(SenePlus) - Lors d'un dialogue organisé en marge de la rencontre annuelle du Club de Madrid, l'ancienne Première ministre et ministre de la Justice, Aminata Touré, a plaidé pour une adoption accélérée de l'intelligence artificielle sur le continent africain. Selon elle, la jeunesse de la population et sa capacité déjà démontrée à s'approprier les technologies mobiles constituent un atout décisif pour ce « saut technologique ».
Invitée du podcast Regulating AI, Aminata Touré a rappelé qu'il y a quelques années déjà, le nombre d'utilisateurs de téléphones portables en Afrique dépassait celui des États-Unis et du Canada réunis. Elle a souligné que 70% de la population africaine a moins de 35 ans, une génération particulièrement réceptive aux nouvelles technologies.
L'ancienne cheffe du gouvernement a cité plusieurs usages déjà bien ancrés sur le continent : paiement mobile, services bancaires par téléphone – notamment au Kenya – ou encore recours à l'IA pour la télémédecine et l'éducation dans les zones les plus reculées, en s'appuyant sur les leçons tirées de la pandémie de Covid-19.
Elle a également mentionné qu'en avril 2025, 49 pays africains sur 54 ont signé une déclaration continentale sur l'intelligence artificielle, assortie d'un plan d'action et d'un projet de fonds baptisé « Digital Africa », destiné à mobiliser des investissements publics et privés dans plusieurs secteurs stratégiques. Pour Aminata Touré, l'ambition n'est pas seulement de consommer les technologies développées ailleurs, mais aussi de produire du contenu et des solutions africaines, en nouant des partenariats équilibrés avec les investisseurs internationaux.
Interrogée sur l'attractivité du continent pour les investissements liés aux centres de données, la haute représentante du président Bassirou Diomaye Faye a insisté sur le fait que les gouvernements africains ne comptent plus se contenter d'un rôle passif. Selon elle, l'époque où l'on « venait prendre et repartir » est révolue : les États veulent désormais défendre leurs intérêts et négocier des partenariats gagnant-gagnant, tout en reconnaissant leurs besoins en investissements pour l'énergie, l'eau et les infrastructures nécessaires aux data centers.
Sur la question de la régulation, elle s'est prononcée pour un modèle hybride, combinant liberté d'innovation et garde-fous, en particulier pour la protection des mineurs. Elle a par ailleurs évoqué le risque de disparition des langues locales – le continent en compte plus de 2 000, dont beaucoup non écrites – face à la prédominance de l'anglais dans les données utilisées pour entraîner les modèles d'IA, tout en voyant dans les outils de traduction automatique et de reconnaissance vocale une opportunité pour les populations illettrées. Interrogée sur les risques d'ingérence électorale par l'IA, Aminata Touré a jugé que ce phénomène n'était pas encore une menace majeure sur le continent, tout en appelant à la vigilance.