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Par Olivier Vallee
Avant les assemblées annuelles, la faillite africaine de la Banque mondiale
EXCLUSIF SENEPLUS - Incohérence, versatilité, et impossibilité de penser énergie et industrie ensemble, conduisent la Banque à revenir à son catéchisme : le marché et surtout la révérence aux puissance financières et énergétiques occidentales
 
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1004022
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Le 13 avril 2026, les assemblées annuelles du FMI vont rassembler, autour des représentants des États actionnaires du FMI et de la Banque mondiale, nombre des groupes bancaires, technologiques, minéraliers et énergétiques les plus puissants du monde, principalement occidentaux et coréens. L’aventure Dangoté a permis au Nigéria de surmonter avec succès le « refining gap ». Ce terme désigne le déficit de capacités de raffinage par rapport aux ressources de brut disponibles en Afrique. Ce gap s’accroit quand les quantités de produits raffinés se réduisent et que leurs prix grimpent. C’est la cas aujourd’hui suite à la destruction des capacités de raffinage dans le Golfe et aux restrictions de passage dans le détroit d’Ormuz. Le Nigéria, grâce à la modernisation et à l’extension de ses capacités de raffinage échappe à cette menace. Cependant la Banque mondiale, de manière surprenante, critique la politique étatique de limite des importations au nom du marché parfait qui ferait automatiquement baisser les prix à la pompe. Cette attaque infondée intervient juste avant les rencontres de Washington où la conséquente délégation US entend bien convaincre l’Alter Sud de ne pas contrarier l’ordre impérial de l’administration Trump. 

L’obsessions de l’ouverture

Ainsi, s’abstenant de conseils innovants sur ses politiques de croissance, la Banque mondiale a le 7 avril formulé deux recommandations principales au Nigéria:

  • Diriger les réserves en devises, (suite à la hausse en valeur et en quantité de ses exportations de pétrole en particulier), vers les fonds souverains  et la protection sociale;
  • Et surtout démanteler la protection des capacités de raffinage nationale et redonner au cartel des traders et des « marketeurs » les licences d’importation de produits pétroliers raffinés.

La Banque se dresse ainsi directement contre l’expérience nigériane d’autonomie en produits raffinés, de valorisation du brut, et d’édification d’une filière pétrochimique. L’association des marketeurs du Nigéria (IPMAN) est ravie de ce retour au libéralisme destructeur des premières vagues de réformes de la Banque lors de l’ajustement structurel. L’argumentaire date pourtant. Il faudrait ainsi selon le schéma de la parité des pouvoirs d’achat (PPA) importer le Premium Motor Spirit, dit la Banque. Alors que la raffinerie de Dangoté est capable d’en exporter. Mais prétend aussi l’IPMAN, le Premium Motor Spirit importé est moins cher que celui de la Dangote Petroleum Refinery. Chinedu Ukadike, le patron des marketeurs, avance ce supposé avantage de l’importation sur la base d’une seule cotation dont on ne sait pas la quantité, la qualité et la provenance. La Banque, de son coté, manie le paradoxe. Alors que la hausse du brut augmente les réserves de change d’Abuja, il faut surtout  craindre le regain de l’inflation, alimentée par la cherté des carburants utilisés par les consommateurs.

Mais comme le dit une autre personnalité de l’association des marketeurs du Nigéria, Ahmed Fashola (Independent Petroleum Marketers Association), le plus important est que Dangoté a évité la catastrophe d’une rupture physique des fournitures de carburants. La raffinerie est donc un atout pour le pays. Dangoté pourrait d’ailleurs préférer les marchés à l’exportation qui lui rapportent plus que la demande nationale si le gouvernement abandonnait la politique favorable à l’autonomie énergétique.

