(SenePlus) - L'avocat général a qualifié lundi 11 mai l'association de malfaiteurs reprochée à l'ancien président français de structure criminelle au "plus haut niveau de gravité que la République puisse connaître". Le réquisitoire, prévu sur trois jours, décrit un réseau organisé en cercles concentriques autour de Nicolas Sarkozy pour financer sa campagne 2007.
Le ton du réquisitoire laisse présager une condamnation bien plus sévère qu'en première instance. Devant la cour d'appel de Paris, l'avocat général Damien Brunet a ouvert lundi 11 mai trois jours de réquisitions dans l'affaire du financement libyen présumé de la campagne présidentielle 2007 de Nicolas Sarkozy en qualifiant les faits reprochés de structure criminelle au "plus haut niveau de gravité que la République puisse connaître", rapporte Franck Johannès dans Le Monde.
L'ancien chef de l'État français avait été condamné le 25 septembre 2025 à cinq ans de détention uniquement pour association de malfaiteurs, ayant été relaxé sur les autres chefs d'accusation. Mais le parquet général semble viser cette fois une sanction bien plus lourde en déroulant un réquisitoire implacable sur la corruption, les détournements de fonds et le blanchiment.
Un réseau structuré autour du candidat
L'accusation décrit une architecture criminelle organisée en strates successives. Au centre, les fidèles : Brice Hortefeux, Claude Guéant – qualifié de "plaque tournante" par le magistrat selon Le Monde – et Thierry Gaubert. Dans les cercles élargis, les intermédiaires : Ziad Takieddine (décédé en septembre 2025) avec ses dizaines de comptes bancaires et millions d'euros de flux financiers, Alexandre Djouhri, et l'argentier libyen Bechir Saleh.
Pour le parquet général cité par le quotidien français, il ne s'agit pas d'actes isolés mais bien d'une structure collective où chaque acteur jouait un rôle précis. Les rencontres clandestines avec Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et condamné en France pour l'attentat contre le DC-10 d'UTA ayant fait 170 morts, ont été méticuleusement organisées dès 2005.
L'exfiltration en 2011 de Bechir Saleh avec la complicité des autorités françaises illustre selon l'accusation le fonctionnement de cette entente. Le fugitif libyen a pu quitter la France malgré un mandat d'arrêt, le ministère de la Justice ayant mis 68 heures à valider la procédure. L'avocat général a observé que cette affaire "corrode le fonctionnement normal des institutions", selon Le Monde.
Le réquisitoire a également pointé des entraves à la justice. Entre 2013 et 2018, quatre personnes ayant évoqué le financement libyen ont soit été ignorées, soit mystérieusement cambriolées, rapporte Franck Johannès. Rodolphe Juy-Birmann, l'avocat général ayant ouvert les réquisitions, a souligné que cette affaire avait dégradé le pacte social en rompant avec les exigences élémentaires de probité.
La suite du réquisitoire devait aborder mardi les autres infractions avant que les peines ne soient réclamées mercredi en fin d'après-midi. L'ancien président n'a fait aucun commentaire lundi.