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La presse privée attaque la répartition du Fonds d'aide en justice
Le CDEPS et l'APPEL ont annoncé ce mercredi la saisine de l'OFNAC et des tribunaux pour « détournement de deniers publics », accusant le ministère de la Communication d'une gestion opaque et illégale
 
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1003948
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Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de la presse du Sénégal (CDEPS) et l’Association des professionnels de la presse en ligne (APPEL) ont officiellement annoncé ce mercredi 8 avril 2026, leur intention de saisir l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC) ainsi que les tribunaux compétents. Au cœur de cette procédure judiciaire imminente : « détournement de deniers publics », « détournement d’objectif » et pour toute « l’opacité » qui entoure la répartition du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP) pour l’exercice 2025.

Face à une assistance composée de journalistes, de patrons de presse et d’acteurs de la société civile réunie à la Maison de la presse Babacar Touré, le Conseil des diffuseurs et éditeurs de la presse du Sénégal (CDEPS) et l’Association des professionnels de la presse en ligne (APPEL) ont détaillé les motifs de leur colère. Ce point de presse intervient au lendemain d’une conférence de presse tenue par le ministère de la Communication visant à justifier les clés de répartition du Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP). L’annonce des recours judiciaires et administratifs marque une escalade significative dans le bras de fer opposant une partie de la presse privée sénégalaise aux autorités de tutelle.

« Nous allons porter plainte au niveau de l’OFNAC pour détournement de deniers publics, détournement d’objectif et pour toute l’opacité qui entoure la répartition du Fonds d’appui et de développement de la presse », a déclaré sans ambages Mamadou Wone, directeur général du journal L’Enquête, membre du collectif et figure de proue de la contestation.

Cette sortie médiatique s’inscrit dans la continuité d’un premier recours introduit en décembre 2024 par le CDEPS devant la chambre administrative de la Cour suprême contre la nouvelle plateforme de déclaration des media. Sur ce point précis, les organisations patronales estiment avoir obtenu gain de cause. « Le premier recours déposé en décembre 2024, qui concernait la plateforme de déclaration des media, nous avons obtenu une victoire », a rappelé Maimouna Ndour Faye, présidente du directoire du groupe 3M et membre du CDEPS. Selon elle, un autre camouflet a été infligé au ministère avec « l’affaire Aissatou Diop Fall contre l’État du Sénégal », consécutive à la publication de cette même liste controversée.

Pourtant, constate la PDG de 7TV, le ministre de la Communication n’a pas tenu compte de ces décisions de justice dans l’élaboration du processus d’attribution du FADP 2025. « Le ministre ne s’est pas tenu aux décisions de la Cour suprême, malgré que ce dernier ait rejeté la réforme de déclaration des media. Alors que le ministre s’est tenu sur cette même réforme qui a été rejetée », a‐t‐elle fulminé, déplorant ce qu’elle considère comme une violation manifeste de l’autorité de la chose jugée. « C’est désolant de constater qu’on a un ministre qui viole les règles, qui ne reconnaît pas les décisions émises par la Cour suprême », a‐t‐elle ajouté.

Au‐delà du non‐respect des décisions de justice, c’est l’architecture même de la répartition qui est dénoncée comme illégale. Maimouna Ndour Faye s’est longuement appuyée sur le décret de 2021 régissant le FADP, et plus précisément sur ses articles 9 et 10. Pour la patronne de presse, le ministre de la Communication a purement et simplement « foulé au pied » le cadre légal en vigueur.

L’article 10 du décret énumère les ayants droit à ce fonds de soutien. Sont notamment listés : « l’agence de presse, l’organe d’autorégulation, les radios associatives et communautaires, les journalistes et techniciens qui ont besoin d’une formation ». Or, selon les accusations portées ce mercredi, le ministère a décidé unilatéralement d’élargir le cercle des bénéficiaires à des entités relevant du secteur public.

« Le ministre, foulant au pied le décret de 2021, a de plus réintégré des organes qui sont dans le secteur public de la presse sénégalaise », a accusé Maimouna Ndour Faye. Elle précise avec une rigueur comptable et juridique les natures des entités concernées : « L’Agence de Presse Sénégalaise (APS) a le mérite et le droit de bénéficier de ce fond ». Mais l’article 10 du décret 2021 n’a pas mentionné que la Radio Télévision Sénégalaise (RTS) en a le droit, de même que le quotidien Le Soleil, ni aucun organe qui est financé à travers le budget général de l’État du Sénégal. On a été très clair. »

Ce qui apparaît comme une incongruité aux yeux des éditeurs privés, c’est l’importance des montants alloués à ces structures publiques. Maimouna Ndour Faye a dévoilé des chiffres qui ont suscité l’indignation. « Il est incroyable de remarquer que la RTS reçoit une somme de cent quatre-vingt-­sept millions (187 000 000) de francs CFA », a‐t‐elle dénoncé. La justification avancée pour cette allocation serait, selon ses dires, que « la RTS avait eu des problèmes pour compenser l’enveloppe destinée à l’achat des droits de diffusion des matchs. Ceci n’existe nulle part dans l’article 10. »