Le révolver de la dette

Mais le président Tinubu n’a jamais été un réel soutien du projet national de raffinage. Il a choisi de vendre son pétrole aux États-Unis plutôt qu’à Dangoté. Sur les conseils de la Banque mondiale il choisit de vendre le brut nigérian contre des dollars US. Ceux-ci serviront à rembourser la dette nigériane libellée en dollars US et en particulier à servir les intérêts sur prêts à la Banque elle-même. Dangoté dérange cette dépendance structurelle car les raffineries américaines sont addicts au brut nigérian léger et à basse teneur en soufre. Dangoté absorbe donc une partie du brut destiné aux Etats-Unis et accepte de vendre en Naira ou dans d’autres devises que le dollar US. C’est un précurseur du nouveau marché global qui émergera après la guerre contre l’Iran. Où la place des majors, du dollar et des pays occidentaux sera moindre. Et pour le Nigéria, le prix à la pompe n’est pas la priorité.

L’autre sentier

La Dangote Refinery n’est plus un projet industriel réussi, elle devient le test d’une nouvelle voie de la croissance et d’un mode entrepreneurial compétitif. La Banque qui prône, dans un autre rapport fort décrié, le succès de la politique industrielle de la Corée du Sud ne se réfère pas au succès des Chaebol. Ces holdings à intégration verticale et cependant diversifiés, comme Samsung, ont fait pourtant la croissance économique coréenne, davantage que la concurrence. Pour sa part l’expert nigérian Kelvin Emmanuel démonte le rapport nigérian de la Banque en rappelant que la raffinerie proche de Lagos a diminué de 90% les importations de produits raffinés de mauvaise qualité. Et il dénonce la frustration de l’oil mafia  que révèle le propos de la Banque, égal à son absence de pertinence : “I can understand the growing frustration in the global community, given that Nigeria has now solved large-scale refining, and imports of cheap fuels previously rejected in Europe have dropped by about 90 per cent. The advice given by the World Bank is not worth a grain of salt and should be disregarded.”

En une dizaine d’années, la possibilité retrouvée de produire nationalement des carburants a fait plus que 50 ans de réformes du secteur downstream menées sans aucun succès par la Banque. Le Washington Post l’écrit d’ailleurs: La Banque mondiale n’est plus crédible en matière d’industrialisation de l’Afrique. Dangoté prouve l’efficacité du secteur privé et à contrario, l’échec de l’État et du monopole des entreprises publiques comme la NNPC au Nigéria. La Banque a refusé pendant un temps d’aider les États d’Afrique à augmenter leurs capacités de production fossile d’électricité en se réfugiant derrière la transition vers les énergies renouvelables prônée par ses actionnaires européens.

Après l’accession de Donald Trump à la présidence, pour la seconde fois, Ajay Banga, le président de la Banque change à 180° les orientations de son institution en ouvrant les vannes pour toutes les sources d’énergie, y compris le nucléaire. Incohérence, versatilité, et impossibilité de penser énergie et industrie ensemble, conduisent la Banque à revenir à son catéchisme : le marché et surtout la révérence aux puissance financières et énergétiques occidentales. Aux assemblées annuelles qui viennent, Chris Wright, le secrétaire d’État US à l’énergie sera présent et entend bien confirmer la position de son administration sur la priorité des énergies fossiles et le libre accès de son pays et de ses entreprises aux ressources minérales africaines.

Le vent d’Est l’emporte

La Banque et les Etats-Unis sont à présent alignés et inconscients que le transfert du modèle asiatique a déjà réussi dans des pays africains de taille appréciable comme le Ghana, l’Ouganda, le Sénégal, et la Côte d’Ivoire sous la forme de l’industrialisation Alibaba du nom du capitalisme de plateforme chinois. C’est une révolution mondiale qui passe par des usines modulaires, des machines à fonctions multiples, des lignes de production courtes et évolutives, un ensemble d’outils de production financés par des paiements hors du système bancaire, en cryptomonnaie souvent. Déjà 3000 entreprises chinoises externalisent leur production en Afrique ne serait-ce que pour exporter aux États-Unis et dans l’UE.

