(SenePlus) - En marge du sommet Africa Forward organisé à Nairobi les 11 et 12 mai, le président Bassirou Diomaye Faye a multiplié les rencontres avec Kristalina Georgieva, Emmanuel Macron et des responsables d'institutions financières africaines. Objectif : éviter un défaut de paiement qui provoquerait une déflagration dans toute l'Afrique de l'Ouest. Révélations de Jeune Afrique.
Les fastes officiels du sommet Africa Forward ont rapidement cédé la place aux négociations de haute intensité. Durant deux jours à Nairobi, plusieurs acteurs majeurs du dossier de la dette sénégalaise se sont retrouvés pour tenter d'éviter une crise financière régionale, rapporte Thaïs Brouck dans Jeune Afrique.
Le président Bassirou Diomaye Faye et Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, ont eu un entretien au cours duquel le chef de l'État sénégalais a présenté les mécanismes d'échange de dette permettant au pays de continuer à se financer sur le marché régional. La Banque ouest-africaine de développement assume d'investir une partie de sa trésorerie dans des obligations souveraines émises par les États de l'Uemoa, au nom de sa politique de gestion des liquidités.
Dix-huit mois de négociations
Cette stratégie offre un répit temporaire à Dakar, mais ne règle pas le problème de fond. Selon les informations de Jeune Afrique, le FMI attend toujours plusieurs documents essentiels pour élaborer un programme d'aide. Le président sénégalais se serait engagé auprès de Kristalina Georgieva à s'en occuper personnellement. Les discussions durent depuis près de dix-huit mois sans aboutir à un accord.
Des changements récents au sein du Fonds pourraient néanmoins faciliter les échanges. L'arrivée de Zeine Ould Zeidane à la tête du département Afrique début mai constitue un tournant potentiel. Son profil décrit par JA comme plus politique diffère de celui de son prédécesseur éthiopien, pur macro-économiste. Le Mauritanien, ancien Premier ministre entre 2007 et 2008, aurait ainsi placé le Sénégal en tête des priorités de son département toujours selon le magazine.
Tout l'écosystème financier ouest-africain se mobilise pour éviter le pire. La Côte d'Ivoire d'Alassane Ouattara, présent à Nairobi, regarde la situation avec une inquiétude croissante selon JA. Environ quarante pour cent de la dette sénégalaise est détenue par des banques ivoiriennes. Un défaut de Dakar provoquerait une déflagration dans la sous-région, rendant le cas sénégalais incomparable à ceux du Ghana ou de la Zambie qui ont subi de lourdes restructurations ces dernières années.
La Banque africaine de développement est également très impliquée. Le Sénégal figure parmi ses principaux bénéficiaires de prêts, et un défaut du pays menacerait la notation AAA de l'institution.
Macron promet le soutien de Paris
Bassirou Diomaye Faye a également eu un tête-à-tête avec Emmanuel Macron durant le sommet. Selon une source proche des négociations citée par Thaïs Brouck, le président français a assuré que "la France ne laisserait pas tomber le Sénégal".
Mais les scénarios de sortie de crise élaborés depuis dix-huit mois ont été partiellement remis en cause par les hostilités au Moyen-Orient. Abu Dhabi et le Koweït s'étaient engagés après des visites de Bassirou Diomaye Faye et d'Ousmane Sonko à mobiliser trois à quatre milliards de dollars via leurs fonds d'investissement. La guerre en Iran complique désormais cette piste. "Dans le contexte actuel, il est peu probable de voir des capitaux du Golfe intervenir rapidement", déplore une source impliquée dans les négociations interrogée par JA.
Une autre source affirme qu'il n'existe aucun scénario de sortie de crise sans un programme avec le FMI. Le marché régional des titres publics ne pourra pas absorber seul l'ensemble des besoins de financement de Dakar et assurer sa sortie de l'ornière.