Dans certains villages de Kolda, l’éducation des jeunes filles demeure un défi majeur. Mariages précoces, grossesses non désirées, abandon scolaire… Ces réalités continuent de compromettre l’avenir de nombreuses adolescentes. Mais au milieu de ce tableau sombre, une jeune femme a choisi de tracer une autre voie : Assy Diamanka.
Orpheline de père très tôt, Assy aurait pu connaître le même destin que bien des filles de sa région. Pourtant, elle a tenu tête aux traditions et poursuivi sa scolarité jusqu’à l’université, devenant la première bachelière de son village. Un exploit rendu possible grâce à la détermination d’une mère aux moyens modestes, mais animée par une foi inébranlable en l’éducation.
C’est en découvrant le développement personnel et le leadership qu’Assy a véritablement pris conscience de son potentiel. Ces outils lui ont permis de mieux se connaître, de renforcer sa confiance et de développer une vision pour sa communauté. Convaincue que chaque fille mérite une chance, elle s'investit pleinement pour plaider la cause de ses soeurs notamment lorsqu'elle intègre le centre ado et intègre le Club des jeunes filles leaders, une initiative pionnière dans la région.
Ce club repose sur un pacte moral entre les adolescentes et leurs parents : les premières s’engagent à ne pas tomber enceintes avant la fin de leurs études, tandis que les seconds promettent de ne pas marier leurs filles précocement.
Résultat : parmi les quelque 2 000 adhérentes, très peu ont été mariées jeunes ou contre leur gré. La majorité a pu poursuivre ses études, accéder à un emploi et bâtir sa vie sur des bases solides.
Mais Assy ne s’est pas arrêtée là. Consciente que toutes les filles ne peuvent pas aller à l’école, elle a aussi organisé des formations pour les jeunes filles non scolarisées, dans des métiers comme la couture, la coiffure ou la transformation agroalimentaire. Objectif : leur offrir des activités génératrices de revenus et renforcer leur autonomie économique.
Pourtant, les débuts furent loin d’être simples. Dans un environnement conservateur, Assy était perçue comme une menace. On l’accusait de « pervertir les jeunes filles » avec des idées venues d’ailleurs. Elle osait prendre la parole en public, dénoncer l’excision et défendre l’éducation des filles. Une audace qui, aujourd’hui, force le respect.
Les mêmes parents qui la critiquaient autrefois la félicitent désormais. Leurs filles, devenues enseignantes, infirmières, entrepreneures ou militantes, incarnent la promesse d’un avenir meilleur pour la région.
Récemment invitée à Dakar, au Musée des Civilisations Noires, pour participer à un panel sur la paix, la sécurité et le développement durable, Assy Diamanka a une fois de plus prouvé que son combat dépasse désormais les frontières de son village natal.
Nous l’avons rencontrée en marge de cet événement pour SenePlus TV.