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Le « masque blanc » du noir : viyé Diba relit Frantz Fanon
Le combat de Fanon, à travers cette métaphore des “masques blancs sur peau noire”, pose toute la problématique de la mutation que nous avons subie. Mais après la mutation, que se passe-t-il ? Va-t-on rester éternellement dans une phase de transition ?
 
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  • https://www.youtube.com/watch?v=xUoScYmyH1k

En marge du colloque international consacré à Frantz Fanon, organisé à Dakar à l’occasion du centenaire de sa naissance, nous avons rencontré le grand artiste plasticien Viye Diba. Il est revenu sur l’œuvre du militant panafricaniste et anticolonialiste, disparu très tôt mais dont l’héritage intellectuel demeure immense. 

Lancé dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe et dans les Amériques, le centenaire de la naissance de Frantz Fanon a connu son point culminant à Dakar, avec un colloque international de quatre jours tenu au Musée des Civilisations Noires. Pour Viye Diba, le choix de Dakar pour clore cette année de commémoration s’impose presque naturellement. 

« Dakar a joué un rôle central dans l’histoire de la pensée contemporaine africaine, à travers des figures majeures comme Alioune Diop, Léopold Sédar Senghor, Cheikh Anta Diop, Mamadou Dia, et aujourd’hui Ousmane Sonko. Dakar, c’est avant tout un foyer intellectuel, avec de grandes universités, de grandes publications, des événements majeurs comme la Biennale de Dakar, de grands écrivains tels qu’Aminata Sow Fall ou Boubacar Boris Diop, et de grands penseurs comme Souleymane Bachir Diagne ou Felwine Sarr. C’est un véritable creuset intellectuel, mais aussi un pays de refus. N’oublions pas que Dakar fut la capitale de l’AOF, l’un des points focaux de la “berlinisation”. D’un point de vue symbolique, c’est extrêmement fort. » 

Revenant sur l’œuvre de Frantz Fanon, Viye Diba souligne que le psychiatre anticolonialiste est avant tout le produit d’un contexte historique particulier. 

« Fanon, c’est d’abord une époque. Ce sont les contextes qui fabriquent les hommes. Né en 1925 et mort en 1961 à l’âge de 36 ans, Fanon traverse une période charnière, entre l’après-Première et l’après-Seconde Guerre mondiale. 

Cette séquence historique est marquée par une prise de conscience profonde des Noirs, aussi bien dans la diaspora que sur le continent africain. C’est le moment où émergent les grandes idées : négritude, panafricanisme, décolonisation. Fanon a su maîtriser l’esprit de son temps, un esprit de conscience du fait colonial et de remobilisation pour la libération. »

 Viye Diba revient également sur l’idée centrale de Peau noire, masques blancs, en interrogeant la persistance de formes de domination coloniale plusieurs décennies après les indépendances africaines. Il reconnaît toutefois la complexité du système colonial. « La colonisation est un système extrêmement intelligent et bien organisé, dont on ne se débarrasse pas facilement sans réflexion profonde. Le colon s’est d’abord attaqué à ce que nous avons de plus fondamental : la culture. Dès lors que l’on banalise la culture de quelqu’un, on peut tout faire de lui. » 

En tant qu’artiste plasticien, Viye Diba accorde une attention particulière à la puissance symbolique du masque. « Peau noire, masques blancs parle d’un personnage composite. Le masque cache une réalité pour en afficher une autre, empruntée. Mais le masque a une temporalité : on ne le porte pas éternellement. La question, pour moi, est de savoir quand et comment s’en débarrasser. Quand devenons-nous pleinement nous-mêmes ? Il y a une dimension presque parabolisante dans cette image, que je trouve absolument fascinante. » 

Selon lui, les défis contemporains de l’Afrique ne peuvent plus être imputés uniquement au colonisateur. « Aujourd’hui, les problèmes de l’Afrique ne sont pas seulement ceux du colon : nous sommes aussi responsables, en partie, de notre propre situation. Le combat de Fanon, à travers cette métaphore des “masques blancs sur peau noire”, pose toute la problématique de la mutation que nous avons subie. Mais après la mutation, que se passe-t-il ? Va-t-on rester éternellement dans une phase de transition ou parvenir, à un moment donné, à une réalité tangible ? Fanon nous invite précisément à nous débarrasser de ce masque. »#FrantzFanon#PeauNoireMasquesBlancs#ViyeDiba #PenséeDécoloniale#Colonialisme #Décolonisation #CultureAfricaine #IntellectuelsAfricains#CentenaireFanon #Dakar

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