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Marseille: Eyraud, le "professionnel" aux 1000 vies
 
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Professeur à Sciences Po, entrepreneur reconnu, sportif émérite: avant d'être un président de Marseille salué pour son professionnalisme, Jacques-Henri Eyraud, 48 ans, a connu plusieurs vies qui l'aident dans un environnement aussi irrationnel que peut l'être le foot autour de l'OM.

D'un côté, un presque quinqua aux lunettes de prof et au visage d'élève sage, fan des Clash, qui ne manque pas une occasion de clamer son amour pour IAM ou pour l'hymne du Vélodrome, "Jump" de Van Halen. Et de l'autre, un patron champion de France junior de taekwondo (en 1985), capable de trancher froidement dans le vif en engageant le licenciement de Jose Anigo ou en soldant le contentieux Michel.

- 'Forme spectrale' -

En octobre dernier, le dessinateur PoF28 (son pseudonyme sur Twitter) avait grimé le nouveau président de l'OM en "Dr. Jekyll et Mr Hyde" sauce provençale, président affable d'un côté, et de l'autre "forme spectrale" glaçante, silhouette noire au regard laser.

"On connaît l'OM, c'est un club dans lequel il peut y avoir des dérives, mais lui a tout de suite annoncé que ça ne marcherait pas comme ça", décrypte le dessinateur. "De là, cette idée de spectre qui fait peur à tout le monde, pas parce qu'il va virer tout le monde, mais se débarrasser de tout ce qui peut tirer le club vers le bas." A en croire PoF28, ce portrait n'a pas déplu à 'JHE', qui l'a même appelé pour lui en commander un exemplaire.

Le 23e président de l'OM, arrivé à la tête du club en octobre dans le sillon du nouveau propriétaire, l'Américain Frank McCourt, a en effet fait voeu de rationalité. "Le fait de diriger un club de football ne justifie absolument pas de perdre la tête", exposait-il dans Le Monde en octobre.

Au quotidien, cela se traduit autant par des choix sportifs salués que par une communication huilée. C'est à l'aide d'un PowerPoint, importation du monde de l'entreprise, qu'Eyraud avait justifié l'embauche du directeur sportif Andoni Zubizarreta, ou de Patrice Evra. Et c'est en citant la moyenne d'âge des Ballons d'or qu'il avait défendu la très longue durée du contrat de Dimitri Payet (quatre ans et demi plus un an en option).

- Le 'professionnel' -

"C'est un professionnel", salue pour l'AFP le directeur général de la Ligue de football (LFP), Didier Quillot, évoquant un "entrepreneur et un chef d'entreprise très orienté business, en train de faire un très bon travail à l'Olympique de Marseille".

Les deux hommes se connaissaient avant de rejoindre le monde du football. Car au début des années 2000, Eyraud "a quitté un poste où il gagnait bien sa vie, au Club Med, pour fonder notre petite boîte", s'était remémoré auprès du site Le Phocéen Patrick Chêne, cofondateur de l'entreprise Sporever (devenue depuis Media365).

Par "passion pour le sport", dit encore Chêne, Eyraud se lance ainsi dans l'entrepreneuriat. Et c'est quand Sporever devient fournisseur de contenus sportifs pour Orange, où officiait Quillot, que ce dernier fait sa connaissance.

Preuve de l'estime que le patron exécutif du foot pro français voue à l'ancien président-directeur général de Turf Editions, c'est lui qui avait glissé son nom à McCourt quand l'Américain recherchait quelqu'un pour devenir, à l'OM, ses "yeux" et ses "oreilles".

- 'Un peu distant...' -

Depuis, McCourt a loué l'"efficacité" de Eyraud, par ailleurs diplômé d'un MBA de l'université d'Harvard, basée à Boston, ville d'origine de son propriétaire. Américanophile, il est pour le moment largement "marseillo-compatible". "Il est sérieux, honnête et respectueux, je n'avais pas vu un comme ça depuis longtemps", estime ainsi auprès de l'AFP Robert Nazaretian, vice-président de l'association OM.

Difficile d'arracher la moindre critique à ceux qui l'ont fréquenté. "Il le dit lui-même, il peut apparaître un peu distant, un peu froid au début, alors que ce n'est pas forcément le cas", tente quand même Victor Agulhon, ancien élève à SciencesPo et assistant de son cours d'"initiation à l'entrepreneuriat".

Mais c'est pour ajouter aussitôt que le cours d'Eyraud est "iconique" rue Saint-Guillaume, où le chef d'entreprise a "transformé le destin de pas mal d'étudiants", en les encourageant à se lancer. A SciencesPo, l'image d'animal froid d'Eyraud en prend d'ailleurs un coup: "il est très sympathique, très accessible et chaleureux", s'enthousiasme une autre assistance et ancienne élève, Hasna Louze.

La jeune élève-avocate au cabinet Vercken et Gaullier évoque aussi un "passionné de sport, qui en parlait beaucoup dans ses cours". Et qui, selon elle est devenu président de l'OM "par envie de relever un défi". Rester rationnel dans un univers aussi passionnel que le foot à Marseille en est un de taille.

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