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60 ans de Joal-Fadiouth, entre mémoire de Senghor et urgences de développement
Si l’événement se voulait une célébration de l’unité et du patrimoine, il a été le théâtre d’une passe d’armes remarquée entre la ministre de la Jeunesse et des sports, Khady Diène Gaye, et la maire de la commune, Aïssatou Sophie Gladima
 
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Alors que Joal Fadiouth célébrait le lancement officiel de son soixantenaire ce samedi, l’unité affichée en façade a rapidement volé en éclats. Entre la ministre de la Jeunesse et des sports et la maire, le protocole a laissé place à un duel oratoire musclé. Entre reproches sur la gestion du foncier sportif et rappel à l’ordre sur la ponctualité, le lancement des festivités a révélé les profondes lignes de fracture politique qui traversent la cité de Senghor.

La cité de Senghor a officiellement lancé, ce samedi, les festivités marquant son soixantenaire. Si l’événement se voulait une célébration de l’unité et du patrimoine, il a été le théâtre d’une passe d’armes remarquée entre la ministre de la Jeunesse et des sports, Khady Diène Gaye, et la maire de la commune, Aïssatou Sophie Gladima. Entre querelles de protocole et divergences sur l’aménagement urbain, le dialogue entre les deux figures locales a oscillé entre piques acérées et appels à la concertation. Le lancement du soixantenaire de la commune de Joal Fadiouth, terre de culture et d’histoire, ne sera pas passé inaperçu. Derrière l’évocation nostalgique du passé et les projections vers l’avenir, le protocole a laissé place à une tension palpable entre deux figures politiques majeures de la localité.

Une entrée en matière offensive

Arrivée après l’ouverture officielle, la ministre de la Jeunesse et des sports, Mme Khady Diène Gaye, a ouvert les hostilités en interpellant directement la première magistrate de la ville. Tout en réaffirmant son attachement viscéral à sa commune d’origine, la ministre a pointé du doigt certaines difficultés, notamment le blocage du projet de plateau sportif multifonctionnel. «Vous m’avez répondu que la commune ne dispose pas de 3000 m² pour abriter un plateau... mais continuons à chercher», a lancé la ministre, avant d’aborder le dossier sensible des «Navétanes» (championnats populaires), à l’arrêt depuis deux saisons. «Nous sommes prêts pour que vous, la jeunesse de Joal-Fadiouth, puissiez jouer ici, et nous le ferons en étroite collaboration avec vous», a-t-elle insisté.

La réplique «classe» de Sophie Gladima

Face à ces remontrances publiques sur la gestion foncière et sportive, la maire Aïssatou Sophie Gladima a répliqué avec une courtoisie tranchante. Elle a d’abord tenu à effectuer un rappel à l’ordre sur la ponctualité. «Il semblerait que vous n’ayez pas reçu le programme, mais tous les invités savaient que la cérémonie débutait à 9h, car l’horaire est bien inscrit sur le carton», a-t-elle glissé, soulignant que son invitation était précisément un geste de rassemblement.

Sur la question du Centre de lecture et d’animation culturelle (Clac), que la ministre souhaite réhabiliter, la maire a opposé une vision de conservation du patrimoine. Pour elle, il n’est pas question de détruire l’ancien pour construire le nouveau : «Ma conviction est qu’un patrimoine ne se dilapide pas, on le garde pour nos enfants. Il est primordial que ce Clac subsiste et que le nouveau projet soit érigé sur un autre site.»

Au-delà de ces échanges aigres-doux, la cérémonie marque le point de départ d’une année de célébrations. Aïssatou Sophie Gladima a précisé que les festivités, entamées symboliquement en février, s’étaleront jusqu’au 31 décembre 2026. Le programme prévoit des temps forts : en août, des activités liées à la fête du 15 août et à la naissance de Senghor, en novembre, c’est la commémoration de la Francophonie. Et en décembre, ce sera un hommage au baptême de Léopold Sédar Senghor, célébré dans l’église de la commune en 1926.

Concernant les infrastructures, la maire a invité la ministre à se faire l’avocate de la commune auprès du sommet de l’Etat pour lever les lenteurs administratives : «Soyez notre interprète auprès du président de la République pour que les travaux du stade s’accélèrent enfin.»

Malgré des divergences de méthode évidentes, les deux autorités se sont rejointes sur un point essentiel : l’avenir de Joal-Fadiouth, véritable «grenier du basket sénégalais», exige que tous ses enfants se donnent la main. Reste à savoir si cette volonté d’unité survivra à la ferveur des prochains discours.

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