Skip to main content
Par Ndiaga Loum
Mes conseils au duo Diomaye-Sonko
EXCLUSIF SENEPLUS - Il faut tout faire pour rester fidèle à ce pourquoi l’on a été élu. La meilleure façon d’y parvenir est de garder son authenticité. Certes, le pouvoir ne vous rend pas plus humain, mais il ne devrait pas vous rendre moins humain
 
ID
1005439
{"id":1005439,"title":"Mes conseils au duo Diomaye-Sonko","subheadline":"EXCLUSIF SENEPLUS - Il faut tout faire pour rester fidèle à ce pourquoi l’on a été élu. La meilleure façon d’y parvenir est de garder son authenticité. Certes, le pouvoir ne vous rend pas plus humain, mais il ne devrait pas vous rendre moins humain","image":"/sites/default/files/2026-06/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202026-06-05%20a%CC%80%2015.38.10.png","link":"/article/mes-conseils-au-duo-diomaye-sonko"}

Tout est possible !

Dans « Archives du Nord », Marguerite Yourcenard écrit : « À chaque époque, il est des gens que qui ne pensent pas comme tout le monde, c’est-à-dire, qui ne pensent pas comme ceux qui ne pensent pas ». Le 12 juillet 2023, quelques jours après l’annonce du président Macky Sall qu’il ne posera pas sa candidature pour un 3e mandat éventuel, je l’invitais humblement à aller plus loin en initiant une réconciliation nationale, en faisant tout pour y inclure le leader de l’opposition de l’époque, Ousmane Sonko, et à ne pas chercher à faire obstacle à sa candidature en 2024. Il préféra écouter les faucons et extrémistes enragés de son camp, avant d’essayer, six mois plus tard, de faire exactement ce que je lui suggérais quelques mois plus tôt. C’était trop tard, avec le tact et la lucidité en moins. Voici un extrait de ce que j’écrivais dans cette tribune abondamment reprise dans la presse le 12 juillet 2023 : « Faire le contraire et se lancer dans une entreprise de liquidation d’un adversaire redouté et de son appareil en écartant sa candidature nous entraineront dans l’incertitude de lendemains dont les conséquences non maitrisées risqueraient d’anéantir tout le capital gagné après l’acte historique posé ce 3 juillet 2024. Ousmane Sonko n’aurait rien à perdre dans une réconciliation avec un chef d’État sortant malgré la douleur des injustices manifestement subies dans le cadre d’un combat politique âprement disputé ; et le chef de l’État sortant, lui aussi, n’aurait rien à perdre. Au contraire, il a, lui, tout à gagner en posant en un temps record deux gestes symboliques qui grandissent le pays de la Teranga et dont il tirera personnellement les dividendes en sollicitant cette fois-ci les suffrages du monde entier pour diriger son institution la plus représentative. Ce faisant, beaucoup auront la pudeur de parler de CPI, mais tout le monde aura à cœur le rêve de voir le nom de son pays associé à la plus haute direction de l’ONU ».  Si Macky Sall avait suivi cette voie, sa candidature à l’ONU, aujourd’hui, ne serait pas portée par un pays tiers (Burundi) et n’aurait peut-être pas suscité autant de désapprobations.

On a toujours tort d’avoir raison trop tôt. 

Aujourd’hui, je prends volontairement un ton plutôt familier pour m’adresser au duo Diomaye-Sonko. Je ne connais rien que vous ne connaissiez déjà. Je fais juste des rappels que l’observateur extérieur peut avoir plus en tête et plus à cœur, comparativement aux préoccupations pesantes et prenantes de ceux qui sont au pouvoir et qui peuvent être amenés à négliger ce qui ne devrait pas l’être, et de surévaluer ce qui ne mériterait pas de l’être. 

