(SenePlus) - Au-delà des paillettes et des médailles, le sport sénégalais cache une réalité amère. Si les récents déboires de l'équipe nationale de football ont accaparé l'attention médiatique, une enquête publiée par Sport News Africa donne la parole aux athlètes des autres disciplines. Leurs témoignages, parfois anonymes, dressent le portrait d'un système défaillant où primes impayées et manque d'infrastructures brisent les vocations.
Dans un article poignant signé Adja Cissé et publié par Sport News Africa, vendredi 10 juillet, le voile se lève sur l'envers du décor du sport de haut niveau au Sénégal. Alors que l'attention publique s'est récemment focalisée sur les primes et la situation contractuelle du sélectionneur de football Pape Thiaw, suite à l'élimination des Lions de la Teranga en Coupe du monde, d'autres voix se font entendre. Dans le sillage de l'international Pape Gueye, qui a ouvertement critiqué l'accompagnement des sportifs, des athlètes issus de diverses disciplines ont choisi de briser le silence.
Qu'ils soient judokas, boxeurs, athlètes ou handballeuses, tous décrivent un quotidien aux antipodes du glamour des podiums internationaux. Sport News Africa rapporte une accumulation de dysfonctionnements : « Stages annulés, équipements difficiles à obtenir, déplacements financés sur fonds propres ou encore absence de suivi ». Pour beaucoup, la recherche de la performance sportive est supplantée par une lutte permanente pour la simple survie matérielle.
L'amertume des champions
Mbagnick N’diaye, figure de proue du judo sénégalais et champion d'Afrique en 2023, est l'un des rares à s'exprimer à visage découvert. Son constat est sans appel. Il dénonce une gestion logistique défaillante qui parasite la concentration des sportifs, jusque dans les compétitions les plus prestigieuses. « Il arrive encore que des sportifs aient à gérer eux-mêmes des problèmes d'organisation, d'équipement, de logistique, etc. J'en ai moi-même fait l'expérience pendant les JO de Paris, où je n'avais pas mes équipements », confie-t-il à Sport News Africa.
Pire encore, la reconnaissance financière de ses exploits se fait toujours attendre : « En 2023, j’ai remporté les Championnats d'Afrique de judo. Jusqu'à présent, je n’ai toujours pas reçu mes primes. » Une amertume partagée par le boxeur Karamba Kébé, champion d'Afrique en 2024, qui souligne le manque criant d'accompagnement de sa fédération. Ce dernier pointe du doigt un déséquilibre flagrant dans la répartition des ressources nationales, regrettant que « le football reste naturellement le sport le plus médiatisé » au détriment des autres disciplines qui font pourtant rayonner le Sénégal.
La loi de l'omerta et le poids des dépenses personnelles
Si certains acceptent d'être cités, d'autres se murent dans l'anonymat, craignant des représailles. Une internationale de handball révèle ainsi l'annulation brutale d'un stage de préparation pour la Coupe d'Afrique des Nations 2024, justifiée par un « manque soudain de budget », ainsi que des primes non versées. La situation est telle que « certaines d’entre nous ont pensé à quitter la sélection », avoue-t-elle à Sport News Africa.
Le constat est identique dans l'athlétisme. Un athlète anonyme dénonce une préparation qui « repose presque entièrement sur l’athlète », obligé de financer lui-même stages, matériel et soins. Des conditions précaires qui font écho au désespoir de la kayakiste Combe Seck, qui s'est récemment épanchée sur LinkedIn : « Je vends des maillots et d’autres articles pour pouvoir payer mes transports et continuer à avancer. »
En conclusion de son enquête, Adja Cissé rappelle le combat tragique de Kéné Ndoye. La double olympienne s'est battue jusqu'à son décès en 2023 pour obtenir le versement de ses primes. Plus de vingt ans après ses premières alertes, les témoignages recueillis prouvent que le malaise du sport sénégalais est toujours d'une brûlante actualité.