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Par Oumar Boubacar Ndongo
Manko wuti ndamli
Ce n’est pas qu’un slogan qu’on brandit dans les moments faciles, sur un bus aux couleurs nationales, sous les vivats. C’est une promesse qu’on tient quand tout pousse à se déchirer. Et cette nuit, face à une Norvège, le Sénégal va devoir la tenir...
 
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«Manko wuti ndamli. ». Ce n’est pas qu’un slogan qu’on brandit dans les moments faciles, sur un bus aux couleurs nationales, sous les vivats. C’est une promesse qu’on tient quand tout pousse à se déchirer. Et cette nuit, face à une Norvège des plus solides qui a démarré son Mondial par un récital (4-1 contre l’Irak), le Sénégal va devoir la tenir plus que jamais. Six mois. C’est le temps qu’il aura fallu aux Lions pour passer du statut de favoris crédibles à celui d’équipe sous respirateur artificiel.

Battus 3-1 par une France pourtant longtemps dominée en première période, les hommes de Pape Thiaw ont craqué après la pause, laissant filer un match qu’ils tenaient presque dans leurs filets. Depuis, tout le monde a un avis. Le sélectionneur, ses choix tardifs, ses cadres en difficulté, Sadio Mané, Nicolas Jackson, Ismaïla Sarr, tout y passe. C’est humain, c’est même le signe d’une passion intacte. Mais une passion qui se transforme en procès permanent finit par fragiliser ceux qu’elle est censée porter. Le Sénégal n’a plus le luxe du tâtonnement ni celui de la division. Une défaite, pas une sentence Il faut le dire et le redire : perdre contre la France n’a rien d’infamant.

Vice-championne du monde, intraitable en seconde période, l’équipe de Didier Deschamps a fait parler son réalisme dans le money-time, là où le Sénégal a payé ses largesses défensives. Ce n’est donc pas un effondrement collectif qu’on a vu au MetLife Stadium, mais une équipe punie pour ses approximations face à des adversaires qui, eux, n’en commettent presque jamais. Reste que le contexte complique la tâche, et il serait malhonnête de l’occulter. Des sujets extra-sportifs : primes en suspens, discussions autour du contrat du sélectionneur, sont venus parasiter la préparation à quarante-huit heures d’un match couperet. Ce sont des questions légitimes, qui méritent d’être traitées avec sérieux et dans les bonnes instances. Mais elles devraient se régler loin des vestiaires, et surtout loin des micros, pour ne pas devenir le fardeau supplémentaire d’un groupe qui a déjà fort à faire sur le terrain.

Là aussi, l’union doit primer : celle d’une fédération, d’un staff et d’un groupe qui avancent dans le même sens, pour que les seules batailles qui occupent les têtes soient celles qui se gagnent avec un ballon. L’histoire est avec eux, l’union aussi Et si la statistique pouvait servir de bouclier mental, en voici une qui mérite d’être brandie sans complexe : le Sénégal n’a jamais perdu un deuxième match de Coupe du monde. En 2002, sous Bruno Metsu, les Lions enchaînaient sur un nul contre le Danemark après avoir terrassé la France en ouverture. En 2018, ils tenaient le Japon en échec. En 2022, ils corrigeaient le Qatar pour relancer une campagne mal engagée. Trois éditions, trois deuxièmes matchs sans la moindre défaite.

Ce n’est pas une superstition, c’est un pattern qui dit quelque chose du caractère de cette génération et de celles qui l’ont précédée : la capacité à se relever immédiatement dos au mur, ensemble ! Car à chaque fois, c’est bien le collectif qui a parlé plus fort que les individualités, plus fort que les doutes du dehors. « Manko wuti wat ndamli », l’union, et seulement elle, pour chercher la victoire. C’est précisément ce supplément d’âme, cette fraternité de groupe doublée d’une ferveur populaire qui refuse de lâcher, qu’on attend contre des Norvégiens portés par la forme étincelante d’Erling Haaland et la maîtrise de Martin Ødegaard. Une équipe solide, organisée, mais qui n’a jamais connu la pression d’un Mondial à ce niveau, contrairement à des Lions rodés aux soirées à enjeu. Repartir de l’avant sans renier la première mi-temps La bonne nouvelle, paradoxalement, c’est que le Sénégal n’a pas besoin de tout reconstruire. Les quarante-cinq premières minutes contre la France ont montré une équipe capable de bousculer une grande nation, de presser haut, d’exister dans le jeu.

Le problème n’est pas un problème de plan, c’est un problème d’exécution sur la durée et de gestion des temps faibles. Charge à Pape Thiaw de trouver les ajustements, peut-être plus tôt, et aux cadres de hausser le curseur d’intensité sur l’ensemble du match. Mais cette exigence technique a aussi besoin d’un terreau apaisé : un groupe qui se sent soutenu joue plus libre qu’un groupe qui se sent jugé. Pour Sadio Mané, qui dispute ici son dernier Mondial sous le maillot national, l’enjeu personnel se mêle à l’enjeu collectif. Lui qui avait dû renoncer à l’édition 2022 sur blessure sait mieux que quiconque que ces occasions ne se représentent pas deux fois. 

Une victoire mardi ne réglerait pas tout, mais elle remettrait immédiatement le groupe I à portée de qualification, et surtout, elle ferait taire, provisoirement au moins, les sirènes du doute, à condition que ce doute n’ait pas déjà rongé l’unité du groupe avant le coup d’envoi. Les vents sont contraires, c’est indéniable. Mais les Lions ont une histoire qui parle pour eux, un capitaine, Kalidou Koulibaly, qui n’a jamais fui les responsabilités, et une statistique qui, après chaque entame ratée, finit toujours par dire la même chose : ce groupe ne s’effondre pas en seconde mi-temps de tournoi quand il reste soudé. Au peuple sénégalais de pousser dans le même sens plutôt que de juger à distance, au groupe de resserrer les rangs plutôt que de s’écouter se déchirer. Mardi, à tous, joueurs, staff et supporters, d’écrire ensemble une quatrième fois cette histoire qui ne ment pas : « Manko wuti ndamli ».

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