  1. Se rappeler que Sonko moy Diomaye n’était pas qu’un simple slogan

Au mois d’août 2024, dans une entrevue accordée au quotidien national Le Soleil, on me posa cette question « Pensez-vous que le duo Diomaye-Sonko résistera aux vicissitudes de la politique ? ». Voici ma réponse : « Ceux qui bâtissent leur stratégie d’opposition sur une mésentente éventuelle du duo Diomaye-Sonko, ne font pas en fait de l’analyse, ils expriment juste leurs souhaits et leurs prières. En souhaitant cela, ils sont en déphasage avec la majorité de la population qui, elle, a élu un duo et souhaite le voir gouverner en symbiose. Comme le président et le premier ministre ont compris le message envoyé par la population, ils feront tout ce qui est possible pour garder intacte cette entente au sommet de l’État. Ils peuvent pour le moment se partager intelligemment les tâches sans être prisonniers de textes qui de toutes façons sont appelés à être changés dans un futur proche pour rééquilibrer les pouvoirs. Le président libéré des fonctions partisanes gère l’équilibre de la nation et son rayonnement extérieur. Le premier ministre a des tâches administratives en tant que chef du gouvernement, mais il a aussi une fonction politique en tant que leader de la majorité. (…) Le duo Diomaye-Sonko a une légitimité sociologique qui est toujours plus forte que les fictions institutionnelles et juridiques. En élargissant de façon volontaire, pragmatique et efficace le rayon d’action de de son premier ministre, le président ne viole aucun texte constitutionnel sauf à vouloir se laisser ligoter par une interprétation institutionnelle obtuse, réductrice… ». Au fond et dans les faits, 54% de Sénégalais ont élu un duo, ce serait une forme d’intelligence politique, de réalisme et de sagesse que d’admettre les choses telles qu’elles sont. Voilà le pacte tacite que les populations ont signé avec le duo Diomaye-Sonko. Que s’est-il donc passé entre-temps pour que l’on ait laissé les démons sataniques de la division - le système - triompher et prendre ainsi le contre-pied d’une histoire révolutionnaire écrite dans le sang et la sueur ? Tout n’est pas perdu. Pour y remédier, voilà, à mon humble avis, deux autres choses à faire :

