(SenePlus) - Soixante-six ans. "Un âge de maturité pour les humains, rêvant de déité mais de jeunesse à peine esquissé pour les nations promises à l'éternité", estime Oumar Diaw dans sa chronique diffusée sur la RTS. Le 4 avril, journée de célébration de l'indépendance du Sénégal, constitue selon lui "au-delà de la fête une occasion de réfléchir justement sur le sens de la souveraineté dans un monde en mutation".
Le chroniqueur rappelle une réalité souvent occultée : "Ce Sénégal que nous aimons tant et célébrons avec fierté et dans sa construction et ses délimitations territoriales, le fruit d'un héritage colonial." Un État né de l'unification forcée, "bon gré malgré", de "royaumes et provinces hétérogènes pour former un ensemble à administré", d'abord par la métropole coloniale, puis par l'État national après 1960.
Si l'indépendance de 1960 "acte une existence juridique internationale", Oumar Diaw pose la question centrale : "Est-ce pour autant la fin de la domination ? Sommes-nous véritablement maître de notre destinée dans un monde d'inégalité structurelle ?"
Pour le journaliste, "la souveraineté clamée aujourd'hui à gorge déployée n'est pas une nouveauté dans le champ sémantique des politiques". D'autres avant l'actuel pouvoir ont porté cette doctrine "dans des élans frénétiques qui ont fini par se heurter au mur des réalités celui d'un ordre mondial reposant sur l'impitoyable dialectique des rapports de force iniques aussi vieilles que l'humanité".
L'émancipation véritable, insiste-t-il, concerne de multiples dimensions : "Les adjectifs qui s'accollent au mots souveraineté sont légion économique, énergétique, sanitaire, militaire, sécuritaire, éducative." Une liste "bien plus longue que les discours officiels intuitifs ne le laissent entendre".
Oumar Diaw met en garde contre deux écueils : "l'ingénuité ou le leurre de l'autoglorification vaniteuse", qualifiant cette posture de "voix sans issue" qui "trahit une incompréhension de ce que signifie compter sur soi". Il pointe également le rôle persistant des "institutions de Bretton Woods qui ont su bien avant la vague des indépendances sur le continent se dresser en vigile de nos économies étranglées et de population asphyxiée".
Sa conclusion appelle à dépasser les célébrations rituelles : "Célébrons le 4 avril mais œuvrons au quotidien à une indépendance qui ne soit pas solitaire", une indépendance qui, "repliée sur elle-même est stérile mais solidaire".