circulation. Mais la circulation générale des opinions ne dédouane pas pour autant de la sentence en faveur d’une « opinion vraie » plus conforme au « Bien », à l’intérêt général ou universel.

Notre sentence ici est en faveur de deux opinions vraies de « Mao » dites sur Sud FM, le dimanche 31 mai 2026 au micro du journaliste Baye Oumar Guèye dont il était l’invité. Premièrement, « Abdoulaye Wade a compté sur les forces de gauche qui lui ont amené l’ingénierie de la lutte ». Deuxièmement, « Abdoulaye Wade a géré le discours du tribun pendant que son parti s’organisait à l'échelle nationale. » La troisième opinion vraie de « Mao » est bien celle-ci : « Dans nos analyses de marxistes, on avait vu la transformation du capitalisme industriel vers le capitalisme financier. Et le contrôle de nos économies par la Banque mondiale et le FMI, ça veut dire qu'on perdait notre souveraineté. » Mais les opinions vraies de l’analyste politique n’ont pas suffi à cristalliser les citoyens autour des révolutionnaires que Wade sépara des masses abusées par son discours pendant que son parti grossissait ses rangs urbains et, bien plus tard, ceux ruraux. « Et Wade, insiste Mamadou Wane, fait partie - c'est comme Sonko - des leaders qui produisent un narratif crédible, qui fait que les masses, des millions de personnes, peuvent se retrouver. » « Mao » ne s’y trompe toujours pas quand Baye Oumar Guèye lui demande : « Quel lien entre l'alternance en 2000 portée par Wade et l'alternance en 2024 portée par Pastef ? ». « Le lien, laisse-t-il entendre, c'est dans la production du discours. » Rien d’autre qu’un discours de propagande en direction des masses qui éloigne la gauche sénégalaise de la jonction révolutionnaire ente l’intelligentsia en politique et les masses exténuées après tant d’années de promesses non tenues d’une vie meilleure. »  « Le Grand Soir » demeure, pour longtemps encore, l’instant chimérique du grand basculement pour « bâtir une société égalitaire et autogérée ». De quoi se consolent alors « Mao », Demba Moussa Dembélé et tous les autres ?

L’imaginaire partenarial

Tout le monde se rend bien compte que Wane et Dembélé n’ont que du mépris pour les sinécures et les strapontins sous tous les régimes. Leur mansuétude commune pour Pastef et l’affabulateur patenté, au discours médiocre, correspond à ce que nous appelons l’imaginaire partenarial qui fait de Sonko un partenaire que tous les deux voudraient sincère, mais qui manifestement n’y pense même pas pour l’être. Le besoin de partenariat dans l’analyse révolutionnaire est celui des deux intellectuels dont la société sénégalaise ne partage pas les idées faute de contact direct de longue durée avec elle. Inutile de dire que l’union partenariale des forces et ressources révolutionnaires avec les jeunes arrivistes pour atteindre un objectif commun reste du domaine de l’imaginaire. Passer de l’imaginaire au factuel suppose un « travail de co-construction » dans le cadre d’un dialogue partenarial comparable avec les  « concertations entre partenaires sociaux (syndicats, patronat, gouvernement) ». 

S’ils y étaient impliqués, Wane et Dembélé contribueraient à l’innovation sociétale qui fait que les pouvoirs publics, le secteur privé et le mouvement associatif répondent conjointement, efficacement et durablement  aux détresses urbaines et rurales sur toute l’étendue du territoire national. Ousmane Sonko - premier ministre du Sénégal - a eu deux ans pour les y orienter. On connaît la suite et l’épisode absurde de l’usurpation de mandat et de poste à l’Assemblée nationale.

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