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Au Mali, le Jnim politise son offensive
Au-delà des combats, les jihadistes cherchent à se poser en interlocuteur légitime d’une future transition, en mobilisant les partis, les chefs religieux, les autorités traditionnelles et l’armée
 
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1004566
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(SenePlus) - Au Mali, la progression militaire du Jnim et du Front de libération de l’Azawad ne s’accompagne plus seulement d’une logique de conquête territoriale. Dans un article publié ce 2 mai 2026, David Baché, pour RFI, montre que l’organisation jihadiste cherche désormais à se poser en acteur politique, au moment même où les autorités de transition réaffirment leur volonté de poursuivre la guerre avec l’appui russe.

Après la prise de Kidal, les groupes armés ont poursuivi leur avancée en s’emparant, le 1er mai, des camps militaires de Tessalit et d’Aguelhoc. Selon RFI, cette entrée s’est faite sans combat, après le retrait des soldats maliens et de leurs partenaires russes de l’Africa Corps, ce qui confirme l’affaiblissement du dispositif militaire dans le Nord. La symbolique de cette séquence est forte : l’un des responsables du Jnim, Seidane Ag Hitta, a été photographié dans le camp de Tessalit avec, à la main, la clé du site jadis remise aux forces maliennes lors du départ de Barkhane.

La poussée ne se limite pas à ces deux camps. Depuis le retour des groupes armés à Kidal le 25 avril, RFI recense aussi leur présence à Ber, Tessit, Hombori ou encore Gourma Rharous, de nouveau visée par une attaque. Dans les grandes villes du Nord, cette dynamique réveille le spectre de 2012, lorsque plusieurs centres urbains étaient tombés en quelques jours. À Tombouctou, un notable confie à RFI que « le scénario de 2012 se met en place », tandis qu’à Gao, un habitant décrit une ville figée, où les commerces restent presque tous fermés dans l’attente de la suite.

Face à cette pression, les autorités maliennes n’affichent aucun signe de retrait politique. L’armée maintient ses opérations autour de Kidal et revendique des frappes menées notamment contre le gouvernorat, le camp militaire et des caches d’armes, en affirmant avoir neutralisé plusieurs combattants et détruit du matériel. Mais ces affirmations sont contestées par des sources au sein du FLA, et RFI précise qu’aucun bilan indépendant n’a pu être vérifié. Les forces maliennes et leurs partenaires russes se sont repliés à Anefis, présentée comme la dernière position militaire de la région de Kidal à ne pas être tombée.

L’implication russe, elle, ne semble pas remise en cause à ce stade. Alors que des interrogations avaient émergé après le retrait négocié des combattants russes de Kidal, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a assuré le 30 avril que la Russie « continuera d’apporter son aide aux autorités en exercice » et poursuivra sa lutte contre « l’extrémisme, le terrorisme et autres manifestations négatives ». Dans le même temps, l’Africa Corps affirme avoir mené ces derniers jours des opérations dans plusieurs régions, de Gao à Sikasso en passant par Ménaka et Koulikouro.

Le bras de fer s’étend aussi à Bamako, où le Jnim met progressivement en place le blocus annoncé plus tôt dans la semaine. Des points de contrôle ont été installés sur plusieurs axes stratégiques autour de la capitale afin d’entraver les mouvements de véhicules. Malgré cela, un convoi de plus de 800 camions-citernes a pu entrer dans Bamako vendredi, sous escorte terrestre et aérienne de l’armée malienne et de ses partenaires russes, selon les communiqués officiels cités par RFI. Le même jour, le procureur de la République près le tribunal de Bamako a également annoncé l’arrestation de plusieurs militaires accusés de complicité dans les attaques du week-end précédent.

Mais l’évolution la plus notable se situe peut-être sur le terrain du discours. Dans un communiqué diffusé dans la nuit du 30 avril au 1er mai, le Jnim s’adresse à « toutes les forces vives de la nation malienne », une formule que RFI présente comme inédite dans sa rhétorique, traditionnellement militaire et religieuse. Le groupe affirme combattre pour que « le Mali retrouve sa véritable souveraineté et sa dignité », reprenant à son compte un vocabulaire jusqu’ici au cœur du récit politique des autorités de transition.

Cette tentative de politisation est encore plus explicite dans l’offre formulée par le mouvement. Le Jnim appelle « tous les patriotes sincères », les partis politiques, les forces armées, les autorités religieuses, les chefs traditionnels et l’ensemble des composantes de la société malienne à « s’unir dans un front commun » pour « mettre fin, par tous les moyens légitimes, à la dictature » de la « junte terroriste ». Le groupe évoque ensuite une « transition pacifique » destinée à « bâtir un nouveau Mali », tout en assumant clairement l’un de ses objectifs centraux : « l’établissement de la charia ».

Cette offre est diversement reçue dans les cercles opposés au pouvoir. Un ancien ministre, farouche adversaire de la transition, déclare à RFI qu’« un nouveau pouvoir s’organise », tout en admettant que l’imposition de la charia reste incompatible avec les principes laïques et républicains de l’État malien. Une source proche de la Coalition des forces pour la République, emmenée par l’imam Mahmoud Dicko, affirme pour sa part que l’objectif de dialogue existe depuis le lancement de cette plateforme, tout en précisant que ses échanges portent sur le FLA, et non directement sur le Jnim.

En face, Assimi Goïta tente de remobiliser autour de l’État et de l’armée. Dans sa seule prise de parole depuis le début de cette nouvelle séquence, le président de transition a appelé les Maliens au « sursaut national », en affirmant que tous devaient se dresser contre « la division et la fracture sociale ». Il a également assuré qu’« aucune violence » ni « aucune intimidation » ne sauraient inverser la marche du pays.

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