À l'occasion de l'Année internationale des femmes agricultrices, les parcours de productrices rencontrées entre le Saloum, Thiès, Kaffrine et Fatick illustrent les profondes mutations à l'œuvre dans l'agriculture sénégalaise. Entre agroécologie, ostréiculture durable, innovation et entrepreneuriat rural, elles démontrent que l'investissement dans les femmes est un moteur de souveraineté alimentaire, de résilience climatique et de développement local. Si les résultats sont salués par la FAO, les défis liés à l'accès au foncier, au financement et aux équipements demeurent au cœur de leurs préoccupations.
Notto Diobass, Pambal et Houdalaye distinguées par la Fao
La commune de Notto Diobass a accueilli, jeudi 16 juillet, une cérémonie consacrée à la célébration de l'Année internationale des femmes agricultrices au Sénégal, organisée conjointement avec une journée portes ouvertes du projet SAGA 2 et la distinction décernée par l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) aux communes de Notto Diobass, Pambal et Houdalaye pour leurs initiatives en faveur d'une agriculture durable et inclusive.
Présidant la rencontre, la coordonnatrice résidente de la FAO au Sénégal, Bintia Stephen-Tchicaya, a mis en avant le rôle déterminant des femmes dans la transformation des systèmes agroalimentaires. « La transformation de nos systèmes agroalimentaires passe par les femmes, par les territoires et par des partenariats solides », a-t-elle déclaré, rappelant que les agricultrices restent encore confrontées à des obstacles persistants en matière d'accès au foncier, au financement, aux innovations et aux instances de décision. Elle a précisé que cette distinction des collectivités récompense l'engagement des groupements féminins de Pambal et de Houdalaye, accompagnés par la FAO en partenariat avec l'ONG Mer et Monde, le CECI et la Fédération des agriculteurs du Fouta pour le développement. Cette reconnaissance, a-t-elle souligné, encourage les collectivités à poursuivre leurs efforts en faveur de l'autonomisation économique des femmes rurales et de la résilience face aux changements climatiques
Le maire de Notto Diobass, Alioune Sarr, a réjoui que sa commune accueille cette cérémonie. Il a rendu hommage aux femmes du Diobass, présentes « au cœur du développement économique, social et environnemental » de la collectivité, avant de réaffirmer l'engagement municipal à soutenir les initiatives agricoles et climatiques. Il a notamment rappelé l'aménagement de 50 hectares destinés à accueillir une zone industrielle dans le cadre du programme « Notto Diobass Smart City ».
Partenaire financier du projet SAGA, le gouvernement du Québec a renouvelé son appui à cette coopération. Sa déléguée générale au Sénégal, Julie Gervais, a rappelé que ce programme, déployé depuis 2018 avec la FAO, contribue au renforcement des capacités des agricultrices et des collectivités face aux défis climatiques. Elle a félicité les trois communes distinguées, estimant que leur parcours constitue « une source d'inspiration pour l'ensemble du pays »
Agricultrices Sénégalaises : Mme Bintia Stephen-Tchicaya salue la dynamique engagée
Au terme d'une mission de terrain de haut niveau menée du 13 au 18 juillet dans quatre régions du Sénégal, la Coordinatrice résidente de la FAO au Sénégal, Bintia Stephen-Tchicaya, dresse un constat encourageant sur les progrès réalisés par les femmes rurales dans la transformation des systèmes agroalimentaires. Cette tournée s'inscrivait dans le cadre du lancement de l'Année internationale des agricultrices 2026, placée sous le thème : « Reconnaissance et autonomisation des femmes dans les systèmes agroalimentaires ». Durant six jours, la délégation a visité plusieurs initiatives soutenues par la FAO et ses partenaires, notamment le centre d'incubation de Kaydara à Fimela, l'unité de transformation d'Ida Mouride à Kaffrine, le site ostréicole de Némabah à Toubacouta ainsi que des fermes agroécologiques à Notto Diobass et Ndoffane. Ces projets illustrent les efforts engagés pour renforcer l'autonomisation économique des femmes, promouvoir une agriculture climato-intelligente et créer des emplois verts. « Le bilan est positif », résume Bintia Stephen-Tchicaya. La responsable onusienne se dit particulièrement impressionnée par l'appropriation des techniques diffusées par la FAO. « Les femmes ont non seulement appliqué les bonnes pratiques qui leur ont été enseignées, mais elles sont aujourd'hui devenues des formatrices au sein de leurs communautés. Elles transmettent leurs connaissances à d'autres femmes et aux jeunes qui souhaitent s'engager dans la transformation des produits agricoles, de la production jusqu'à la commercialisation », souligne-telle. La mission a également permis de mesurer l'impact concret des investissements réalisés avec l'appui de partenaires tels que l'Union européenne, le Canada, le Québec, l'Irlande et l'Agence de la Grande Muraille Verte. Dans plusieurs localités, les femmes ont témoigné de l'augmentation de leurs rendements grâce à l'agriculture de précision, à l'agroécologie et aux pratiques climato-intelligentes. Certaines sont désormais pépiniéristes, productrices de semences ou transformatrices de produits agricoles, générant ainsi de nouveaux revenus et des emplois durables. Malgré ces avancées, des défis majeurs persistent. L'accès à la terre demeure la principale préoccupation exprimée par les groupements féminins, aux côtés du financement et de l'acquisition d'équipements adaptés. « Nous avons pris bonne note de ces préoccupations. Notre engagement est de poursuivre la mobilisation des ressources afin d'accompagner davantage ces femmes, dont le nombre ne cesse d'augmenter », assure la Coordinatrice résidente. La FAO entend également étendre ces approches à d'autres régions du pays, notamment dans la zone de la Grande Muraille verte grâce au Fonds vert pour le climat, afin de promouvoir l'agroforesterie et la valorisation des produits forestiers non ligneux. Pour Bintia Stephen-Tchicaya, ces actions s'inscrivent pleinement dans la Vision Sénégal 2050, qui fait de la souveraineté alimentaire une priorité nationale. « Lorsqu'on investit dans une femme, on investit dans toute une communauté », rappelle-t-elle, estimant que les résultats observés démontrent déjà un changement tangible dans les conditions de vie des bénéficiaires. Refusant de désigner un site plus marquant qu'un autre, la responsable de la FAO préfère saluer « le courage et le dynamisme » des agricultrices rencontrées tout au long de la mission. Elle lance enfin un appel aux médias à mieux valoriser leur contribution : « Ce sont des femmes qui travaillent énormément. Elles méritent que leur engagement soit davantage mis en lumière. »
GAPAKH : Un modèle d’agriculture durable porté par l’autonomie des femmes rurales
Sur un périmètre maraîcher de 1,5 hectare, le groupement BokkJom de Gapakh construit un modèle d’agriculture durable fondé sur l’engagement communautaire et l’accompagnement de la FAO et de ses partenaires à travers le projet SAGA 2. Composé de 23 femmes et de deux hommes, le groupement transforme progressivement l’activité agricole en un véritable levier d’autonomie économique et sociale.
