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Trois quarts des Africains doivent obtenir un visa pour voyager dans leur continent, selon Nathalie Delapalme
La directrice générale de la Fondation Mo Ibrahim souligne les obstacles qui freinent encore la mobilité et le commerce intra-africains, malgré les ambitions d’intégration portées par l’Union africaine et la Zlecaf.
 
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(SenePlus) - Dans un entretien accordé au quotidien Le Soleil, publié le 17 juin 2026 et réalisé par le journaliste Daouda Diouf, Nathalie Delapalme, directrice générale de la Fondation Mo Ibrahim, alerte sur les obstacles qui freinent encore l’intégration africaine. À travers le dernier rapport de son organisation consacré à la mobilité et à la connectivité, elle plaide pour une accélération des réformes afin de libérer le potentiel économique du continent.

Près de dix ans après l’adoption du protocole de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes, l’Afrique peine toujours à concrétiser cette ambition. Selon Nathalie Delapalme, seuls quatre pays ont à ce jour ratifié le texte, tandis que près des trois quarts des citoyens africains doivent encore obtenir un visa pour voyager dans un autre pays du continent. Cette situation résulte d’un ensemble de facteurs mêlant préoccupations sécuritaires, craintes liées aux migrations, protection des marchés nationaux de l’emploi et contraintes administratives.

La directrice générale de la Fondation Mo Ibrahim souligne toutefois les avancées enregistrées ces derniers mois. Après le Rwanda, le Bénin et la Gambie, le Togo a annoncé en mai dernier la suppression des visas pour l’ensemble des ressortissants africains. Le Congo-Brazzaville a également pris un engagement similaire pour une mise en œuvre prévue en 2027. Pour elle, ces initiatives constituent des signaux encourageants vers une plus grande mobilité continentale.

Au-delà de la circulation des personnes, Nathalie Delapalme estime que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) représente une opportunité historique pour transformer les économies africaines. D’après les projections citées dans le rapport, sa pleine mise en œuvre pourrait faire passer le commerce intra-africain de 18 % à 53 % et générer jusqu’à 14 millions d’emplois d’ici à 2035. Cependant, plusieurs obstacles continuent de ralentir cette dynamique.

Parmi les principaux freins figurent les barrières tarifaires et non tarifaires. De nombreux États restent dépendants des recettes douanières et hésitent à réduire les taxes sur les échanges. À cela s’ajoutent des réglementations sanitaires divergentes, des normes techniques non harmonisées ainsi que des procédures douanières souvent complexes. Les difficultés liées à la convertibilité des monnaies africaines constituent également un handicap majeur pour les opérateurs économiques.

L’un des constats majeurs du rapport concerne les infrastructures du continent. Nathalie Delapalme rappelle que les réseaux routiers et ferroviaires africains ont historiquement été conçus pour acheminer les matières premières vers les ports d’exportation plutôt que pour connecter les centres économiques africains entre eux. Cette configuration continue de limiter les échanges régionaux et la circulation des personnes.

La responsable de la Fondation Mo Ibrahim relève ainsi qu’il demeure parfois plus simple de relier deux capitales africaines en transitant par des hubs internationaux situés en Europe ou au Moyen-Orient. Selon elle, le développement de réseaux terrestres et aériens mieux intégrés est indispensable pour tirer pleinement parti des ressources humaines et naturelles du continent. Elle estime que les solutions numériques et l’intelligence artificielle, bien qu’utiles, ne pourront à elles seules compenser les déficits d’infrastructures physiques.

Pour accélérer l’intégration africaine, Nathalie Delapalme invite également les décideurs à s’inspirer de certaines expériences internationales. Elle cite notamment l’espace Schengen de l’Union européenne, le régime de résidence du Mercosur en Amérique du Sud ou encore l’approche progressive de l’Asean en Asie du Sud-Est. Ces modèles démontrent, selon elle, qu’une intégration graduelle et adaptée aux réalités régionales peut produire des résultats significatifs.

Enfin, la question monétaire demeure un enjeu central. Face aux coûts élevés liés aux conversions multiples de devises, la Fondation Mo Ibrahim salue les avancées du Système panafricain de paiement et de règlement (Papss), lancé par l’Union africaine et Afreximbank. Ce mécanisme permet aux entreprises d’effectuer leurs transactions en monnaies locales sans recourir systématiquement à une devise étrangère. Si la création d’une monnaie unique continentale reste un objectif de long terme, Nathalie Delapalme juge que des solutions pragmatiques comme le Papss constituent aujourd’hui les outils les plus réalistes pour renforcer les échanges commerciaux africains.

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