Au Nigéria, la Corée du Sud se félicite de ses ventes en constante progression et elle pousse ses entreprises à y investir davantage. Son gouvernement programme une aide pour l’Afrique de 10 milliards dollars US dont une bonne partie sera dirigée vers le Nigéria. La Chine et la Corée du Sud inspirent le Nigéria et l’Afrique. Les jeunes entrepreneurs nigérians adhèrent à l’idée qu’il faudrait une dizaine de Dangoté et que pour cela le schéma de créer des millionnaires à la tête de groupes puissants mondialement connus comme LG, Hyundai, SK Group, et Kia est le bon. C’est ce que l’on nomme la “Chaebol Strategy” qui considère la nation toute entière comme l’incubateur de ses champions industriels. C’était d’ailleurs la vision d’Obasanjo, le président nigérian qui privilégia Dangoté lors de la privatisation de cimenteries en faillite. Hélas, ni Tinubu, ni la Banque mondiale semblent tracer la voie d’une Afrique en mesure de s’affirmer comme la puissance économique des dix années à venir.

  1. The World Bank Group released its April 2026 edition of the Nigeria Development Update on April 7. Included in the report is a recommendation to allow imports of premium motor spirit. Given current global energy supply disruptions, such recommendation may run counter to efforts that countries around the world are undertaking to ensure their energy and national security. The call by the World Bank for the Federal Government to reopen and reinstate fuel imports has sharply divided industry players, with marketers pushing for full deregulation and competition, while some energy experts caution against undermining local refining capacity.
  2. The Independent Petroleum Marketers Association of Nigeria (IPMAN) argued that restricting fuel imports undermines the spirit of deregulation under the Petroleum Industry Act, insisting that a truly liberalized market must allow both local and international players to compete freely.
  3. Damien Millet, François Mauger, La Jamaïque dans l’étau du FMI, La dette expliquée aux amateurs de reggae, aux fumeurs de joints et aux autres, L’Esprit frappeur, Barcelone, 2004, 124 p.
  4. The bank said, “Reopen the PMS market to competition. The suspension of import licenses since January 2026 has reduced competition, allowing prices to exceed import-parity levels. Allowing qualified marketers to resume imports would restore competition, reduce pricing distortions, and better align domestic prices with global benchmarks. Greater market contestability would also strengthen supply security by reducing reliance on a single refinery and broadening sourcing options, while remaining consistent with domestic refining objectives.” https://punchng.com/world-bank-fuel-import-call-splits-downstream-stakeholders/
  5. “Dangote refinery—the main supplier of refined petrol after the regulator ceased issuing import licences in early 2026—raised the ex-depot price of Premium Motor Spirit to about N1,275 per litre as of March 23, 2026, compared to an estimated import-parity price of around N1,122 per litre, implying a cost differential of roughly 12 per cent,” the report said. 
  6. “The statements credited to the World Bank are flawed because they do not factor in the quality specifications of the product imported into Nigeria, which are mostly priced through ship-to-ship operations in Lome, in line with the provisions of Section 317(11) of the Petroleum Industry Act”. .” https://punchng.com/world-bank-fuel-import-call-splits-downstream-stakeholders/
  7. Ahmed Fashola of the Independent Petroleum Marketers Association argued that Nigeria should prioritize domestic refining and support Dangote, as local supply already cushions the country from far worse fuel shocks. The fact that Nigeria still feels pain doesn’t mean local refining has failed; it may mean the refinery has prevented a deeper crisis.  Ibid.
  8. The next time the conversation turns to petrol prices, something must shift. Because the number on the pump is not where this battle is being fought. It is being fought in allocation decisions, in debt negotiations, in regulatory frameworks, in international financial systems, and in quiet policy moves that rarely make headlines. Ibid
  9. https://www.facebook.com/ebeonadi103.5FM/posts/kelvin-emmanuel-nigeria-has-no-strategic-petroleum-reserves-to-benefit-from-glob/1243186681336522/
  10. Industrial policy for dummies, The World Bank is not the most credible voice in this debate.

