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Par Cheikh Tidiane Mbaye
Pour une théorie sociologique du plein emploi au Sénégal
En m'inspirant de la pensée d'Émile Durkheim, je considère que toute société moderne repose sur une division du travail où chaque fonction répond à un besoin collectif et contribue à la cohésion de l'ensemble. Le plein emploi n'est donc pas uniquement...
 
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(SenePlus) - Le débat sur le chômage est souvent abordé sous un angle exclusivement économique : manque d'investissements, faible croissance, insuffisance de capitaux ou déficit d'industrialisation. Ces facteurs sont importants, mais ils ne suffisent pas à expliquer durablement le chômage de masse.

Je propose de considérer le plein emploi comme une question d'organisation sociale. Une société ne produit pas seulement des richesses ; elle produit aussi des fonctions, des responsabilités et des rôles sociaux. Lorsque ces fonctions sont insuffisamment créées, mal réparties ou mal coordonnées, apparaît une situation de disharmonie sociale qui se traduit notamment par le chômage, le sous-emploi, l'informalité, les inégalités et la perte de confiance dans les institutions.

En m'inspirant de la pensée d'Émile Durkheim, je considère que toute société moderne repose sur une division du travail où chaque fonction répond à un besoin collectif et contribue à la cohésion de l'ensemble. Le plein emploi n'est donc pas uniquement le résultat du marché ; il est le produit d'une organisation rationnelle des fonctions sociales.

Dans cette perspective, l'État devient le principal architecte de la division du travail. Son rôle ne consiste pas uniquement à réglementer l'économie, mais aussi à identifier les besoins sociaux, créer les fonctions nécessaires, coordonner les acteurs et assurer une complémentarité entre les secteurs public, privé, communautaire et associatif.

Le développement ne doit laisser aucun secteur inexploré. L'éducation, la santé, la sécurité, la justice, la culture, le sport, l'agriculture, la pêche, l'industrie, le tourisme, le numérique, la recherche, les industries créatives, l'économie sociale et solidaire ainsi que la transition écologique constituent autant de champs où des milliers d'emplois peuvent être créés lorsque les besoins sont correctement identifiés.

Cette stratégie suppose une administration de proximité capable de connaître avec précision les réalités locales. Des recensements réguliers, des observatoires territoriaux et une planification fondée sur les données permettraient d'ajuster les politiques publiques aux besoins réels des populations plutôt qu'à des estimations approximatives.

La création d'une classe moyenne constitue également un objectif stratégique. Des emplois stables et des revenus décents augmentent la consommation intérieure, soutiennent les entreprises locales, encouragent l'investissement et créent un cercle vertueux où la demande stimule à son tour la production et l'emploi.

Dans cette théorie, le chômage n'est donc pas seulement l'absence de travail. Il révèle une insuffisance d'organisation de la division du travail social. À l'inverse, le plein emploi devient l'indicateur d'une société harmonisée où chaque citoyen peut exercer une fonction utile à la collectivité, recevoir une rémunération digne et participer pleinement au développement national.

Ainsi, une politique de plein emploi ne constitue pas simplement une mesure économique. Elle représente un projet de société fondé sur l'intégration, la solidarité, la dignité humaine et la cohésion nationale. Une société où chacun trouve sa place est une société plus stable, plus productive et plus juste.

En bref, plus une société parvient à harmoniser sa division du travail en fonction des besoins réels de la collectivité, plus elle se rapproche du plein emploi, renforce sa cohésion sociale et accélère son développement. À l'inverse, toute désorganisation durable de la division du travail produit du chômage, de l'exclusion sociale et de la disharmonie.

Docteur Cheikh Tidiane Mbaye, Sociologue

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