(SenePlus) - Réunissant gouverneurs, préfets, présidents de conseils départementaux et maires, le chef de l'État a présenté ce jeudi les quatre orientations d'une réforme censée transférer davantage de ressources et de compétences aux collectivités locales.
Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a présidé ce jeudi 2 juillet 2026 la rencontre nationale des exécutifs territoriaux, un rendez-vous consacré au lancement officiel de l'acte 4 de la décentralisation et à la réforme des pôles territoires. Devant le Premier ministre, les ministres, les gouverneurs, les préfets, les présidents de conseils départementaux, les maires et les représentants des partenaires techniques et financiers, le chef de l'État a salué celles et ceux qui portent chaque jour le destin concret des territoires, qu'il a désignés comme les premiers serviteurs de la République, précisant que c'est à leur contact que l'État cesse d'être une abstraction
Le président a rattaché la création des pôles territoires à la dynamique de changement systémique dans laquelle le pays s'est engagé, en présentant l'Agenda national de transformation Sénégal 2050 comme le référentiel qui donne à ces pôles une place décisive, conçus comme le moteur d'un développement endogène capable de réveiller la compétitivité économique de chaque territoire à partir de ses potentialités propres.
Il a insisté sur la méthode retenue, affirmant que la transformation attendue ne se décrète pas depuis Dakar mais se construit avec les acteurs locaux, au plus près des réalités et des urgences des populations. Il a d'ailleurs rappelé avoir instruit le ministre chargé des collectivités territoriales de mener des concertations élargies sur l'ensemble du territoire afin de partager les propositions de réforme, un processus qui a mobilisé près de 3 000 acteurs (élus, services déconcentrés, secteur privé, société civile) sur deux mois, selon ses propres chiffres.
Le chef de l'État a également annoncé vouloir inscrire ce cadre de dialogue dans la durée, à l'image de la journée nationale de la décentralisation, en repensant son format pour mieux accompagner la mise en œuvre de l'acte 4.
Quatre orientations et la question sensible des ressources
Reconnaissant les avancées des précédents actes de décentralisation, Diomaye Faye a néanmoins pointé des compétences restées fragmentées et des ressources jugées insuffisantes, à l'origine d'un sentiment persistant d'éloignement de l'État chez de nombreux citoyens. Il a présenté l'acte 4 non comme une simple réforme administrative mais comme un acte fondateur et de confiance, articulé autour de quatre orientations : la modernisation de l'organisation territoriale, le renforcement de l'équité et de l'ingénierie territoriale, l'augmentation des moyens financiers des collectivités, et la promotion de la coopération et de la mutualisation entre territoires.
Sur le volet financier, le président a salué la progression des ressources transférées aux collectivités ces quatre dernières années, tout en reconnaissant que le financement de la décentralisation demeure un chantier majeur. Il a indiqué avoir instruit le gouvernement, en lien avec les ministères des Finances et des Collectivités territoriales, à examiner les voies d'amélioration progressive de ces ressources, avec en perspective une réforme du fonds de dotation de la décentralisation et du fonds d'équipement des collectivités territoriales. Il a évoqué la possibilité, à mesure que les marges budgétaires du pays s'amélioreront, d'une révision du mécanisme d'indexation sur la TVA, ainsi qu'une modernisation de la fiscalité locale.
Concernant les pôles territoires eux-mêmes, le chef de l'État a tenu à clarifier leur statut : il ne s'agit pas d'un nouvel échelon de collectivité ni d'une structure qui supprime ou remplace les ordres existants, mais d'un instrument de coordination et de mutualisation destiné à intervenir là où l'action isolée des collectivités atteint ses limites, en particulier pour la planification intégrée, les investissements structurants et la mobilisation de financements.
Il a enfin qualifié la territorialisation des politiques publiques de choix politique et moral, liant justice sociale et justice territoriale, avant de féliciter le ministre chargé des collectivités territoriales pour la conduite du processus de concertation, et d'annoncer le passage prochain à la phase opérationnelle de la réforme, une fois les propositions issues des concertations validées.