    March 24, 2026, Allison Shelley/For The Washington Post

  11. https://www.arise.tv/kelvin-emmanuel-50-of-macroeconomic-problems-nigeria-faces-are-from-nnpc/
  12. Ibid.
  13. Industrial policy for dummies, The World Bank is not the most credible voice in this debate.

    March 24, 2026, Allison Shelley/For The Washington Post

  14. https://economicconfidential.com/world-banks-fuel-import-call/
  15. The actions of the Bank’s richest shareholders weren’t just hypocritical. By ignoring African heads of states’ pleas for financing energy projects beyond wind and solar, they did harm to the Bank’s core mission of alleviating poverty. The Bank’s own surveys showed that low-emitting poor countries preferred financing for health, education and infrastructure over climate mitigation. It was not surprising that African officials applauded when US Energy Secretary Chris Wright promised that unlike previous administrations, he would not dictate to Africans which energy technologies they must use or what to do with their own resources. “It’s a paternalistic, post-colonial attitude I just can’t stand.”
  16. Even as the United States and European nations used as much oil, coal, and gas as they liked, they refused to allow the Bank to fund energy projects in poor countries if they ran on fossil fuels. Germany insisted on a ban on fossil fuel financing even as its own coal plants emitted four times more carbon than Pakistan, Uzbekistan, Laos, and Bangladesh combined. Norway, while exporting more natural gas to address Europe’s acute energy shortage, led the charge to eliminate fossil fuel projects. These actions incurred no cost to Norway and Germany’s domestic constituents.
  17. The Bank will pursue an “all of the above” approach to energy projects in poor countries, including lending for natural gas, geothermal, hydroelectric, solar, wind, and nuclear power. This marks a departure from its current policy of funding only renewables (with a few exceptions). 
  18. Even more striking is the realisation that the ripple effects of these shifts may already be reflecting in the macro picture. Recent economic rebasing data shows that in Ghana, the industrial sector has grown over the last decade from 25.2 percent to 33.2 percent, whilst the share of services has declined from 56.2 percent to 45.6 percent. 

    https://www.reddit.com/r/geopolitics/comments/cbdc08/alibaba_industralization_africas_unsung/

  19. In Uganda, the World Bank has recognised manufacturing as the fastest growing contributor to growth. Even low-profile Benin has quietly seen a 50 percent increase in the size of the manufacturing sector since 2012. In Côte d’Ivoire, a somewhat late but now enthusiastic Chinese trade partner, as much as 62 percent of industrial added value is contributed by manufacturing. Ibid.
  20. When it became evident that large-scale industrial complexes were going to be hard to pull off in Africa, an alternative theory of cottage industrialisation and low-tech light manufacturing started to gain momentum. Instead, what happened, at least in the most entrepreneurial African countries, was a subtle trend of Alibaba industrialisation, wherein small and medium-sized Chinese suppliers provide major chunks of the industrial jigsaw and African hustlers and unconventional industrialists act as shuttle-brokers of the various factors of production between China and Africa. Ibid.
  21. Alibaba, Leading the Fourth Industrial Revolution: FinTech and New Retail Perspectives

    Jeongsim Kim, Published in Korea Business Review 31 May 2020

  22. https://www.arise.tv/korea-to-provide-10-billion-development-aid-for-africa-nigeria-among-top-beneficiaries/
  23. *”One Dangote Is Not Enough!” — Sujimoto’s Birthday Open Letter to President Tinubu Sparks National Debate*
  24. In 2000, President Olusegun Obasanjo recognized the necessity of a “National Champion” strategy. He understood that if Nigeria was to reduce its dependence on imported cement and fuel, the state had to deliberately develop industrialists. He cleared the path for a select few, creating the policy conditions that enabled the rise of Aliko Dangote and others.
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