  1. Se méfier et se défaire du système et des démons sataniques de la division

Qu’est-ce que le système ? Ce ne sont pas seulement des hommes et des femmes, c’est une nébuleuse fondée sur des pratiques solidaires de prédation des ressources, de corruption, de concussion, d’instrumentalisation des ressorts politiques et institutionnels du pouvoir, pour capter une clientèle élargie, aux ramifications extérieures et à fort ancrage social in fine. Aux yeux du système, Diomaye et Sonko sont les « deux faces d’une même médaille » : il n’y a pas un qu’on aime plus que l’autre, Il y en a un qu’on déteste plus que l’autre. Faisant l’objet de toutes les méchancetés, poussant la cruauté jusqu’à la stigmatisation physique, avec ces considérations morphologiques, raisonnement symptomatique de la bêtise humaine, voici ce que le système disait de l’actuel président : « comment il va s’asseoir avec Biden et Macron ? ». Voilà les mêmes éléments du système qui demandent aujourd’hui à Diomaye de mener un combat par procuration : « jay ma guerre bi ». Comment l’on tombe dans le piège du système ? Le système ? Il vous appâte, il vous épate, il vous capte, il vous accapare, il vous égare. Il vous répète ad nauseam : « Vous ne devez rien à personne, votre élection est la seule la volonté de Dieu ». Bien sûr ! Ce n’est d’ailleurs pas seulement le pouvoir qui relève de la volonté divine. Tout ce que nous sommes en tant que personne, tout ce que nous faisons sur terre relève de la volonté divine. Mais Dieu ne vient pas à nous directement pour nous faire et nous faire faire. Il passe par des intermédiaires dont la rencontre décisive et les interrelations font de nous ce que nous sommes (parents, amis, collègues, etc.). De ces interactions qui jalonnent nos parcours individuels à toutes les étapes de nos vies, découle un « produit culturel fini », c’est ce que le sociologue français Bourdieu nomme l’habitus qui agit devant n’importe quelle situation comme une matrice générale d’appréciation et d’action. Reconnaître le mérite de toutes ces personnes qui ont été déterminantes dans ce que nous sommes devenus dans la vie, c’est aussi une façon de rendre grâce à Dieu. Mais, en politique, surtout sous nos tropiques, les démons sataniques de la division savent même instrumentaliser le destin divin pour briser des unions, des ententes, et encourager de façon éhontée des trahisons, tant que cela fait leurs affaires personnelles. Si vous leur prêtez une oreille attentive et qu’ils vous perçoivent comme influençable, ils vont en profiter, toute honte bue. Ils sont ainsi capables de rebâtir leurs carrières politiques personnelles sur les décombres des amitiés déconstruites. C’est le comportement typique d’un opportuniste qui se console et soulage sa conscience, en arguant qu’il n’y a pas d’amitié qui tient en politique, il n’y a que des opportunités. Pour les gens du système, mentir, trahir voire tuer, sont dans l’abécédaire de leur conception originelle de la politique. Vaincre à tout prix n’a rien de moralement décadent ou de déshonorant pour eux. Au contraire, ce serait de l’intelligence ou du génie politique. C’est à ce lait, que d’un régime à l’autre, ils ont été nourris. Voilà pourquoi la transhumance ne les dérange point. Demandez-leur conseil et vous avez déjà leur réponse : « Vous avez l’argent, vous êtes le chef suprême des armées, vous êtes le gardien de la Constitution, vous avez la justice sous vos ordres, vous pouvez avec malice manipuler tous ces attributs à votre disposition pour réaliser les conditions favorables à votre réélection ». Le système peut effectivement transformer une personnalité si l’on ne garde pas solidement ses pieds sur terre. Il vous indique les postures à afficher, il vous déshumanise, il vous robotise. Il nourrit le flegme, la distance, la condescendance, il incite à snober, puis à narguer. Il vous élitise, il vous éloigne du bas peuple, il fait de vous ce que vous n’êtes pas en réalité. Il vous rend dépendant des flamboyances, des exigences protocolaires démesurées de révérences, à tel point que vous n’imaginez plus vivre hors des lambris dorés de sa majesté. L’ivresse du pouvoir devient un construit ritualisé et sécularisé, si naturel qu’on n’en a plus conscience. Ses effets psychologiques sur les dirigeants mènent irrémédiablement vers la perte d’empathie. Si on n’a pas de conseiller lucide, courageux et suffisamment influent pour vous inviter à retrouver le naturel, l’ordinaire, l’authenticité, alors on s’enlise. On ne s’en remet pas. Il ne restera alors plus, lorsqu’on se rendra compte des effets négatifs sur sa réputation, à titre de réparation ou de rectification dans le parcours,  que des actions symboliques de populisme, de corruption, d’achats de consciences, de déploiement d’artifices communicationnels recommandés par des conseillers  néo-diplômés en marketing politique, dont les remèdes traditionnels testés et éprouvés ailleurs, sont ici et maintenant aussi socialement déconnectés que les actes qui ont rendu impopulaire le dirigeant qu’ils conseillent. Voilà comment le système réussit à vous faire croire que vous pouvez gagner la sympathie des Sénégalais, espérer leur adhésion à un nouveau projet politique, tout en vous promettant que ces derniers n’auraient aucune sensibilité quant à l’hypothèse d’une trahison ressentie comme telle, comme un drame familial ? Ce que le système ne vous dit pas, c’est qu’en politique, la perception générale tient lieu de réalité souvent immuable. Ce qui compte, ultimement, en politique, n’est ni ce qui est, ni ce qui est dit, mais c’est ce qui est perçu.