À Gapakh, produire ne signifie plus seulement cultiver des légumes. Les membres du groupement ont développé une approche intégrée associant maraîchage biologique, pisciculture, aviculture, agroforesterie, transformation des produits halieutiques et épargne communautaire. Cette diversification permet aux ménages de mieux faire face aux effets du changement climatique tout en améliorant leurs revenus. Dès l’entrée du site, la diversité des cultures témoigne du savoir-faire acquis. Salade, bissap, menthe, navets, carottes, gombo, papayes, mangues, moringa, bananes et citronniers poussent sans recours aux produits chimiques. « Nous faisons du maraîchage sain, biologique. Nos produits sont appréciés parce qu’ils sont naturels », explique Aminata Sarr, présidente du Groupement BokkJom-des femmes de Gapakh. Cette orientation agroécologique facilite l’écoulement des productions. Les commerçantes locales se déplacent directement au champ pour acheter les récoltes, preuve de la confiance accordée aux produits du groupement.
DES FORMATIONS POUR TRANSFORMER LES PRATIQUES
Le succès du groupement repose aussi sur plusieurs années de formation. Avec l’appui d’organisations comme l’APROF, Carrefour, l’ISRA, SAGA 1, SAGA 2 et ENDA, les femmes ont renforcé leurs compétences en techniques agroécologiques, gestion d’exploitation, transformation alimentaire et activités génératrices de revenus. L’une des innovations majeures introduites dans le cadre de SAGA 2 est le système des caisses à trois clés. Ce mécanisme d’épargne collective permet aux membres de constituer progressivement un capital destiné aux besoins familiaux et aux investissements. « Chaque semaine, nous cotisons. Une partie sert aux dépenses de la maison, à la santé, à l’école des enfants et une autre est épargnée », souligne Aminata Sarr. Cette organisation financière renforce la sécurité économique des femmes et leur capacité à prendre des décisions pour leurs foyers.
PISCICULTURE ET AVICULTURE : DE NOUVELLES OPPORTUNITES
Le site abrite également des bassins piscicoles installés avec l’appui d’ENDA. Près de 5 000 poissons y ont été introduits depuis six mois. Les femmes assurent l’élevage, la vente et la transformation des poissons. L’eau des bassins, riche en éléments nutritifs, est aussi utilisée pour irriguer les cultures. La transformation permet de mieux valoriser le silure, encore peu connu dans la zone. Les femmes ont ainsi été formées au séchage, au fumage et au filetage afin de diversifier leurs débouchés. Elles souhaitent désormais développer l’élevage du tilapia, davantage consommé par les populations locales. L’aviculture constitue une autre source importante de revenus. Tous les deux mois, environ 300 poussins sont élevés puis vendus. « Après les charges, les bénéfices reviennent au groupement », précise la présidente. Ces différentes activités permettent aux femmes de mieux soutenir leurs familles. Les revenus issus du champ servent notamment à financer les fournitures scolaires, les dépenses de santé et les besoins quotidiens des ménages.
VERS UN CENTRE DE FORMATION AGRICOLE
Pour Aminata Sarr, l’objectif du projet SAGA est de permettre aux femmes rurales de disposer de leurs propres revenus et de renforcer leur autonomie. Dans le groupement, cette dynamique repose sur une forte organisation collective : certaines productions sont individuelles, tandis que d’autres, comme les manguiers et les citronniers, alimentent la caisse commune. Malgré ces avancées, des défis persistent. L’érosion liée à une ancienne carrière de sable menace une partie du périmètre, tandis que les clôtures endommagées favorisent l’intrusion des animaux. Les femmes souhaitent également améliorer leur système d’irrigation afin de réduire la pénibilité du travail. À terme, elles ambitionnent de faire de leur site un centre de formation agricole où d’autres producteurs pourront apprendre les pratiques agroécologiques. À Gapakh, l’expérience du groupement BokkJom illustre l’impact d’un accompagnement combinant agriculture durable, renforcement des capacités et inclusion économique. Avec le soutien de la FAO et de ses partenaires, les femmes rurales deviennent des actrices majeures de la transformation des systèmes alimentaires et du développement local.