(SenePlus) - Invité de l'émission Point de Vue sur RTS dimanche 21 juin 2026, Serigne Guèye Diop, ministre de l'Industrie et du Commerce, a levé tout ambiguïté sur la position du gouvernement face à la question de la restructuration de la dette publique. Sans détour et sans langue de bois, il a assumé cette option comme une voie non seulement envisageable, mais potentiellement nécessaire pour relancer l'économie nationale.
Le ministre a posé le débat en des termes délibérément désidéologisés. Pour lui, la restructuration de la dette n'est ni un aveu de faillite ni une capitulation face aux institutions de Bretton Woods. C'est une décision de gestion, comparable à celle d'un débiteur qui retourne à sa banque pour renégocier son échéancier. « Si vous devez payer 100 000 francs par mois sur 10 mois et que vous ne pouvez plus tenir ce rythme, vous revenez à la banque pour étaler sur 20 mois », a-t-il illustré, précisant que les 50 000 francs ainsi libérés chaque mois peuvent être réinvestis dans l'agriculture ou l'éducation. « Si la solution passe par la restructuration, le gouvernement est prêt à le faire sans aucune nuance péjorative », a-t-il tranché.
Il a également balayé l'argument selon lequel s'endetter serait une anomalie. Tous les États ont des dettes, a-t-il rappelé, citant les États-Unis et le Japon, ce dernier figurant parmi les pays au ratio dette/PIB les plus élevés au monde.
Le FMI comme levier, pas comme tuteur
Au cœur du dispositif, le ministre a placé la reprise du dialogue avec le Fonds monétaire international, engagée par le gouvernement après une période de distance. Mais Diop a tenu à recadrer la nature de cette relation : il ne s'agit pas d'une soumission, mais d'un calcul stratégique à double détente. Le premier avantage est financier, accéder à des ressources à des taux concessionnels, bien inférieurs aux 6 % actuellement pratiqués sur le marché régional de l'UEMOA, lequel est partagé entre quinze à seize pays et ne peut absorber indéfiniment les besoins sénégalais.
Le second avantage est géopolitique. Le ministre a relaté une rencontre à Washington avec des investisseurs japonais, chinois et allemands, qui avaient suspendu leurs projets au Sénégal dans l'attente d'un accord avec le FMI. « Ils nous ont dit tout simplement qu'ils attendaient notre accord avec le FMI », a-t-il rapporté, soulignant que l'institution joue en réalité le rôle de certificateur de confiance aux yeux des marchés internationaux. Un accord, c'est selon lui « unlocking the potential » — la suppression du verrou qui bloque aujourd'hui les capitaux occidentaux, asiatiques et du Sud.
Diop a également évoqué la dégradation de l'image financière du Sénégal, dont la notation souveraine a atteint des niveaux préoccupants. Un pays mal noté, a-t-il souligné, est perçu comme un risque élevé, ce qui renchérit le coût de ses emprunts et décourage les investisseurs privés. Restaurer cette image passe, selon lui, par un accord crédible avec le FMI et une trajectoire de dette lisible et maîtrisée.
Le Sénégal reste maître de ses conditions
Sur la question de la souveraineté, le ministre a été explicite : les conditions de la restructuration seront choisies par le Sénégal, non imposées par le Fonds. Il a reconnu ne pas encore connaître les exigences précises que posera l'institution, mais a indiqué que si elles sont fondées, « il n'y a aucune raison de ne pas les accepter ». Il a également rappelé que le Sénégal est lui-même actionnaire du FMI, dont le mandat originel, depuis les Accords de Bretton Woods, est la surveillance de l'économie mondiale, non l'asservissement des États membres.
Interrogé sur la polémique persistante autour de la dette dite cachée héritée des gouvernements précédents, Diop a choisi de ne pas s'y attarder. « La dette, qu'elle soit cachée ou pas, elle est réelle, elle existe. Il faut tourner cette page », a-t-il déclaré, appelant à concentrer les énergies sur la croissance plutôt que sur les querelles de responsabilité. L'objectif, a-t-il résumé, est simple : dégager une marge budgétaire suffisante pour rembourser, investir dans le social et attirer les capitaux dont le Sénégal a besoin pour industrialiser son économie.