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Nayé A. Bathily
Sont-ils Mortels?
Pour faire de la politique, il faut mourir plusieurs fois.
 
ID
3582
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L’adage est aujourd’hui devenu un livre. En politique, « il faut vivre avec l'angoisse d'être, un jour, battu, renvoyé ou doublé ». Un monde où la violence quotidienne la dispute au stress.  Avec compassion mais sans complaisance, dans On n'est jamais mort en politique!  Une journaliste, Clélie Mathias a enquêté sur ces personnalités cent fois laissées pour mortes…! Elle se penche en particulier au chevet de ces «grands brûlés» qui espèrent encore ou sur le tombeau de leurs ambitions enfin enterrées.

Ouvrage documenté et enrichi de dizaines de témoignages d'acteurs de la scène politique française, l'auteur dissèque les destins de différentes personnalités. Elle analyse les raisons de leur échec, les tourments de leur mise à la touche et la gloire de leur renaissance. Ils ne visent pas tous la Présidence de la République, mais aucun ne songe à quitter le ring sur un KO. Même ceux qui finissent par quitter la politique ne l’acceptent pas tout de suite. Dans cet ouvrage, l’auteur narre avec minutie mille et une façons de  rebondir et nous offre le récit du « come-back, mode d’emploi ». Elle fait la démonstration convaincante que chacun doit sculpter sa propre voie pour sortir du ravin. La capacité de revenir – ou non – n’est-elle pas inscrite dans la manière de tomber?

L’auteur décrypte les multiples manières d’encaisser des coups, d’endurer et de persévérer. Elle raconte aussi « les morts vivants », ceux que leur ego ou leur arrogance a trahis, ceux qui ne savent pas se remettre en cause. L’animal politique ressemble à s'y méprendre au phénix, oiseau légendaire qui renait toujours de ses cendres. Elle décrit les différentes catégories de perdants. Certains ont perdu car ils n’ont jamais vraiment  eu assez envie de monter sur la première marche. D'autres ont longtemps occupé la scène mais ont raté le sommet par arrogance ou paresse. Et d’autres encore appartiennent à la catégorie des morts-vivants, fauchés en plein vol par des affaires, des comportements peu éthiques,  alors qu’ils  étaient promis au meilleur. Il y a aussi ceux qui connaissent la tentation de tout abandonner ou de  croire en leur destin et «ne renoncent jamais ».  Mais en tout état de cause, la condition première pour accéder ou demeurer au pouvoir est de rester dans le jeu, d'être prêt à rebondir. En politique, assure t’elle,  on ne meurt jamais.

Le vertige du vide

Pourquoi cette crainte de mourir de la part de tous les acteurs politiques? Le vide! Un téléphone qui ne sonne plus, un agenda qui ne se remplit plus. De quoi broyer du noir. En prime, cette question lancinante sur l’avenir qui revient les hanter: « on se demande ce qu’on va faire le lendemain, et ainsi de suite », raconte un ancien ministre …«on a le sentiment du gars qui tombe d’un train dans le désert du Grand Ouest américain. La vie politique continue, mais sans vous.» […] Tous décrivent ce « vertige du vide ». Pourquoi ? Parce que la politique, explique un intellectuel partisan, est un monde où l’on est associé à des décisions qui pèsent sur la vie de millions d’individus. «C’est vertigineux. Quand cela cesse, la simplicité et le caractère ordinaire de la vie sont vécus comme une punition. » Un  autre ministre se souvient avoir attendu dans un bistrot, sans oser « rentrer à la maison, de peur que [s]a femme ne [l]e voie comme ça. ».

Une éminence grise d’un parti, analyse, statistiques à l’appui que, quand vous quittez les lieux de pouvoir : 60 % des proches s’évaporent et votre rapport avec eux change immédiatement, 30 % gardent des relations de loin en loin, au cas où…, ou les achètent à la baisse et enfin reste10 % de fidèles avec qui la relation avec l’homme de pouvoir est consubstantielle.

L’ouvrage va, bien sûr, beaucoup plus loin dans l'analyse. Il passe en revue la classe politique française. Et force est de constater que l'on n'y décèle pas plus de destins écrits d'avance que de trajectoires linéaires vers le succès. Si l'on admet qu'il n'y a qu'une place sur le podium - le Palais de la République -, on constate qu’un grand nombre de Présidents de la République  dans les vieilles démocraties ont connu l'échec, voire le purgatoire, avant la gloire. Ceux qui n’ont connu ni l'un ni l'autre  y sont parvenus grâce à des mandats locaux. Tenir un fief local est indéniablement l'une des clefs de la longévité en politique. Là, on peut s'exiler sans être oublié; de là, on peut rebondir.  Sachant que le temps politique, lui a changé; la mode est au zapping et la durée n'est plus une alliée. La politique serait-elle d’abord locale?

En définitive, les peuples aiment les politiques couturés et endurcis. Ils vénèrent les laissés pour morts qui reviennent des enfers pour s’imposer. Ils préfèrent la victoire quand elle s’appelle revanche. Pour qu’une épopée électorale se métamorphose en destin, il ne faut pas seulement réussir, il faut ressusciter. Il est indispensable que Monte-Cristo perce sous Bonaparte. Parce qu’on n’est jamais mort en politique, tant que l’on n’est pas couché dans son cercueil.

La lecture de cet ouvrage permettrait certainement un meilleurs décryptage des personnalités politiques sénégalaises, un chantier à ouvrir…

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