(SenePlus) - Le limogeage d'Ousmane Sonko par le président Bassirou Diomaye Faye ne constitue pas une rupture dans l'histoire politique sénégalaise, mais s'inscrit au contraire dans une longue tradition de rivalités entre chefs de l'État et Premiers ministres. C'est l'analyse développée par le journaliste Mehdi Ba dans un article publié ce 5 juillet 2026 par Jeune Afrique.
Selon Mehdi Ba, la crise qui oppose aujourd'hui les deux anciens alliés de Pastef illustre un schéma récurrent depuis l'indépendance. Lorsque le Premier ministre acquiert une stature susceptible de concurrencer le président, il finit généralement par être écarté. Cette logique explique, selon lui, les nombreuses suppressions de la fonction de Premier ministre ou les choix répétés de titulaires considérés comme politiquement peu menaçants.
L'article remonte jusqu'à la confrontation entre Léopold Sédar Senghor et Mamadou Dia en 1962. Après cette crise institutionnelle majeure, le Sénégal adopte un régime présidentiel et supprime temporairement le poste de Premier ministre. Celui-ci ne réapparaît qu'en 1970 avec la nomination d'Abdou Diouf, dont la loyauté envers Senghor lui permet de conserver la fonction pendant près de onze ans avant de succéder à son mentor à la présidence.
Cette méfiance envers un potentiel successeur se retrouve également sous Abdou Diouf, qui supprime à son tour la primature après son élection de 1983, avant de la rétablir plusieurs années plus tard. Mais c'est surtout sous Abdoulaye Wade que cette tension devient particulièrement visible. D'abord avec Moustapha Niasse, rapidement évincé, puis avec Idrissa Seck et Macky Sall, deux anciens proches devenus des rivaux politiques après leur passage à la primature. Le second ira jusqu'à battre Wade lors de l'élection présidentielle de 2012.
L'auteur souligne que Macky Sall a lui aussi cherché à limiter l'émergence d'un successeur en supprimant le poste de Premier ministre en 2019, avant de le rétablir en 2022 avec la nomination d'Amadou Ba, lequel deviendra ensuite son candidat à la présidentielle de 2024 dans un contexte marqué par des divisions internes.
Pour Mehdi Ba, la désignation, en mai 2026, du technocrate Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô après le départ d'Ousmane Sonko s'inscrit dans cette même logique : privilégier un collaborateur sans base politique susceptible de faire de l'ombre au chef de l'État.
L'analyse de Jeune Afrique rejoint celle de plusieurs spécialistes des institutions sénégalaises, qui rappellent que la Constitution a été modifiée à plusieurs reprises depuis l'indépendance, alternant entre suppression et rétablissement de la fonction de Premier ministre en fonction des équilibres politiques du moment. Les révisions constitutionnelles de 1983, 1991, 2019 et 2022 témoignent de cette évolution, où la primature apparaît autant comme un instrument de gouvernance que comme un enjeu de succession au sommet de l'État.