(SenePlus) - Le président du conseil d'administration de l'APIX était l'invité de l'émission "Objection" sur Sud FM ce dimanche 28 juin 2026. Face à une économie sous pression et des institutions en tension, il a déroulé un plan de sortie de crise sans détours.
Le Sénégal est à la croisée des chemins. C'est en substance le message que Lansana Gagny Sakho, président du conseil d'administration de l'APIX et membre de Pastef, a délivré sur le plateau de l'émission Objection de Sud FM. Prenant soin de distinguer sa casquette de citoyen de celle de militant, il a formulé trois priorités qu'il juge non négociables pour éviter à son pays une spirale de blocage économique et institutionnel.
Urgence numéro un : signer avec le FMI sans attendre
Premier diagnostic, premier remède. Avec un taux d'endettement avoisinant 132 % du PIB — l'un des plus élevés d'Afrique subsaharienne —, le Sénégal ne peut plus se permettre de tergiverser face au Fonds monétaire international. « C'est comme un père de famille qui gagne 100 francs et qui a un train de vie de 132 francs. Il n'a aucune marge de manœuvre », a imagé Lansana Gagny Sakho.
Il le dit sans ambages : le pays aurait dû signer un programme dès le lendemain des élections de 2024. Le délai accumulé a coûté cher, comme la dégradation de la notation souveraine, le renchérissement du coût d'emprunt, la fuite des investisseurs. « Les conditions auraient été beaucoup plus douces. Ça nous aurait évité cette grande prudence des investisseurs qui se posent beaucoup de questions. »
À ceux qui agitent le spectre de la souveraineté, il répond point par point. Le FMI ne demande pas seulement de couper des subventions : il exige davantage de transparence dans la gouvernance, une rationalisation des 160 entités parapubliques du pays — dont beaucoup font double emploi — et une discipline budgétaire que le bon sens commanderait d'appliquer avec ou sans le Fonds. « Je ne vois pas l'Assemblée nationale accompagner le pouvoir exécutif dans ce sens ? Ce serait pourtant dans l'intérêt supérieur de la nation. »
Sur l'énergie, sujet de crispation central dans les négociations, il pointe une contradiction structurelle : le Sénégal cumule l'une des subventions les plus élevées de la sous-région et le prix du kilowattheure le plus cher. La solution passe, selon lui, par un ciblage des subventions, une réforme en profondeur de la Senelec et une libéralisation partielle de la distribution, sur le modèle ivoirien de la Sodeci, qui affiche les coûts d'énergie les plus bas de la région. « Ce qui est important à la fin de la journée, c'est combien coûte le prix du kilowatt. Pas si c'est contrôlé par des étrangers ou par des Sénégalais. »
Urgence numéro deux : rompre réellement avec l'ancienne gouvernance
La deuxième urgence est plus politique qu'économique, et donc, à ses yeux, plus difficile à tenir. Lansana Gagny Sakho est formel : sans rupture réelle dans la gouvernance des agences d'exécution, le plan Sénégal 2050 restera lettre morte. Ces agences sont les bras opérationnels de l'État. Si elles ne délivrent pas, aucune vision présidentielle ne se concrétisera.
Il appelle à une généralisation des appels à candidature pour les postes de direction, assortis de véritables contrats de performance. Le président de la République lui-même, rappelle-t-il, est revenu sur ce sujet lors du Conseil des ministres du 6 juin, conscient que les résultats tardent. « Quelle que soit la volonté du président de la République, si en bout de chaîne les agences qui sont opérationnelles ne délivrent pas, ce plan ne fonctionnera pas. »
Il va plus loin, et c'est l'une de ses critiques les plus directes au régime actuel : certaines pratiques dénoncées sous l'ancien régime ont tout simplement perduré. « Ce qui se faisait exactement dans l'ancien régime et qu'on a dénoncé, il faut le dire, est toujours de cours. » Un constat qui explique, selon lui, le désarroi d'une partie de l'électorat de Pastef, composé à 80 % de non-militants qui avaient voté pour le changement, pas pour la continuité.
Urgence numéro trois : instaurer une vraie reddition des comptes
Troisième priorité, la plus symboliquement chargée. Lansana Gagny Sakho n'a pas éludé la question de la responsabilité publique. Pour lui, la reddition des comptes n'est pas un slogan de campagne, c'est le ciment de la confiance entre l'État et les citoyens, et la condition sine qua non pour que les investisseurs croient à la durabilité des réformes.
Sa formule frappe par sa franchise : « Nous avons criminalisé l'homosexualité. C'est le détournement de deniers publics qu'il faut criminaliser. » En d'autres termes, l'énergie judiciaire et législative du pays doit être réorientée vers ce qui grève réellement les finances publiques et brise la confiance des partenaires.
Cette exigence vaut aussi pour la crise institutionnelle entre l'exécutif et le législatif. Sur la révision constitutionnelle, il note que les deux textes en présence — celui porté par la présidence et celui de l'Assemblée nationale — convergent sur l'essentiel : réduction de l'hyperpresidentialisme, renforcement du Parlement, meilleur encadrement du Premier ministre. « La trame est la même. Les deux parties auraient pu s'asseoir et discuter. » Un vote unilatéral, à ses yeux, ne résoudra rien et alimentera une défiance déjà profonde.
Le temps presse
Derrière ces trois urgences, une horloge tourne. « Il nous reste trois ans », rappelle Lansana Gagny Sakho, avant les élections locales puis la prochaine présidentielle. Les Sénégalais qui ont porté Pastef au pouvoir — ces millions de citoyens sans carte de parti — observent, et leur patience n'est pas illimitée. « On a vendu de l'espoir. Il ne faut pas l'oublier. »
L'espoir, justement, il dit ne pas y avoir renoncé. Mais il le conditionne à une chose : que le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif acceptent enfin de se parler, de dépasser leurs rivalités et de placer les priorités du Sénégal avant leurs ambitions respectives. « Ce pays ne peut pas continuer à être bloqué. La situation économique est extrêmement difficile. »