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Au nom de quoi ?
Au nom de quoi juge‐t‐on la valeur d’un individu ? Depuis quand la coiffure d’une personne est‐elle devenue un critère de compétence ou d’incompétence ? Est ce véritablement la coiffure de Djireye Clotilde Coly qui dérange ?
 
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Au nom de quoi juge‐t‐on la valeur d’un individu ? Depuis quand la coiffure d’une personne est‐elle devenue un critère de compétence ou d’incompétence ? Est ce véritablement la coiffure de Djireye Clotilde Coly qui dérange ? Depuis quand les valeurs d’une personne sont elles à l’origine de la défaite d’une équipe nationale de football ?

Nommée il y a à peine quelques semaines à la tête du ministère de la Jeunesse et des Sports, la ministre n’a même pas encore eu le temps d’imprimer sa marque, de poser un acte majeur ou de prendre une décision susceptible d’alimenter une quelconque polémique. Pourtant, certains ont déjà choisi de la condamner… non pas sur son travail, mais sur son apparence.

Depuis quand une coiffure ou un style vestimentaire définissent ils les compétences d’une personne ?

Pourtant, le parcours de Djireye Clotilde Coly force le respect. Experte comptable inscrite à l’Ordre national des experts comptables et comptables agréés du Sénégal (ONECCA), elle est une cadre reconnue du secteur financier et de l’administration publique, avec plus de quatorze années d’expérience en gestion, audit et pilotage de la performance.

Elle a dirigé la Direction de l’Emploi au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle d’octobre 2025 à février 2026, où elle a contribué à la mise en œuvre de politiques publiques en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes. Son parcours comprend également plusieurs responsabilités au sein de multinationales, où elle a exercé comme contrôleur financier ainsi que responsable des obligations statutaires et fiscales, consolidant ainsi une solide expertise en gouvernance financière et en conformité.

En 2022, elle occupait le poste de responsable du Business Process Solutions chez Deloitte Sénégal, supervisant des missions d’accompagnement financier et organisationnel au Sénégal, au Mali et en Mauritanie.

Un tel parcours mérite le respect et la considération. Pourquoi, dès lors, un tel acharnement ?

Qui peut sérieusement affirmer qu’elle n’est pas culturellement sénégalaise ? Des milliers de femmes sénégalaises portent cette même coiffure. Elles sont nos sœurs, nos mères, nos épouses, nos filles. Vivons‐nous avec elles en les jugeant ou en remettant en cause leur identité ?

Où est donc la cohérence ?

Combien de femmes d’exception, au parcours irréprochable, portent aujourd’hui des coiffures similaires sans que personne n’ose remettre en cause leur féminité, leur dignité ou leur africanité ? Depuis quand une coupe de cheveux efface‐t‐elle une identité, une culture ou une compétence ?

Le plus regrettable dans cette campagne malsaine est de voir certaines femmes, qui devraient être les premières à défendre la dignité de leurs semblables, se joindre à ces attaques. Certaines responsables politiques participent elles‐mêmes à cette entreprise de dénigrement

Ces mêmes femmes méritent‐elles encore de se réclamer du combat pour la parité, dont la loi a été votée depuis 2010 sous la présidence de Me Abdoulaye Wade et portée avec détermination par son ministre de la Femme, Aïda Mbodj ?

Depuis quand se raser la tête signifie‐t‐il raser ses compétences, son intelligence ou ses chances de réussir ?

Le véritable combat que nous attendons de la ministre ne se situe pas dans son apparence. Nous l’attendons sur le terrain des politiques publiques, dans sa capacité à moderniser le sport sénégalais, à accompagner la jeunesse et à produire des résultats

S’il existe des hommes de mauvaise foi, les femmes ne devraient certainement pas embarquer dans ce bateau de l’intolérance et de l’inculture. Le Sénégal a perdu un match de coupe du monde 2026, contre la France : certains trou‐ vent le moyen d’en faire porter la responsabilité... à la coiffure de la ministre des Sports. À l’inverse, lorsque les Lionceaux U17 remportaient la Coupe d’Afrique des Nations, au Maroc récemment, à qui attribuait‐on ce succès ? Certainement pas à sa coiffure !

Dans une démocratie, il est légitime de s’opposer. Il est normal de critiquer les autorités publiques. Mais cette critique doit porter sur les actes, les décisions, les politiques mises en œuvre et les résultats obtenus, jamais sur le physique ou l’apparence.

Qui peut aujourd’hui prédire si Djireye Clotilde Coly réussira ou non la mission que lui a confiée le président de la République, Bassirou Diomaye Faye ? Personne.

Ces caricatures sans fondement, ces jugements hâtifs et ce manque de respect ne grandissent per‐ sonne. Ils révèlent surtout une société qui cherche trop souvent des boucs émissaires plutôt que d’ana‐ lyser objectivement les causes de ses difficultés.

À chaque déception, il faudrait désigner un responsable, sans prendre le temps d’étudier les faits, d’analyser les causes réelles ou de rechercher des explications rationnelles. Voilà une dangereuse dérive de notre époque

Dans Les Contes d’Amadou Koumba, Birago Diop écrivait avec justesse : « Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle rapporte le fagot qu’il lui plaît. »

Cette citation nous rappelle combien nos jugements sont souvent guidés par nos préjugés plutôt que par les faits. Posons donc le débat avec sérieux. Respectons‐nous.

L’habit ne fait pas le moine. Chaque jour, la vie nous en apporte la preuve.

Dans Nations nègres et culture, Cheikh Anta Diop écrivait : « L’humanité ne doit pas se faire par l’effacement des uns au profit des autres ; renoncer prématurément, d’une façon unilatérale, à sa culture nationale pour essayer d’adopter celle d’autrui et appeler cela une simplification des relations internationales et un sens du progrès, c’est se condamner au suicide. »

Alors, en quoi le style de la ministre ne serait‐il pas, lui aussi, pleinement africain, voire profondément enraciné dans certaines traditions de notre continent ?

La ministre des Sports sera jugée sur son travail, sur ses résultats, sur sa capacité à répondre aux attentes du secteur et de la jeunesse sénégalaise. C’est sur ce terrain qu’elle devra convaincre. Le reste n’est que du brouhaha.

Changeons nos mentalités. Renonçons aux jugements de valeur, au body shaming et aux procès d’intention. Une République forte se construit sur la compétence, le respect et le débat d’idées, jamais sur les apparences. 

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