(SenePlus) - Le retrait de Cosmos Energy, acté le 22 avril, ouvre la voie à une exploitation nationale du champ gazier estimé entre 25 et 32 TCF. Le directeur général de Petrosen Holding annonce un financement par appel patriotique aux investisseurs sénégalais et une réduction drastique du coût de l'électricité.
Le Sénégal a officiellement repris le contrôle du bloc gazier Yakaar-Teranga après le retrait de Kosmos Energy acté le 22 avril 2026, a annoncé Alioune Gueye, directeur général de Petrosen Holding, dans une interview accordée au quotidien Le Soleil. Cette réappropriation, fruit de négociations menées par la commission de renégociation des contrats mise en place par le Premier ministre, marque selon lui "le devenir énergétique et développemental du Sénégal".
Le retrait de Kosmos s'est effectué "à l'amiable" après que la compagnie américaine ait obtenu la "primeur du messaging" pour gérer l'annonce auprès de ses actionnaires boursiers, explique Alioune Gueye. "Trois voies" étaient envisagées pour récupérer le bloc, précise-t-il : un retrait à l'amiable (l'option retenue), une résiliation pure et simple du décret de renouvellement, ou un arbitrage international comme celui qui avait opposé le Sénégal à African Petroleum en 2018 pour le bloc Rufisque offshore profond.
Le potentiel du champ est estimé entre 25 et 32 TCF (trillion cubic feet), voire 45 TCF selon certaines évaluations, indique le DG de Petrosen. "Un TCF, c'est un tuyau de 27 mètres de diamètre rempli de gaz enroulé autour de l'équateur", illustre-t-il, ajoutant qu'un TCF représente "23 ans d'autonomie" énergétique au niveau de consommation actuel du pays.
Une révolution tarifaire annoncée
L'exploitation du gaz de Yakaar-Teranga permettra de réduire le coût de l'électricité de moitié, assure Alioune Gueye. "Aujourd'hui, le prix de revient de l'électricité au Sénégal tourne autour de 100 à 110 francs CFA le kilowattheure. Avec le gaz, nous sommes en mesure de réduire ce coût entre 40 et 60 francs", affirme-t-il, estimant qu'un ménage qui payait 100 000 francs de facture "se retrouvera à payer 50 000 francs à consommation égale".
Cette baisse tarifaire devrait selon lui stimuler l'industrialisation du pays. "Le premier facteur de production, c'est le coût de l'électricité. Quand ça diminue, cela veut dire qu'un pays devient compétitif. Les industries vont se délocaliser pour venir au Sénégal", prédit le responsable, évoquant un impact direct sur l'emploi et le taux de chômage.
Le DG de Petrosen rejette frontalement ce qu'il qualifie de "deux grands mensonges" qui "ont plombé les pays africains" : "vous n'avez pas d'argent" et "vous n'avez pas d'expertise". Pour financer la première phase du projet (infrastructure onshore) estimée entre 3 et 4 milliards de dollars (1 500 à 2 000 milliards FCFA), il mise sur un "patriotisme économique" des Sénégalais. "On demande aux Sénégalais d'investir sur leur pétrole et leur gaz. Notre slogan, c'est très simple : chaque fois que la lampe est allumée, c'est un gain pour toi", résume-t-il.
Le précédent éthiopien comme modèle
Alioune Gueye cite plusieurs preuves de la capacité financière locale : l'État a levé 1 800 milliards FCFA en 2025 via des appels publics à l'épargne régionale, tandis que la diaspora sénégalaise transfère annuellement "4 milliards de dollars" (2 200 milliards FCFA) au pays. Le financement s'étalera sur trois ans (2027-2029), soit "600 à 700 milliards FCFA par an", précise-t-il.
Il s'appuie sur le précédent éthiopien, où le gouvernement a levé 4 milliards de dollars auprès de sa population et de sa diaspora pour construire un barrage hydroélectrique malgré l'opposition de l'Égypte, du Soudan, de la Banque mondiale et du FMI. "Les Africains ont besoin d'un success story", souligne-t-il, évoquant également le financement mouride de l'extension du rail Thiès-Touba en pleine crise coloniale.
Le directeur de Petrosen compare l'enjeu à celui du champ GTA de Saint-Louis, où un investissement de 9 milliards de dollars générera "30 à 40 milliards de dollars sur 20 ans" dont le Sénégal ne touchera que "800 millions de dollars, l'équivalent de trois mois de recettes fiscales". "Avec Yakaar-Teranga, les 30 à 40 milliards de dollars resteront au Sénégal", promet-il.
Depuis trois mois, Petrosen travaille avec des partenaires internationaux (Subsea 7, Bechtel, Wison, Turkus Petroleum) sur des études de concept. Le calendrier prévoit le démarrage des études FEED (Front Engineering Design) en mai 2026 avec un budget de 100 millions de dollars, une décision finale d'investissement en décembre 2026, puis des travaux en 2027-2028 pour un "premier gaz au premier trimestre 2029", conclut Alioune Gueye.