Quelques jours seulement après l’éclatement du tandem Diomaye-Sonko, le Pastef tient son premier congrès ordinaire dans un climat de fortes turbulences politiques. Entre démonstration de fidélité à Ousmane Sonko, règlement du cas des ministres accusés de dissidence et préparation de la prochaine présidentielle, ce rendez-vous prévu ce samedi 6 juin à Dakar Aréna de Diamniadio pourrait redessiner les rapports de force au sein du parti au pouvoir.
Un test grandeur nature pour le parti Pastef-Les Patriotes (Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité). Après douze années de présence sur la scène politique sénégalaise, cette formation politique créée en 2014 par l’actuel président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, et plusieurs hautes personnalités du régime en place, dont le chef de l’État, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, va tenir son premier congrès ordinaire ce samedi 6 juin à Dakar. Cette rencontre, annoncée puis reportée à plusieurs reprises, se tient dans un contexte politique particulièrement marqué par le divorce au sommet de l’État entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, ancien secrétaire général et numéro deux du parti, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, également leader du Pastef.
En effet, après à peine deux années d’exercice du pouvoir, ponctuées par des divergences persistantes sur plusieurs questions, notamment la gouvernance politique, le fonctionnement de la justice, la gouvernance économique et la reddition des comptes, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a décidé, le vendredi 31 mai dernier, de mettre fin à sa collaboration avec son Premier ministre, Ousmane Sonko. Dans la foulée de cette décision, il a nommé comme nouveau chef du gouvernement un non-membre du Pastef en la personne d’Ahmadou Al Aminou Lô, qui occupait jusqu’alors les fonctions de ministre auprès du président de la République, chargé du Suivi, du Pilotage et de l’Évaluation de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ».
Loin de s’arrêter là, le chef de l’État a également tenté de contourner son désormais ex-Premier ministre pour discuter directement avec les ministres sortants membres du Pastef en vue de la formation de la nouvelle équipe gouvernementale. En réaction à cette démarche, qu’il a qualifiée de « tentative d’affaiblissement politique du parti » lors de sa déclaration à la presse du mardi 2 juin dernier, Ousmane Sonko, estimant que les consultations relatives à la formation du gouvernement devaient se faire dans le cadre des instances du parti, a instruit ses ministres de ne pas répondre à l’appel du chef de l’État.
Toutefois, cinq anciens ministres, notamment Moussa Bala Fofana, Yancoba Diémé, Cheikh Diba, Ibrahima Sy et Alioune Ndione, ont décidé de passer outre ce mot d’ordre en conservant leurs postes dans le nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô. Cette décision a plongé le Pastef dans un climat de tension politique dont les répercussions ont déjà commencé à se faire sentir, notamment dans les localités d’origine de ces responsables, accusés de trahison par certains de leurs camarades qui réclament leur exclusion du parti.
Annoncé comme un test grandeur nature, ce congrès aura pour principal enjeu l’affirmation de l’unité des responsables du parti autour d’Ousmane Sonko, candidat à un dernier mandat à la tête du Pastef. Il devrait également être l’occasion de son investiture comme candidat du parti à l’élection présidentielle de 2029, ainsi que d’éclaircir le sort réservé aux responsables considérés comme déserteurs, notamment les anciens ministres ayant choisi de rester au gouvernement.