Madame la présidente,
À la tête du Groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal depuis le début de la Quinzième législature, vous avez - toute seule j’allais dire - fait de l’Assemblée nationale du Sénégal le « lieu d’impulsion » réussie du débat démocratique. Ce qui avait été l’une des 35 propositions remarquables de la Charte de gouvernance démocratique pour un Sénégal nouveau des Assises nationales est matérialisée, depuis peu, par votre contribution exceptionnelle au regain démocratique encore factice aux yeux des profanes. Ces derniers ont naturellement tort de penser que les 130 députés de la majorité parlementaire depuis l’installation de la nouvelle assemblée, issue des élections législatives de novembre 2024, font la pluie et le beau temps à la Place Soweto. Il n’en est évidemment rien au regard des résultats engrangés par votre groupe - le jury populaire - sous votre lucide impulsion.
Vous avez su, avec méthode et compétence documentée et informée, faire prospérer deux recours en inconstitutionnalité de deux lois, très dangereuses pour le pays et son avenir, adoptées par l’Assemblée nationale. Il s’agit des lois :
- n° 08/25 du 02/04/2025 interprétative de la loi n° 2024-09 du 13 mars 2024 portant amnistie :
- n° 09/2025, abrogeant la loi organique n°78-21 du 28 avril 1978 et la loi organique n°2002-20 du 15 mai 2002, modifiée.
Dernièrement, les députés du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal et des députés non inscrits ont déposé un nouveau recours en inconstitutionnalité contre la loi n°07/2026 portant création et fixant les règles d'organisation et de fonctionnement du Conseil National de Régulation des Médias (CNRM).
Personne n’ose croire que l’attaque en inconstitutionnalité de la loi portant liquidation du défunt Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) ne sera pas couronnée de succès dès lors que le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, n’a déjà eu d’autre choix que de se soumettre à la décision - la jurisprudence en la matière - de la Cour suprême qui lui notifia « l’ordonnance sur la suspension de l’arrêté, N°0011059/MCTN du 22 avril 2025 portant cessation de diffusion, de parution et de publication des médias » considérés non conformes en dépit du fait que « la création d'un organe de presse n'est soumise à aucune autorisation préalable » et que « l'activité de presse est une liberté fondamentale ».
Largement suffisant, à titre de rappel, pour montrer, Madame la présidente, la très haute idée que vous vous faites de l’État de droit, de la démocratie et de la République depuis assez longtemps déjà. D’aucuns - très peu nombreux du reste - aurait évidemment tort d’inscrire ce qui vient d’être rappelé à l’actif d’une professionnelle du droit positif dont les plaidoiries ont déjà fait autorité et continuerons de faire autorité si Dieu le veut.
Les mêmes - les profanes - ont, bien sûr, tort de penser cela et de s’arrêter là puisqu’il leur est immédiatement opposée votre remarquable intervention à la tribune de l’Assemblée nationale sur la crise de la dette considérée pourtant comme soutenable par les partenaires techniques et financiers du Sénégal dont le Fonds monétaire international (FMI) très peu de temps - avril 2024 - après la prestation de serment de l’actuel président élu, à la fin mars 2024, Bassirou D. D. Faye.
Voici, in extenso, la teneur de l’intégralité de ladite intervention dont je fais cadeau de la transcription intégrale aux aimables et généreux lectrices et lecteurs de ce portail d’informations sur le Sénégal :
« Comment l'État peut devoir de l'argent, emprunter de l'argent à des banques, que cet argent, cet emprunt soit caché, que personne ne le sache ?
Nous avons une commission régionale qui siège à la BCEAO, qui surveille les banques. Donc même si dans les écritures du Trésor, la dette n'apparaît pas, dans les écritures de la banque, la dette, elle apparaît.
Vous connaissez les accords de Bâle ? Les banques ne peuvent pas prêter comme elles le veulent et à qui elles veulent. Donc les banques sont surveillées.
