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Par El Hadji Amadou Niang
Trump : l’hubris au pouvoir, le monde en péril
EXCLUSIF SENEPLUS - Assistons-nous à une dérive conjoncturelle ou à une mutation profonde du pouvoir, où la démocratie elle-même se trouve confrontée au spectre d’une résurgence de formes modernes de domination personnelle ?
 
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Il est des époques où l’histoire semble s’effondrer, où les nations, pourtant bâties sur le droit et la raison, se laissent entraîner dans les vertiges de la démesure. Les Anciens nommaient cette dérive l’hubris, cette ivresse du pouvoir qui conduit les dirigeants à s’ériger au-dessus des lois, à mépriser les institutions et à ignorer la voix des peuples, jusqu’à précipiter leur propre chute.

Le règne de George III, souverain britannique du XVIIIe siècle issu de la dynastie des Hanovre et figure centrale de l’Empire britannique à son apogée, demeure un exemple saisissant des excès d’un pouvoir sourd aux aspirations des peuples. Son intransigeance et sa conception absolue de l’autorité contribuèrent à la rupture avec les colonies américaines et à la naissance des États-Unis. En refusant d’entendre les revendications légitimes et en imposant une gouvernance rigide, il transforma une tension politique en fracture historique, révélant combien l’orgueil du pouvoir peut engendrer des bouleversements irréversibles.

Des siècles plus tard, Donald Trump, dans un contexte démocratique moderne, semble raviver cette tentation d’un pouvoir centré sur lui-même, où l’autorité portée par l’ego tend à s’affranchir des limites institutionnelles. Là où George III incarnait une monarchie de droit divin, Trump substitue à l’équilibre des pouvoirs une dynamique de confrontation, de personnalisation extrême et de défiance envers les normes établies. Face à cette dérive, un cri s’est élevé avec une force historique rare : « No Kings », symbole des mobilisations massives entre 2025 et 2026. Certains responsables ont même évoqué le recours au 25e amendement de la Constitution américaine, signe d’une tension institutionnelle exceptionnelle et révélatrice d’un déséquilibre profond au sommet de l’État.

Une interrogation s’impose avec acuité : assistons-nous à une dérive conjoncturelle ou à une mutation profonde du pouvoir, où la démocratie elle-même se trouve confrontée au spectre d’une résurgence de formes modernes de domination personnelle ?

I. L’homme de la rupture : langage, pouvoir et désagrégation des normes

Donald Trump n’a pas seulement gouverné, il a bouleversé les codes mêmes de l’autorité. Là où la parole présidentielle se voulait mesure et élévation, il a imposé un langage brut, souvent vulgaire et ordurier, saturé d’insultes et de provocations. Cette violence verbale, loin d’être anodine, a contaminé le débat public, banalisé l’invective et fracturé durablement la société.

Mais cette brutalité du verbe n’est que le reflet d’une réalité plus profonde, car Trump ne s’inscrit pas dans les institutions, il les contourne, les défie et les plie à sa volonté. Le pouvoir cesse d’être un équilibre et devient la projection de l’ego. Sur le plan intérieur, cette logique s’est traduite par des décisions lourdes de conséquences, notamment des coupes drastiques dans les budgets scientifiques et académiques, provoquant des licenciements massifs, un exode de talents et une érosion du savoir.

Parallèlement, la politique migratoire, incarnée par les actions de l’ICE, s’est transformée en un appareil coercitif d’expulsion massive, reléguant progressivement l’État de droit au second plan.

À cette personnalisation extrême du pouvoir s’ajoute une symbolique tout aussi révélatrice : le déplacement implicite du centre de gravité de l’État vers la sphère privée. La résidence de Mar-a-Lago Club s’est imposée comme un lieu récurrent d’exercice du pouvoir, brouillant les frontières entre intérêt public et espace personnel et traduisant une conception patrimoniale de l’autorité. Ainsi se dessine un pouvoir qui ne gouverne plus, mais qui s’impose.

II. Le temps des ruptures : droit international piétiné, peuples sacrifiés et chantage diplomatique

Sur la scène internationale, l’hubris de Donald Trump atteint son paroxysme. Son alignement absolu sur Benjamin Netanyahu a contribué à l’une des crises humanitaires les plus dramatiques de notre époque. À Gaza, plus de 30 000 morts et des dizaines de milliers de blessés témoignent d’une violence extrême, tandis que le Sud Liban et la Cisjordanie demeurent plongés dans des tensions persistantes, souvent qualifiées de violations graves du droit international.

Cette logique d’escalade s’illustre également dans ses prises de position les plus récentes. Le président Donald Trump a de nouveau durci son discours à l’égard de l’Iran, exigeant la réouverture rapide du détroit d’Ormuz avant le mardi 7 mars à 20 heures, sous peine de réduire le pays « à l’âge de pierre ». Une telle menace, d’une extrême gravité, s’inscrit dans une dynamique de confrontation directe. Si elle venait à se concrétiser, elle pourrait non seulement embraser durablement la région, mais également exposer Trump et son allié Benjamin Netanyahu à un risque majeur de discrédit, voire de disparition politique, tant les conséquences humaines, juridiques et géopolitiques seraient considérables.

Ses menaces répétées envers le Venezuela, l’Iran et le Groenland traduisent une diplomatie fondée sur le chantage et l’intimidation. Cette approche s’étend également à ses alliés traditionnels, qu’il n’hésite pas à critiquer ou à soumettre à des pressions économiques et politiques.

Cette personnalisation du pouvoir atteint son paroxysme dans le choix de ses négociateurs. En lieu et place de diplomates expérimentés, Donald Trump a confié des missions stratégiques à des proches issus de son cercle intime, notamment Jared Kushner et Steve Witkoff, illustrant une conception du pouvoir où la loyauté personnelle prime sur la compétence.

Cette posture s’accompagne d’un retrait du multilatéralisme et d’une remise en cause des institutions internationales, fragilisant durablement l’ordre mondial.

III. Répercussions mondiales : paix et sécurité internationale en péril

La politique de Donald Trump fragilise profondément l’ordre international. L’accumulation des tensions, des menaces et des confrontations accentue les risques d’escalade globale.

Le recours constant au chantage diplomatique et aux pressions militaires affaiblit les alliances, marginalise le multilatéralisme et rend la paix mondiale de plus en plus précaire. Les crises humanitaires se multiplient, les sociétés se fracturent et les institutions se fragilisent.

Le monde devient ainsi le théâtre d’une instabilité croissante, où la sécurité internationale vacille sous le poids d’un pouvoir dominé par l’hubris.

Conclusion : le jugement de l’histoire et l’éveil des peuples

L’ère de Donald Trump constitue un moment de vérité pour les démocraties et le droit international. La menace, le chantage et la personnalisation du pouvoir traduisent une gouvernance où la force supplante la loi.

Face à cette dérive, les peuples répondent. Le cri « No Kings » incarne une résistance universelle à l’arbitraire.

Les peuples accepteront-ils que l’hubris devienne la norme, ou sauront-ils réaffirmer la primauté du droit, de la justice et de la dignité humaine ?                                                                       

M. El Hadji Amadou Niang est docteur en droit international,  est ancien fonctionnaire international à l’Organisation de l’Unité Africaine et au secrétariat général de l’ONU, ancien Ambassadeur du Sénégal et consultant international de haut niveau.

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