(SenePlus) - Mediapart, par la voix de sa présidente Carine Fouteau, apporte un soutien sans équivoque à sa chroniqueuse Rokhaya Diallo, cible d'un dessin polémique de Riss dans le dernier hors-série de Charlie Hebdo.
Dans un billet de blog publié ce vendredi 26 décembre 2025, Carine Fouteau, directrice de la publication de Mediapart, dénonce avec force « les effluves esclavagistes et colonialistes qui suintent du dessin que Riss a consacré [...] à notre consœur Rokhaya Diallo ». La caricature incriminée, parue dans un supplément sur « les fossoyeurs de la laïcité », représente la journaliste associée à la figure de Joséphine Baker, portant une ceinture de bananes et se déhanchant devant des hommes blancs hilares.
Pour la rédaction de Mediapart, l'attaque dépasse le cadre de la satire. Le fait que le dessin soit signé par Riss, directeur de Charlie Hebdo, aggrave la situation aux yeux du site d'investigation : « le message haineux prend la force de ligne éditoriale assumée ». Carine Fouteau rappelle que le racisme « n’est pas une opinion mais un délit puni par la loi », qu'il se pare ou non « des atours d’un supposé humour ».
Rokhaya Diallo, qui tient une chronique mensuelle sur le site depuis octobre 2025, avait elle-même réagi vivement sur Instagram. Elle y fustigeait un journal « incapable de confronter les idées d’une femme noire sans la réduire à un corps dansant, exotisé, supposément sauvage ». Elle dénonce un dessin visant à lui rappeler sa « place dans la hiérarchie raciale et sexiste ».
Face au tollé, Charlie Hebdo a contre-attaqué sur le réseau social X. L'hebdomadaire satirique nie toute intention raciste, affirmant dénoncer les positions de l'essayiste « contre la loi de 1905 » et sa préférence supposée pour « la culture communautariste américaine ». Pour la rédaction de Charlie, voir du racisme dans cette caricature relèverait d'une « manipulation » habituelle de la part de l'intéressée.
Une défense balayée par Mediapart qui y voit une « inversion de la responsabilité » classique. De nombreuses personnalités ont d'ailleurs apporté leur soutien à la journaliste, de l'humoriste Waly Dia à l'ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira, elle-même victime par le passé d'attaques similaires. Rokhaya Diallo souligne pour sa part qu'il n'existe « aucun lien » entre elle et Joséphine Baker, estimant que « la référence [...] est précisément ce qui est raciste ».