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Par Samboudian Kamara
L’opposition, arène sans roi
Une rhétorique largement partagée par les relais de la majorité dans les réseaux sociaux assoit l’idée qu’il n’y a pas actuellement « une opposition à la hauteur ». C’est en partie l’idée globale que donne à voir la « conversation » actuelle...
 
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Une rhétorique largement partagée par les relais de la majorité dans les réseaux sociaux assoit l’idée qu’il n’y a pas actuellement « une opposition à la hauteur ». C’est en partie l’idée globale que donne à voir la « conversation » actuelle entre tenants du pouvoir et leurs contempteurs. Pourtant, l’opposition parlementaire se remarque à la tribune de l’Assemblée nationale et ses initiatives ne manquent pas de faire mouche, comme les projets de loi d’initiative gouvernementale retoqués par le Conseil constitutionnel.

Par ailleurs, le Front de défense de la démocratie et de la République (Fdr), une coalition de l’opposition, officiellement lancée le 9 février 2025, regroupe autour de 75 partis politiques ainsi que des acteurs de la société civile, avec pour ambition de fédérer des forces jusque-là dispersées. Du reste, fort opportunément pour lui, il envisage une jonction avec le front syndical actuellement agité, pour dire le moins, avec la grève des transporteurs et, celle prévue aujourd’hui, des travailleurs de la santé. Depuis sa création, le Fdr a privilégié des appels à mobilisation populaire, et des prises de position sur des sujets comme la gouvernance, la justice, les libertés publiques. Il a organisé une marche nationale en octobre 2025, présentée comme un « test grandeur nature » pour mesurer sa capacité de mobilisation. 

Avec quel impact ? Rien qui a pu faire chanceler la dynamique du Pastef, engoncé dans ses habits de puissance politique adossée à une majorité parlementaire écrasante. Seules lui échappent les collectivités locales dont nombre de dirigeants (plus de 300) se sont toutefois signalés par leur adhésion à « Diomaye Président », la coalition soutenant le président de la République et qui anime la dualité en cours au sein de la majorité suivant la logique voulant que le chef de l’État élu doit bénéficier d’une plateforme politique à même de soutenir son action « pour la réussite de son mandat ».

Étant entendu que les députés du Pastef s’alignent sur les positions du Premier ministre Ousmane Sonko…Tout semble donc plus se jouer au sein de la majorité qu’ailleurs. Et pour cause. Macky Sall est engagé dans sa campagne pour le palais de verre de Manhattan ; Amadou Bâ ne donne pas (encore) de sens visible à sa présence sur la scène malgré sa deuxième position lors du dernier scrutin présidentiel ; le Ps traverse une crise de renouvellement de ses instances ; Barthélémy Dias, défénestré (lui aussi) de la mairie de la capitale, structure son mouvement tout en se positionnant pour l’avenir ; le Pit est peu avare en communiqués ; les députés de l’opposition, submergés par la vague « patriote » au sein de l’hémicycle, entretiennent la flamme, mais rien qui puisse faire bouger les lignes.

Comparons les oppositions auxquelles ont fait face les présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall deux ans après leur accession au pouvoir à celle qui se propose en alternative au Pastef. Autre temps, autres moeurs et autres fortunes…

En 2002, le « Pape du Sopi » avait en face de lui un Parti socialiste miné par la transhumance mais maintenu en vie par la vista de Ousmane Tanor Dieng théoricien d’une « opposition républicaine », l’Afp de Moustapha Niasse privé de la primature après seulement onze mois comme premier chef d’un gouvernement de Me Wade, l’Urd de Djibo Kâ, le Rnd de Madior Diouf, le Pit d’Amath Dansokho. L’aura de l’acteur de la « longue marche vers le Sopi » trônait encore haut. La « vague bleue » était encore intacte. Elle le restera des années encore jusqu’à la montée en puissance de la coalition « Benno Siggil Senegal » et ses fameuses réunions chez Amath Dansokho.

Macky Sall, lui, a comme contradicteurs principaux en 2014, le Pds et « Taxawou Dakar » de Khalifa Sall. Mais c’est aussi l’année de naissance du Pastef. En ces années, les libéraux sont déstabilisés par « la traque des biens mal acquis » qui a conduit Karim Wade en prison. L’opposition était surtout visible à travers le magistère de Khalifa Sall à la tête de la mairie de Dakar. Lui aussi connaîtra les affres de la prison suite à une condamnation pénale. Des présidents qui déroulent donc. 

Après deux ans au pouvoir, le Pastef, n’a pas encore en face de lui une organisation soudée, portée par un leadership puissant et dotée d’une force de proposition pouvant faire alternative. En l’absence de sondages publics, reste la clameur indignée sur les réseaux sociaux, les « commentateurs » des chaînes de télé, les activistes numériques et des échappées solitaires de personnages mi-acteurs politiques, mi-nouvelles icônes médiatiques surfant sur les difficultés de la conjoncture et l’austérité ambiante. Dans un paysage polarisé, le pouvoir avance suivant sa logique, tandis que l’alternative, elle, cherche encore son visage.

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