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Une bibliothèque pour réconcilier les Sénégalais avec leurs langues
La bibliothèque Teere ak Teraanga (« livre et hospitalité ») , première structure sénégalaise entièrement consacrée aux ouvrages rédigés dans au moins une langue africaine, a célébré, samedi 4 juillet 2026, son premier anniversaire.
 
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1006403
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La bibliothèque Teere ak Teraanga (« livre et hospitalité ») , première structure sénégalaise entièrement consacrée aux ouvrages rédigés dans au moins une langue africaine, a célébré, samedi 4 juillet 2026, son premier anniversaire. 

La cérémonie ponctuée d’hommages, d’un panel de haut niveau et d’un vibrant plaidoyer en faveur des langues nationales s’est tenue dans un contexte où celles-ci, pourtant parlées par la grande majorité des Sénégalais, restent encore insuffisamment valorisées dans les sphères éducatives, culturelles et éditoriales. Universitaires, magistrats, écrivains, éditeurs et acteurs culturels ont pris part à cette rencontre. L'un des moments marquants de la journée a été l'hommage rendu à la linguiste et pionnière des langues nationales, Aram Fal, figure emblématique de la codification et de la promotion des langues africaines au Sénégal. Autre autre moment chargé d’émotion, le témoignage de l'ancien magistrat et ancien Médiateur de la République, Ousmane Camara, lu par sa fille, la professeure Fatou Kiné Camara, secrétaire générale de l'Association Culturelle pour la La cérémonie s'est poursuivie avec un panel consacré au thème : « L'édition en langues africaines : enjeux, défis et perspectives », animé par le journaliste de l'Agence de Presse Sénégalaise (APS), Aboubacar Demba Cissokho. 

UNE INITIATIVE PIONNIÈRE 

Pour la professeure Fatou Kiné Camara, cette bibliothèque est une première au Sénégal. Teere ak Teraanga rassemble exclusivement des ouvrages publiés en langues nationales notamment en wolof, en sérère ou en pulaar, afin de faire découvrir au grand public, une production littéraire encore insuffisamment connue.

Selon elle, l'ambition dépasse la simple conservation des ouvrages. Il s'agit aussi de développerle goût de la lecture dans les langues africaines et d'inciter les pouvoirs publics à soutenir davantage l'édition dans ces langues. La juriste regrette que les livres publiés en langues nationales restent difficilement accessibles dans les librairies, malgré plusieurs décennies d'efforts consentis par leurs promoteurs. 

ARAM FAL, LA PIONNIÈRE SALUÉE 

Revenant sur le choix de rendre hommage à Aram Fal, Fatou Kiné Camara a rappelé que la linguiste a joué un rôle déterminant dans la codification des langues nationales, grâce à son engagement au sein de l'IFAN et de l'Organisation sénégalaise d'appui au développement (OSAD), qui a très tôt publié des ouvrages en langues nationales dans les domaines des sciences, de la littérature et de la culture. Pour elle, inaugurer officiellement une bibliothèque consacrée aux langues africaines sans saluer celle qui « a tracé le chemin » aurait été inconcevable. 

L’IMPÉRATIF DE LA FORMATION 

La secrétaire générale de l'ACRA reconnaît toutefois que les défis restent nombreux. Malgré des cours gratuits de lecture et d'écriture en wolof, en sérère et en pulaar proposés aux enfants, la fréquentation est faible. Elle espère que la médiatisation de l'initiative contribuera à attirer davantage de jeunes vers cette bibliothèque.

Au-delà de la littérature, Fatou Kiné Camara plaide pour le développement de lexiques scientifiques et techniques en langues nationales. Enseignante en droit, elle dit rêver du jour où cette discipline pourra être enseignée en wolof, en pulaar ou en sérère, estimant qu'« on ne peut pas être Africain et considérer que le savoir ne peut s'acquérir que dans une langue étrangère ». Elle salue également le travail réalisé parle magistrat Ahmed Diouf dans l'élaboration d'un lexique juridique wolof-français destiné aux interprètes des juridictions. 

L’URGENCE D’UNE POLITIQUE PUBLIQUE DE L'ÉDITION 

Le magistrat et écrivain Ahmed Diouf, spécialiste de la terminologie juridique, estime pour sa part que les difficultés de l'édition en langues nationales trouvent leur origine dans l'absence d'une véritable politique publique. Selon lui, le Sénégal doit se doter d'une stratégie nationale définissant des objectifs, des moyens adaptés et une vision claire pour développer le secteur de l'édition.

Il a insisté également sur la nécessité d'initier les enfants à la lecture dès le plus jeune âge, tout en considérant le numérique comme un complément plutôt qu’un concurrent du livre. Pour Ahmed Diouf, le coût élevé des ouvrages, l’absence de mécanismes fiables de suivi des ventes et la faible protection économique des auteurs sont autant de freins au développement de la lecture et de la création littéraire.

Abordant la question juridique, le magistrat a rappelé qu'aucune disposition constitutionnelle n'interdit l'enseignement des langues nationales. Si la Constitution, fait du français la langue officielle de l'administration, elle n’empêcher nullement la transmission des savoirs dans les langues nationales codifiées, qu'il considère comme un puissant levier de construction identitaire et d'accès aux connaissances. 

MIEUX DIFFUSER LES ŒUVRES 

Représentant la professeure Aram Fal, Ndèye Codou Ndiaye, enseignante au Centre d'Études des Sciences et Techniques de l'Information (CESTI), directrice de la maison d'édition Edjo et membre fondatrice d'un média entièrement en wolof, estime que le combat pour la valorisation des langues nationales doit désormais se concentrer sur une meilleure diffusion des ouvrages et le respect des règles d'écriture codifiées. Selon elle, les livres publiés en langues nationales doivent bénéficier de la même visibilité que ceux édités en langues étrangères. Elle appelle également à créer des prix littéraires consacrés aux œuvres en langues nationales, à offrir davantage de livres en langues africaines et à promouvoir la lecture auprès des jeunes en tenant compte de leurs nouvelles habitudes numériques. Très émue de représenter Aram Fal lors de cette cérémonie, Ndèye Codou Ndiaye a estimé que cet hommage est pleinement mérité pour une femme qui, pendant plusieurs décennies, a consacré son parcours à la promotion, à la codification et à l'édition en langues nationales. Au terme de cette journée anniversaire, Teere ak Teraanga a confirmé son ambition de devenir bien davantage qu'une bibliothèque mais un véritable espace de transmission, de sauvegarde et de rayonnement des langues africaines. Toutes les interventions ont convergé vers la même conviction. Sans une politique publique volontariste, un meilleur soutien à l'édition et une intégration accrue des langues nationales dans l'enseignement, le riche patrimoine linguistique du Sénégal continuera de peiner à occuper la place qui lui revient dans le développement culturel et éducatif du pays. 

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