De même, le cas du quotidien national Le Soleil est mis en exergue. « Le Soleil acquiert une agence de distribution de presse. La justification est que l’agence est confrontée à des problèmes. Cependant, plus de cent quatre­-vingt-­dix millions (190 000 000) de francs CFA ont été pris dans la caisse, destinés aux entreprises de presse privée et alloués au Soleil. »

Pour la PDG de 3M, l’addition est salée et contraire à l’esprit du fonds. « Le montant alloué à la RTS, à l’APS et au Soleil capte environ 42 % du budget du Fonds d’Appui et d’Aide à la Presse », a‐t‐elle calculé. Maimouna Ndour Faye a tenu à préciser que son combat n’est pas dirigé contre les confrères du service public, « l’objectif de ce point de presse ne vise pas les organes publics car ce sont nos confrères. Nous demandons à l’État de vous aider, d’augmenter l’enveloppe de votre subvention ». Mais, elle condamne fermement la provenance des fonds. « Nous dénonçons le fait qu’un Fonds d’appui, où ces organes publics (à part l’APS) ne devraient pas figurer, leur soit alloué. Ce que la presse privée devrait percevoir ne l’a pas été. »

La critique s’est également portée sur le traitement réservé à la Maison de la Presse Babacar Touré, temple symbolique de la corporation. « Plus de 20 millions ont été alloués à la Maison de la Presse. Alors que c’est l’État qui devrait assurer sa prise en charge dans son budget général », a regretté Maimouna Ndour Faye, plaidant pour une ligne budgétaire dédiée et plus conséquente. « Les vingt­neuf millions (29 000 000) alloués à la Maison de la Presse, c’est peu. Il faut plus de considération pour notre patrimoine commun. »

Sur le plan strictement procédural, les représentants du CDEPS et de l’APPEL pointent une « violation des dispositions » de l’article 14 du décret de 2021. Cet article prévoit que l’administrateur du fonds doit envoyer un récépissé de dépôt à chaque media ayant soumis un dossier. « Cela n’a pas été fait », a assuré la patronne de presse, renforçant le sentiment « d’opacité et de confusion » qui, selon elle, a régné durant tout le processus.

Le rôle exact du ministre de la Communication dans l’attribution des fonds a été également dénoncé. Selon l’interprétation stricte du CDEPS, le ministre n’a qu’un rôle consultatif et protocolaire. « Sur le décret 2021, il est mentionné que c’est le Conseil de Gestion qui veille sur tout ce qui concerne le Fonds d’appui. On lui a donné des pouvoirs énormes. Le ministre n’a que des pouvoirs consultatifs, qui consistent à présider le Conseil de Gestion », a expliqué Maimouna Ndour Faye.

Elle détaille plus avant les prérogatives de cette instance : « C’est le Conseil de Gestion qui doit prendre la responsabilité sur les procédures, sur la manière de fixer les clés de répartition, les bénéficiaires, le contrôle, le montant pour chaque media, les critères d’éligibilité, entre autres. » Or, constate‐t‐ elle amèrement, « nous, nous en avons des représentants dans ce conseil. Mais à un moment donné, nous avons été obligés de nous retirer. » Ce retrait explique l’absence ostensible des représentants du CDEPS à la conférence de presse ministérielle de la veille. « Même le CDEPS n’a pas voulu que son représentant participe à la conférence de presse d’hier du ministre de la Communication, parce que nous ne voulons pas valider les confusions entretenues par le ministre », a‐t‐elle tranché.

En toile de fond de cette répartition houleuse, Maimouna Ndour Faye a souhaité rappeler les difficultés économiques exsangues de nombreuses rédactions, imputant cette situation non pas à une mauvaise gestion interne, mais à une décision gouvernementale antérieure. « Cette situation actuelle où beaucoup de media se sont trouvés dans l’impossibilité de compléter leur dossier, la cause, c’est le ministère de la Communication et la circulaire adressée aux ministères et à la Direction générale du Secteur public et parapublic par le Premier ministre Ousmane Sonko au mois de mars 2024 », a‐ t‐elle affirmé.

Selon elle, cette circulaire, qui suspendait les contrats et partenariats avec les media ainsi que les paiements y afférents, a placé la presse dans une situation intenable. « Cette circulaire a notifié que tout ce qui est contrat, partenariat que le gouvernement a entretenu avec les médias est suspendu, même les paiements. Voilà ce qui a causé la situation actuelle à laquelle nous sommes confrontés », a‐t‐elle argumenté. Un appel du pied a été lancé à l’État pour apurer ces dettes : « L’État du Sénégal, ses structures et parapublics doivent nous payer les tâches dues. Ce sont des créances qui ont été exécutées », a conclu la présidente du directoire du groupe 3M et membre éminente du CDEPS, Maimouna Ndour Faye. 

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