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Institutions et Citoyenneté, par Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil
Pour une architecture de l'Exécutif au service des réformes
EXCLUSIF SENEPLUS - Comment comprendre que le ministre de l’Intérieur ait engagé une concertation avec les partis politiques et la société civile, pendant qu'une réforme électorale majeure était examinée dans la précipitation au Parlement sans lui ?
 
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1004454
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L'impératif de cohérence 

Au moment où le Sénégal avait rendez-vous avec son histoire institutionnelle, une promesse forte avait été faite au peuple. Lors de son discours du 31 décembre 2025, le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, s’était engagé à faire adopter, dès le premier trimestre 2026, un paquet ambitieux de réformes institutionnelles : encadrement des partis politiques, refonte du code électoral, transformation de la Cour constitutionnelle, révision de la Constitution.

Cette promesse portait en elle l’espoir d’un renouveau démocratique profond, fondé sur la transparence, le consensus et la consolidation de l’État de droit. Mais aujourd’hui, force est de constater que cette dynamique s’est enlisée dans une cacophonie politique inquiétante.

Une rupture brutale avec la tradition du consensus

Depuis 1992, les réformes électorales au Sénégal ont toujours reposé sur un principe cardinal : le dialogue inclusif entre les acteurs politiques, l’administration et la société civile. Ce socle a permis d’éviter des crises majeures et de préserver la crédibilité de notre système démocratique.

Or, contre toute attente, des députés de la majorité, manifestement acquis à la ligne du Premier ministre Ousmane Sonko, ont pris l’initiative d’introduire une proposition de loi modifiant les articles L29 et L30 du code électoral sans concertation préalable.

Cette démarche constitue une rupture grave. Elle fragilise le consensus républicain et installe un précédent dangereux où les règles du jeu démocratique peuvent être modifiées unilatéralement.

Une confusion institutionnelle préoccupante

Plus troublant encore, ces modifications ont été examinées en urgence par la commission des lois en l’absence du ministre de l’Intérieur, pourtant principal responsable de l’organisation des élections.

À sa place, c’est le ministère de la Justice qui a porté le texte.

Une telle situation relève d’une anomalie institutionnelle majeure. Elle interroge sur la cohérence de l’action gouvernementale et sur le respect des prérogatives des différentes institutions.

Comment comprendre que le ministre de l’Intérieur, bien présent à Dakar, ait parallèlement engagé un processus de concertation avec les partis politiques et la société civile, pendant que, dans le même temps, une réforme électorale majeure était examinée dans la précipitation au Parlement sans lui ?

Ce télescopage des démarches traduit une désarticulation manifeste de l’État.

Une dualité exécutive qui affaiblit l’État

Au cœur de cette situation se trouve une question fondamentale : celle de la relation entre le président de la République et son Premier ministre. Qu’elle soit réelle ou perçue, la dualité entre Bassirou Diomaye Diakhar Faye et Ousmane Sonko semble aujourd’hui produire des effets délétères sur le fonctionnement de l’État. Deux lignes politiques semblent coexister :

  • L’une portée par une volonté de réformes structurées, inclusives et apaisées ;
  • L’autre dictée par une logique d’urgence, de rapport de forces et de démonstration politique.

Cette coexistence brouille les repères, affaiblit l’autorité de l’État et installe une confusion préjudiciable à la lisibilité de l’action publique.

Le Sénégal a toujours été cité comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique. Cette réputation repose sur des décennies d’efforts, de compromis et de maturité politique.

Aujourd’hui, cette image est fragilisée.

La gestion désordonnée des réformes institutionnelles, les contradictions apparentes au sommet de l’État et les initiatives unilatérales de la majorité parlementaire envoient un signal négatif, aussi bien à l’opinion nationale qu’aux partenaires internationaux.

Dans un contexte économique et social déjà sous tension, le pays ne peut se permettre une crise de crédibilité institutionnelle.

Les citoyens attendent des résultats, pas des rivalités. Pendant que le président de la République et son Premier ministre s’enferment dans des logiques de positionnement, les Sénégalais, eux, veulent des réponses concrètes à leurs préoccupations quotidiennes : le pouvoir d’achat, l’emploi des jeunes, la stabilité sociale et la qualité des services publics. Dans ce contexte, les réformes institutionnelles ne sauraient être détournées en terrain d’affrontement politique. Elles doivent, au contraire, demeurer un levier essentiel de consolidation démocratique, orienté exclusivement vers l’amélioration des conditions de vie des citoyens et le renforcement de l’intérêt général.

Pour un sursaut républicain, il est impératif de rectifier le cap. Cela suppose d’abord un retour sincère au dialogue inclusif avec l’ensemble des parties prenantes, dans le respect des pratiques démocratiques qui ont toujours fait la force de notre pays. Cela exige également le strict respect des procédures et des rôles institutionnels, condition essentielle pour garantir la crédibilité des réformes engagées. À cela doit s’ajouter une clarification sans ambiguïté de la ligne politique au sommet de l’État, afin de lever toute confusion préjudiciable à la lisibilité de l’action publique, ainsi qu’une mise en cohérence effective de l’action gouvernementale. Au-delà des réorganisations spontanées et des rivalités latentes, l'avenir du Sénégal repose sur la clarté de son projet politique et la parfaite synergie de ses dirigeants au profit du peuple.

Réformer sans unir, c'est fragiliser. Le véritable combat ne se joue pas seulement dans les lois, mais dans la sauvegarde de l'autorité de l'État et de la confiance populaire.

Cheikhou Oumar Sy et Théodore Chérif Monteil sont anciens députés.

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