  1. Laisser Machiavel tranquille

Que reste-t-il à dire à Diomaye et à Sonko ? La relation historique et affective bâtie avec le parrain de votre fils, le fils de la marraine de votre fille, devrait-elle être sacrifiée sur l’autel d’une subite ambition politique personnelle découverte à l’épreuve de l’exercice réel du pouvoir ? « Lou ko diar ? ». C’eût pu être efficace dans un raisonnement traditionnel politique et machiavélien, mais il ne prévaut plus dans le contexte sociologique, démographique et électoral actuel au Sénégal. Cette population majoritairement jeune, avec une moyenne d’âge de 19 ans, a, en réalité, plus de vertus que ne l’imagine un politicien ordinaire qui a blanchi sous le harnais des anciens régimes. En vérité, si le projet de Pastef a connu autant de succès, c’est qu’il est en adéquation avec les nouvelles exigences éthiques de cette population jeune.  Montrer à ces jeunes qui seront la majorité écrasante des électeurs lors des prochaines joutes électorales un visage contraire à leurs exigences éthiques, ne suscitera que colère et rejet auprès de ces derniers. Autant garder son authenticité et renoncer ou perdre, plutôt qu’espérer gagner en vain en s’assimilant, de façon obstinée, aux comportements passéistes et ringards de ceux qui prennent encore la trahison comme une simple leçon de réalisme politique. Cela pouvait marcher jusqu’en 2021. Ce n’est plus le cas depuis un certain mois de mars 2021 qui marque une césure dans l’histoire politique récente du Sénégal et qui appelle nécessairement une nouvelle manière de penser la politique. Il faut tout faire pour rester fidèle à ce pourquoi l’on a été élu. La meilleure façon d’y parvenir est de garder son authenticité. Les plus zélés, et souvent les plus inexpérimentés qui ont lu quelques bribes de l’œuvre principale de Nicolas Machiavalli (Le Prince) via des sources tirées de Wikipédia ou des outils conversationnels de l’IA, tenteront de réécrire l’histoire. Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. S’il y a une chose à retenir du livre-mémoire du président Abdou Diouf, c’est cette mise en garde contre les courtisans qui élèvent l’autorité au statut du « divin », mais qui s’empressent de dégarnir les rangs de votre environnement immédiat dès que vous perdez le pouvoir. Lorsqu’on évoque l’histoire, c’est pour en tirer des enseignements pour le présent et pour l’avenir. L’histoire récente nous a déjà montré que les démons sataniques personnifiés, prêts à sacrifier les relations amicales voire familiales pour des intérêts purement politiques ou personnels, peuvent mener jusqu’à l’extrême inimaginable, l’irréparable, le tragique. Que Dieu nous préserve de n’avoir jamais à écrire un jour une lettre d’outre-tombe, comme on l’imagina de façon métaphorique, sous la plume de Sankara, à destination de Blaise ! La vie n’en vaudrait pas la peine. L’ambition politique si précaire, et le destin éphémère qui lui est intrinsèquement rattaché, encore moins ! La réputation personnelle et celle des proches en serait éternellement affectée. Le mauvais goût n’a de tribunal que la conscience. Quand vous lirez ces mots, prenez-les pour des conseils d’un observateur qui ne vous souhaite que du bonheur, tant il a célébré discrètement, dans son intimité familiale, ce 24 mars 2024, comme un nouveau chapitre de l’histoire de la démocratie, porteuse des promesses d’une révolution profonde, d’une rupture systémique en adéquation parfaite avec la nouvelle réalité démographique et sociologique du continent et du pays. Pensez à ne jamais trahir les espérances de cette nuée de jeunes jadis désespérés et résignés et qui, aujourd’hui, expriment de façon véhémente leurs attentes légitimes dans les réseaux socio-numériques, tout en surveillant le niveau et la qualité d’exécution de « leur » projet. Je reste optimiste. Tout est encore possible ! La parenthèse de désamour entre Diomaye et les jeunes patriotes sera refermée. Je ne le dis pas parce que c’est ce que je crois. Je le dis parce que c’est ce que j’espère ! Je le dis parce que c’est ce que je souhaite de tout mon cœur ! Si toutes les anecdotes qu’on raconte sur les actes d’admiration réciproques entre les deux amis (Diomaye et Sonko) sont vraies, si toutes ces belles histoires sont authentiques, elles révèlent une très grande sensibilité. Certes, le pouvoir ne vous rend pas plus humain, mais il ne devrait pas vous rendre moins humain. Quand l’admiration est à ce niveau de réciprocité, la séparation ne peut qu’être dramatique. Voilà, ce qui contribue à me rendre optimiste quant à l’avenir des relations du duo « Sonko-Diomaye ». Le Sénégal y gagnera. L’humain sensible reprendra le dessus sur le politique insensible. La relation exemplaire qu’on laissera à la postérité serait si belle qu’elle scrute les univers de l’improbable et de l’impossible pour invalider cette terrible assertion qui veut que la politique soit le cimetière des amitiés. Les adeptes de Machiavel diraient : « Oh, quelle naïveté romantique ! ». Je rétorquerais, comme Albert Camus, « il faut imaginer Sisyphe heureux ! ». Le bonheur n’est pas forcément d’atteindre le but, il est dans l’effort d’y parvenir.

1005439
ID
1005439
Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.

Vos Articles Préférés de la Semaine