À supposer que le trésor fasse n'importe quoi, n'importe comment, à partir des livres des banques, à partir des écritures des banques, nous savons ce qui se passe. Donc on ne peut pas cacher la dette, surtout la dette bancaire, comme vous l'avez dit.
Donc le débat persiste. Pourquoi il persiste ? Parce que vous nous cachez les documents. Donnez les documents et on débattra à armes égales. À pied et on vous dira là où nous ne sommes pas d'accord et on vous dira voilà pourquoi nous ne sommes pas d'accord. Sortez les rapports cachés, les rapports de Mazars et nous en terminerons avec ce débat.
La solution et je termine. Est-ce que vous nous cacherez la solution après les rapports ? J'imagine que non. Pour la solution, elle vous revient à vous. Mais Monsieur le ministre, permettez-moi de vous dire ce que vous ne devez pas faire avec la solution. Vous saurez ce que vous ferez vous avec la solution. Ce que vous ne devez pas faire, c'est le crédit à outrance.
Vous êtes en train d'emprunter à tout va 4 000 milliards d'emprunts selon ECOFIN. Ce n'est pas de moi, c'est ECOFIN qui le dit. Aujourd'hui, 42 % de nos emprunts sont détenus par les banques ivoiriennes. Pour des souverainistes, ça doit faire mal quand même à la fierté.
Donc, moins d'emprunts, Soyez prudents. Prohibition, structuration, attention à l'abandon des subventions, notamment sur les hydrocarbures.
Les fonds vautours. Parlons-en. En commission, vous avez dessiné une solution. Mon esprit a tout de suite voyagé vers les fonds vautours. Ne touchez pas, ça ne peut pas être la solution. C'est pour ça que je dis, je ne connais pas votre solution, mais moi je sais au moins ce que vous ne devez pas faire.
Monsieur le ministre, regardez les Sénégalais dans le blanc de l'œil. Ne cachez plus la solution. Dites aux Sénégalais ce que vous voulez faire, ce que vous allez faire, où est-ce que vous allez les mener pour solutionner ce problème.
Je vous remercie. »
Pour ma part, je remercie infiniment le généreux et talentueux Ibrahima Ndiaye Ndiaye qui m’a transmis la vidéo intégrale de l’intervention dont le rappel fait naturellement écho à l’article - « Le Sénégal emprunte en secret via des montages opaques » - de SenePlus dans les colonnes de ce portail.
Le doute - il n’a d’ailleurs jamais existé - n’est alors pas permis s’agissant de votre engagement citoyen, documenté et informé, au service de l’État et de la Nation.
Vous vous souvenez, Madame la présidente, avoir été, comme moi-même, membre active de la Commission nationale sur les droits de l’Homme, les institutions et les libertés démocratiques des Assises nationales pour un Sénégal nouveau dont la présidence - celle des Assises - avait été assurée par le défunt professeur Amadou Mahtar Mbow (Paix à son âme). L’occasion m’avait alors été offerte d’intégrer votre contribution remarquable au rapport final dont j’étais chargé de la rédaction comme j’ai également été le rapporteur du Comité de pilotage des consultations citoyennes des Assises nationales dans le département de Tivaouane.
En vous écrivant dix-sept ans plus tard, et deux ans après la troisième alternance démocratique au Sénégal, je rappelle à celles et ceux qui ont la gentillesse de me lire qui est vraiment la citoyenne Aïssata Tall Sall au moment où le pays est orienté de telle sorte que les talents comme le vôtre, Madame la présidente, sont juste vidés, après tout, d’une redevance dont la seule contrepartie est d’avoir une tribune pour la payer comme n’importe qui d’autre.
Cette lettre est mon opposition farouche - la seule qui compte à mes yeux - au génocide des talents dont votre voix parlementaire contribue à déjouer, dès après mars 2024 et depuis décembre 2024 singulièrement, l’insidieux et cynique mode opératoire. Sous les yeux approbateurs des jeunes et moins jeunes « patriotes » sans patrie pacifiée et jeunes « révolutionnaires » sans révolte instruite et surtout sans l’avant-garde d’un puissant et irrésistible mouvement d’idées.
Merci Maître.