(SenePlus) - Le Pool judiciaire financier (PGF) du Sénégal a traité 615 dossiers et ordonné 1 090 arrestations depuis son installation, permettant de recouvrer 36 milliards 417 millions de francs CFA sous forme de saisies et de cautionnements. Ces chiffres ont été révélés par le président de l’Union des magistrats sénégalais (UMS), Cheikh Ba, lors de son passage à l'émission JDD sur la chaîne Itv Sénégal. Le magistrat a également fait état de la saisie de 115 véhicules et de 20 titres fonciers au cours de ces deux années d'exercice, illustrant l'activité de cette juridiction spécialisée dans la lutte contre la criminalité financière.
Face aux critiques dénonçant une présumée lenteur ou une instrumentalisation politique du PGF, le président de l'UMS a défendu l'efficacité et l'indépendance de ses collègues. Il a précisé que les dossiers traités par le pool proviennent directement des rapports des corps de contrôle de l'État, dénombrant notamment 59 saisines issues de la CENTIF, 13 de l'OFNAC, 9 de l'Inspection générale d'État (IGE) et 6 de la Cour des comptes. Selon lui, les magistrats financiers travaillent avec un effectif minimal face à un volume de dossiers d'une grande complexité technique.
Le magistrat a également profité de cette tribune pour clarifier une récente affaire médiatisée impliquant le fils d'un de ses confrères, accusé à tort dans la presse d'avoir dérobé 25 millions de francs CFA dans l'armoire parentale. Tout en confirmant que les mineurs concernés ont été jugés et condamnés conformément à la loi, Cheikh Ba a réaffirmé la probité de ce magistrat proche de la retraite et a déploré les amalgames ayant visé le procureur financier. Cet événement a servi de point d'appui pour rappeler la responsabilité qui doit accompagner la liberté d'expression au Sénégal, invitant les acteurs des médias à éviter les dérives et le traitement sensationnel des dossiers judiciaires.
Sur le plan institutionnel, le président de l'UMS a qualifié la récente décision du Conseil constitutionnel de rejeter une loi parlementaire de preuve de la vitalité démocratique du pays. Il a rappelé que la séparation des pouvoirs au Sénégal repose sur l'équilibre et la collaboration, et non sur un cloisonnement absolu. Il a défendu l'usage technique de la notion d'incompétence par les hautes juridictions, expliquant qu'elle découle strictement du respect des textes constitutionnels et territoriaux, et non d'une incapacité des juges à statuer.
La situation opérationnelle de la magistrature reste toutefois marquée par un déficit criant de personnel. Le Sénégal compte moins de 450 magistrats en activité pour une population estimée à 18 millions d'habitants, ce qui représente une charge moyenne de 600 dossiers par magistrat. Pour pallier cette surcharge, Cheikh Ba a indiqué que l'UMS fonde de fortes attentes sur le programme de dématérialisation des procédures porté par la Chancellerie, ainsi que sur le renforcement de la formation continue des magistrats face aux mutations technologiques comme l'intelligence artificielle.
L'Union des magistrats sénégalais, fondée en 1969, réaffirme par la voix de son dirigeant son statut d'association de droit privé dédiée à la défense des intérêts matériels et moraux de la corporation, et non de syndicat. Le président Ba a conclu en réitérant la volonté de l'organisation d'ouvrir l'institution judiciaire à l'opinion publique afin de mieux faire comprendre les mécanismes du droit et de renforcer la confiance des citoyens envers le système judiciaire national.